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REPULSION
1965
RÉALISATION: Roman Polanski
SCÉNARIO: Roman Polanski et Gerard Brach
AVEC: Catherine Deneuve, Ian Hendry, Yvonne Furneaux, John Fraser et Valerie Taylor
Il aura fallu peu de temps à Roman Polanski pour s'affirmer comme l'un des meilleurs réalisateurs que le cinéma d'horreur ait connu. Surtout louangé pour son classique, Rosemary's Baby, Polanski a néanmoins frappé très fort dès sa première incursion dans le genre, avec l'étouffant Repulsion. L'horreur est peut-être un genre visité sporadiquement par le célèbre cinéaste, mais ses incursions se font rarement sans éclat.
Premier film de la trilogie non officielle de l'appartement qui comprend aussi Rosemary's Baby et The Tenant, Repulsion raconte l'histoire de Carole, une jeune manicuriste qui habite en colocation dans un appartement avec sa soeur Hélène. Lorsque cette dernière part en vacances avec son copain, Carole est laissée à elle seule dans l'appartement. Rongée par sa répression sexuelle et sa peur de l'intimité masculine, Hélène sombre dans un délire psychologique aux répercussions fatales.
Après avoir été nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger avec le drame Knife In The Water, il aurait été logique de croire que les portes des grands studios auraient été grandes ouvertes pour Polanski. Armé d'un scénario que les producteurs trouvaient trop sombre et confus, le cinéaste s'est buté à une série de refus. Tenant à son intégrité artistique, il a accepté qu'un studio associé à des films pornographiques produise son oeuvre, à condition qu'il ait carte blanche sur le contenu. Le résultat est un film d'horreur qui va à contre-courant des tendances de l'époque. Misant énormément sur la suggestion et la paranoïa, Repulsion fait penser à un film dont le producteur Val Lewton (Cat People) aurait confié la réalisation à Jean-Luc Godard! La première moitié de Repulsion, qui consiste à initier le spectateur à la vie recluse de Carole, est très "nouvelle vague", appliquant la mentalité du mouvement européen créé par Godard, François Truffaut et compagnie. Ça peut sembler un tantinet long, puisque Polanski focus souvent sur du superflu et éternise des scènes banales. Ne pas connaître le synopsis, on pourrait questionner ses intentions. Par contre, une fois l'horreur débutée, la tactique du réalisateur rapporte beaucoup.
Des trois films de la trilogie de l'appartement, Repulsion est celui qui utilise le plus l'appartement comme métaphore de la condition psychologique de son héroïne. Le cinéaste joue énormément avec ses décors, changeant les proportions des pièces, la texture des murs, les ombrages et ajoutant des fissures à mesure que la condition de Carole dégringole. Le résultat donne une oeuvre surréaliste qui aspire le spectateur dans la tête de l'héroïne. Polanski démontre un énorme savoir-faire technique et une minutie du détail rehaussée. Le cinéaste expérimente beaucoup, mettant en chantier des éléments qu'il allait améliorer quelques années plus tard avec Rosemary's Baby. Parmi ceux-ci, le film met en scène quelques scènes de viol dans lesquelles le son ambiant est abandonné au profit du son d'une horloge. La finale contient aussi un élément familier à son classique de 1968. La trame musicale jazzée, gracieuseté de Chico Hamilton, apporte un cachet particulier au film. Le thème principal qui consiste en un bombardement de tambour est fort efficace. Bien que Polanski ait affirmé en entrevue que Repulsion était son film qu'il trouvait le moins réussi, il n'a pas du tout à avoir honte du produit final.
Malgré un budget restreint, Polanski a réussi à incorporer plusieurs effets spéciaux très impressionnants. Que ce soit les murs qui craquent ou les mains qui sortent des murs, Repulsion contient le genre d'effets qui forcent le spectateur à reculer le film pour analyser ce qu'il vient de voir. Bien que souvent imaginés par l'héroïne, les effets de Repulsion procurent un côté surréaliste hantant. Encore plus impressionnante est la performance de Catherine Deneuve. Avec un minimum de dialogues, qu'elle marmonne timidement, Deneuve transpose physiquement l'état dans lequel son personnage se trouve. C'est une victime, certes, mais aussi un personnage dérangé auquel il est difficile de s'accrocher. On ne fait qu'assister impuissant à sa dégringolade psychologique. Deneuve est si bonne qu'elle mérite autant de reconnaissance pour la réussite du film que Polanski.
Repulsion a récemment été réédité sur DVD et Blu-ray par Criterion Collection. Pour la première fois, le film est disponible dans son format original de 1,66:1. Le transfert est sublime et de loin supérieur à l'édition précédemment mise sur le marché par EPI. L'éditeur a inclus un documentaire français présenté à la télévision lors de la sortie du film. Le supplément le plus intéressant est par contre le documentaire récent, A British Horror Film. Celui-ci comporte des entrevues avec Polanski et certains artisans du film qui relatent de la production du film. Le premier commentaire émit par Polanski est: "Don't ask me the meaning of my films". Un livret contenant une analyse du film est aussi offert.
Malgré qu'il bénéficie d'une popularité certaine, Repulsion est néanmoins le film d'horreur de Polanski qui reçoit le moins d'attention. Espérons que la sortie du nouveau DVD et du Blu-ray incitera les amateurs à le visionner. Avec The Fearless Vampire Killers, Rosemary's Baby, The Tenant et The Ninth Gate, Repulsion forme une des filmographies horrifiques les plus intéressantes, tout réalisateur confondu.



• Répulsion (version française)


• Homicidal (1961)
• Paranoiac (1963)
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