THE RITE

2011

RÉALISATION: Mikael Håfström
SCÉNARIO: Michael Petroni
AVEC: Colin O’Donoghue, Anthony Hopkins, Alice Braga, Ciaran Hinds et Rutger Hauer

Michael vit seul avec son père, qui possède une entreprise funéraire. Ne voulant pas suivre sa trace, il tente de renouer avec les exhortations de sa mère décédée en effectuant ses études de psychologie dans un séminaire de prêtrise. Lorsque celles-ci arrivent à terme et qu’il doit logiquement faire ses vœux devant le clergé, il constate qu’il n’a nullement la foi et s’apprête à plier bagages pour pratiquer le métier de psychologue qu’il a appris. Mais l’Église tient mordicus à l’investissement de 100 000$ perpétré sur la personne de Michael, et fait ainsi des pressions au jeune homme pour qu’il aille suivre à Rome un séminaire dans le but de devenir exorciste. Michael ira d’abord à reculons, mais son athéisme et même son triste passé seront rapidement mis à l’épreuve lors de ses rencontres avec le démon Baal… Rencontres initialement supervisées par un vieux vétéran de l’exorcisme (Anthony Hopkins) qui voit un certain potentiel en lui !

The Rite est un beau (terme à dissocier de bon) film hollywoodien qui reprend sans trop se fouler l’éternelle dualité foi vs. rationalité, celle-là même que le sous-genre de l’exorcisme semble difficilement éviter… Cette dernière affirmation étant même un euphémisme ! Malheureusement, nous arrivons rapidement à bout des diverses manières d’aborder la dite dualité, et ce film le prouve ! Si le The Last Exorcism de Daniel Stamm s’imposait comme une relecture moderne et extraordinairement séduisante du classique de William Friedkin, The Rite est plutôt l’inverse ! Il s’agit d’un film avare en surprises, qui n’effraie pas une seule seconde et semble faire prioriser la taille de son budget et la renommée de ses acteurs avant une idée réellement exaltante !

Pourtant, le film jouit d’un démarrage convaincant. The Rite introduit son personnage principal, joué par l’appréciable Colin O’Donoghue, en lui accordant un certain nombre de subtilités. Ses motivations et son passé sont peuplés de zones d’ombre et le garçon incarne les réserves éprouvées par nos générations face aux concepts dépassés que continue de prôner l’Église. Quand Michael commence à apprendre l’art de l’exorcisme avec le père Trevant, le tout se présente comme assez captivant, bien que l’on espère que l’histoire saura prendre une direction qui va l’écarter de la voie conventionnelle. Il est aussi intéressant de voir un film prendre racine dans le bastion fort du catholicisme, soit le Vatican ! Mais par le fait même, je crois que l’on aurait pu se souhaiter une exploration moins personnelle du mythe de l’exorcisme, quelque chose qui s’approche plus des cérémonies en elles-mêmes que des débats qui entourent leur bien-fondé. Michael a beau avoir supposément étudié en psychologie, son argumentaire est assez piètre quand vient le temps d’élaborer sur les possibles psychoses des victimes de possession ! Le débat en demeure donc assez substantiel et on se surprend à désirer un peu plus d’action pour combler les vides crées par d’houleux échanges qui n’ont pourtant rien d’original.

Et qu’en est-il de l’action, des violentes extractions de démons malicieux? Récemment, j’ai vu d’excellentes scènes d’exorcismes dans des titres aussi surprenants que Drag Me to Hell ou The Unborn. Et si vous voulez voir des exorcismes enlevants, je vous redirige vers ceux-ci ! Ces films laissent de côté les idéologies, question dont j’ose croire qu’on a fait le tour, pour se concentrer sur les rites en soi. Et pour revenir au sujet de cette critique, j’aurais attendu plus de rites d’un film éponyme ! Malheureusement, The Rite n’est pas de cette espèce qui ouvre la porte à de nouveaux concepts. Au contraire, il continue seulement d’user une corde bien entamée avec son approche quasi-contemplative.

Pour continuer dans cette histoire d’idéologies, j’ai lu à plusieurs reprises que The Rite était une sorte d’ode à la foi, une forme de propagande grossièrement déguisée pour l’Église catholique romaine. De telles allégations me laissaient et me laissent encore plutôt perplexe, mais il faut avouer que le développement de l’histoire ne procure que minimalement de place à une prise de position ! Le démon joue bien son jeu et rapidement, le doute n’est plus permis au spectateur. C’est bien le Diable !

Pour les réticents, vous devriez être convaincus par les pluies de grenouilles, les mules aux yeux rouges, les pannes d’électricité provoquées par une image biblique de Baal ou encore les appels téléphoniques que font les gens fraîchement décédés ! Et à ce moment, dans ce film qui n’avait rien d’autre à proposer que son débat théologique et qui s’enligne à présent vers un inéluctable happy end, que nous reste-il à espérer, dont ? Que Michael retourne sa veste ? Hey, vous êtes à Hollywood ! Au contraire, le Démon s’en prend au père de notre protagoniste, puis à son nouveau mentor (difficile d’espérer qu’Anthony Hopkins soit sur le casting d’un film d’horreur sans incarner un méchant au moins 10 minutes ! J’en serais bouleversé), puis à la fille avec laquelle il a développé une espèce de relation ambigüe ! C’est à ce moment, oui, que les choses deviennent réellement prévisibles, voir ici ennuyeuses. La conclusion du film laisse par ailleurs très froid dans son espèce d’idylle un peu trop fleur bleue.

Heureusement pour lui-même, le budget de The Rite permettait de faire démarrer le film aux devants des autres. Le cinéaste suédois Mikael Håfström (1408) est quelqu’un d’assez adroit à la caméra. Il recrée avec aisance de belles ambiances de cauchemars (on l’avait déjà remarqué dans 1408) et nous fournit aussi en entrée de jeu une scène d’exorcisme assez intéressante, dans laquelle une jeune fille enceinte se tord dans tous les sens et vomit des clous ! Visuellement, il n’y a donc que peu de choses à redire. Malheureusement, le stress n’existe pas dans ce film. Et comme dans toute sauce qui ne parvient pas à instiguer de tension, on tente péniblement de la faire lever avec de bons vieux exercices de bande-sonore, désagréables jump scares qui désirent casser la monotonie ambiante le temps de quelques secondes ! Vous pouvez déjà deviner que ça ne fonctionne pas réellement. Le jump scare, c’est la tension du pauvre !

The Rite est exactement ce à quoi je m’étais préalablement préparé. Un projet prémâché, mais qui dispose tout de même de certains atouts techniques dans sa manche ainsi que d’une distribution alléchante (Alice Braga (Predators), Ciaran Hinds (Rome) ou encore Rutger Hauer). Malheureusement, on dirait que ces simples qualités correspondent aux standards de commercialisation actuellement en vigueur à Hollywood. The Rite se plaît bien là-dedans et va probablement engranger des recettes appréciables. Le film n’est pas exactement mauvais et parvient à intéresser jusqu’à un certain degré, mais il se dégonfle lamentablement lors de sa seconde moitié, oubliant de ce fait de laisser un souvenir tangible à l’amateur de films d’horreur qui en a vu d’autres. C’est le blockbuster horrifique typique à chaque début d’année !

Au final, je crois qu’il ne me reste qu’une chose à vous dire : The Last Exorcism est disponible sur DVD depuis quelques semaines ! Si toutefois vous préférez les gros sous aux caméras amateures, peut-être que The Rite est votre solution de rechange. Pour les autres, attendre un DVD de ce film ne devrait pas vous faire trop de tort.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • Le Rite (version française/Québec)

     

    Exorcist : The Beginning (2004)
    • Lost Souls (2000)

     

     
     


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