The Reef

THE REEF

2010

RÉALISATION: Andrew Traucki
SCÉNARIO: Andrew Traucki et James M. Vernon
AVEC: Adrienne Pickering, Damian Walshe-Howling, Zoe Naylor, Gyton Grantley et Kieran Darcy-Smith

Suis-je le seul à être un peu perplexe devant les films d’animaux tueurs?

Assurément, personne n’aimerait se faire sectionner la jambe par l’énorme mâchoire d’un crocodile ou encore être dévoré par des grizzlis pendant qu’il parle au téléphone cellulaire avec sa maman. Mais en quoi est-ce que la chaîne alimentaire est une source d’horreur? Sans vouloir faire de propagande, chacun d’entre nous causera au cours de sa vie la mort de tonnes d’animaux pour son alimentation personnelle. Que peut-on dire à un requin qui vient nous dévorer avec appétit si on a soi-même mordu à belles dents dans un filet mignon le soir d’avant? C’est le simple cours des choses. Par le fait que nous avons conscience des implications de la mort, méritons-nous réellement moins de finir dans l’estomac d’un autre? Je ne crois pas. Que celui qui n’a jamais apprécié un bon barbecue lance la première pierre aux animaux tueurs! Ne nous méprenons pas non plus, je sais apprécier certains films d’horreur animaliers lorsque je vois qu’ils en valent la peine. Mais chose certaine, je prends beaucoup plus mon pied devant des récits surréalistes façon Burning Bright ou Piranha 3D qu’avec des supposées « histoires vraies » dans lesquelles sont reconstituées de véritables attaques animalières!

J’avais trouvé le Black Water d’Andrew Traucki assez surévalué (de la même année, Rogue de Greg McLean et même Primeval lui sont supérieurs). Si The Reef, son deuxième long métrage, possède bien certaines qualités, il s’inscrit finalement pour moi dans ce schéma où la prédominance du réalisme va jusqu’à miner l’œuvre. Voici pourquoi.

En Australie, un groupe de cinq vacanciers part sur l’océan en voilier dans le but de profiter de quelques jours de détente. Malheureusement, dès le début de leurs pérégrinations, leur embarcation va violemment heurter un récif et se retourner sur elle-même. Au milieu de nulle part, faisant face à une coque méchamment trouée, nos protagonistes devront faire un choix. Ils peuvent dériver sur leur radeau de fortune (qui prend l’eau) et prier pour leur salvation ou alors partir à la nage vers une quelconque terre ferme. Quatre parmi eux feront ce second choix. Malheureusement, leur plan sera beaucoup plus périlleux lorsqu’ils commenceront à affronter les attaques d’un requin blanc. Et notre poisson semble bien être un fin gourmet qui ne crache pas sur le goût subtil et fin de la chair humaine en tartare!

S’il reprend une idée de base assez similaire à celle d’Open Water, il faut donner à The Reef qu’il saura la gérer avec plus de piment. On comprend alors comment le film de 2003 aurait eu la possibilité de proposer à son audience de l’époque un film tendu. D’abord, les personnages de The Reef ne cèdent jamais à un désespoir complet. À mon avis, ce simple élément est crucial. Là où le couple principal d’Open Water se laissait péniblement dériver vers nulle part, nos protagonistes ont ici une certaine probabilité de survivre, ce qui dynamise les enjeux. De son côté, le requin est carrément illustré comme un tueur mystique, réapparaissant sans cesse là où ne l’attend pas pour prendre une bouchée du casting.

C’est d’ailleurs grâce à cela que Traucki parvient à réaliser un film qui ne m’a pas entièrement déçu. Ses personnages ont beau être au milieu de l’océan, il parvient à créer de la tension lors de certaines scènes de son The Reef. On pense par exemple au moment où l’un de nos naufragés, le meneur, se trouve sous son voilier. Traucki gère habilement sa mise en scène et ce passage, extrêmement tendu, en est assurément le plus représentatif. Plus loin dans le film, lors des attaques du squale, le réalisateur joue habilement avec les nerfs. Quelqu’un aperçoit une silhouette menaçante à l’horizon, on entend un léger clapotis dans l’eau… Puisqu’un seul des personnages possède les lunettes lui permettant de voir sous le niveau de l'océan, il est le guide des autres. Ces scènes sont toutes très maîtrisées. De plus, le scénario du film parvient à créer des personnages crédibles et attachants, comme c’était le cas dans Black Water. La manière dont le film a été conçu n’exigeant pas tant d’interactions entre requins et humains, le cinéaste a aussi pu se permettre d’employer de véritables poissons aux dents acérées.

Néanmoins, The Reef n’est pas réellement parvenu à voler mon cœur. Plusieurs défauts me sont semblés assez évidents dès la première vision. Premièrement, les personnages largués au milieu de l’océan sont littéralement un garde-manger pour requins. Contrairement à Black Water, il n’y a aucun moyen de se mettre hors de portée de l’animal, ou même de se défendre. Je m’attendais à un revirement quelconque permettant aux personnages restants une défense (si rudimentaire puisse-t-elle être), mais jusqu’à la conclusion du film les personnages ne peuvent rien faire de plus que… Pleurer et avoir peur! La finale, d’ailleurs, est réellement décevante. Il s’agit d’une des conclusions les plus désagréables que j’ai vu dernièrement! Je ne parviens pas à être réellement entraîné par une histoire dans laquelle des personnages passent pratiquement tout le film dans une étendue interminable d’eau. Il s’agit d’un sort horrible, mais lorsqu’illustré au cinéma cela devient toujours assez ennuyeux! Peut-être que si le scénariste avait imaginé une approche où la réflexion prédomine comme par exemple dans Frozen, je retirerais plus de contentement de mon expérience. Car au fond, le rythme des décès dans The Reef correspond uniquement à celui des fringales de notre poisson!

Si vous êtes des fans d’Open Water et de Black Water, nul doute que The Reef est fait pour vous et qu’il figurera parmi vos coups de cœur de l’année. De mon côté, j’ai grandement apprécié le travail du cinéaste et des acteurs sans pour autant avoir réellement savouré mon expérience. Aussi bien être franc, ce n’était peut-être pas le film parfait pour moi!

  • Marc-Antoine Labonté

  • • Le Récif (version française)

     

    Black Water (2007)
    Open Water 2: Adrift (2006)

     

     
     


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