RESURRECTION COUNTY

2008

RÉALISATION: Matt Zettell
SCÉNARIO: James Cotten et Matt Yeager
AVEC: Dayton Knoll, Adam Huss, Kathryn Michelle, Robert Miano et Jake Bartol

En démarrant le film Resurrection County, je songeais déjà à ce que je pourrais en dire lorsque j’aurais à vous le décrire. Quelques citations classiques me venaient derechef en tête, comme “énième émule placide de Texas Chainsaw Massacre”, “Survival oubliable se complaisant dans tous les clichés du sous-genre” ou encore, ma favorite et l’influence marquante de tous les jeunes critiques de ma génération: “passe dans le beurre cinématographique comme un maigre pénis dans un vagin trop « slack »”. Et bien, force m’est d’admettre que je me suis relativement trompé sur le cas de ce film. Ça m’apprendra à essayer de jouer les médiums ! Dans la matière, j’ai environ les mêmes compétences que Roger Mainville.

Tommy et Lucy, frères et sœurs, décident d’aller faire du camping dans les bois avec leurs compagnons de vie respectifs. Ils se retrouvent tous les quatre, un peu perdus et agacés, dans la ville d’Enoch, au sud des Etats-Unis. Tant qu’à y être déboulé de la sorte, pourquoi ne pas y camper ? Ils découvriront rapidement pourquoi il ne valait mieux pas, à leur rencontre avec la paysannerie aux idées arriérées qui peuple la fameuse Enoch. Ceux-ci n’apprécient pas particulièrement les étrangers, disons le ainsi. Malheureusement, les choses vont rapidement s’envenimer et nos protagonistes devront bagarrer fort pour se sortir vivants de là…

Vous conviendrez, à la lecture de ce synopsis, que mes craintes préalables avaient un minimum de légitimité. Quoi de moins original qu’un survival opposant de pauvres jeunes démocrates à une bande de sudistes déchaînés ? Soyons francs, Resurrection County n’y manque pas et on constate aisément des influences d’Herschell Gordon Lewis, The Texas Chain Saw Massacre et même certaines séquences rappelant l’un des emblèmes du film d’horreur en forêt, Wrong Turn. Malgré tout, le réalisateur et les scénaristes sont parvenus à donner assez de piquant à la recette pour qu’elle s’avale sans en faire de scènes.

Resurrection County a de son côté un atout intéressant, et c’est d’être excessivement imprévisible. Là où certains projets gardent le spectateur dans un état d’emmerdement par des scènes que l’on pourrait qualifier d’“agaces situations de tension", on craint celles de ce film tant tout peut y arriver. Dans certains métrages, les personnages semblent avoir été conçus et écrits en fonction de leur longévité. On devine rapidement qui va y passer en premier. Ce n’est pas le cas ici, alors que la menace semble pouvoir jaillir de tous les sens et ne frappe jamais où on l’aurait d’abord cru. Les quatre personnages principaux ont tous une importance semblable et leur mort n’apparaît pas factice. Elle vient tirer de la rage et du regret chez le spectateur, chose qui devrait arriver plus souvent dans les survivals. Prenez des notes, futurs contributeurs du sous-genre !

De plus, il s’agit d’un film qui offre quelques scènes particulièrement tendues. Je me sentirais coupable d’en dire trop à ce sujet, mais sachez que plus d’une fois, certains personnages se retrouvent coincés dans des situations excessivement désagréables et qui ne se terminent pas toujours comme on aurait pu le concevoir. Cela vient renforcer l’idée d’imprévisibilité dont je vous entretiens. Comme il s’agit d’un film bien intégré à son époque, il fait preuve d’une violence graphique forte, réaliste et digne source de quelques réactions offusquées. On tient difficilement en place face à une jeune demoiselle en détresse qui tient dans sa bouche le canon de l’immense carabine d’un redneck ou encore devant un jeune homme, attaché à une potence et menacé d’être sodomisé par un fer chauffé à blanc !

Un autre point positif ? L’application qui a été mise sur la création d’un arrière-propos intéressant. La communauté de rednecks n’est pas uniquement présente pour faire de nos personnages de pauvres méchouis. Elle a aussi ses valeurs, sa hiérarchie et ses idéaux. Sans trop en mettre, le scénario de James Cotten et Matt Yeager va explorer dans cette direction et nous procure plusieurs segments intéressants. Ce village de méchants ne tombe pas dans le cliché. Je n’irai pas jusqu’à parler de réussite scénaristique de ce côté-là, mais il est brillant d’avoir mis en scène des hommes dont la violence et les préceptes archaïques en doivent à autre chose qu’à leur consanguinité !

Resurrection County n’est pas parfait. Il plagie la maudite scène de la flèche présente sur Wrong Turn et met en scène des acteurs qui n’ont rien de formidable. Malgré tout, j’ai eu du plaisir à regarder ce film, plus que de plaisir que devant bien d’autres. S’il ne fait pas silence sur ses influences, Resurrection County parvient tout de même à se forger une identité propre, notamment grâce à l’intelligence d’artisans que ne se sont pas limités à la facilité.

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