Rituals

RITUALS

1977

RÉALISATION: Peter Carter SCÉNARIO: Ian Sutherland
AVEC: Hal Holbrook, Lawrence Dane, Robin Gammell, Ken James et Jack Creley

Autrefois connu par chez nous sous l’appellation d’Ils Étaient Cinq (ça vous évoque quelque chose?), Rituals est une coproduction entre le Québec et l’Ontario qui a été tournée à Batchawana Bay. Pendant longtemps, le film est resté coincé à l’étape VHS, un support sur lequel il était par ailleurs devenu excessivement difficile à dénicher au gré des années. Ce deuxième long métrage du réalisateur Peter Carter a récemment fait la couverture du Rue Morgue no. 96 dans un dossier très alléchant qui ne venait pas diminuer les attentes des amateurs quant à une réédition prochaine. Grâce au distributeur Code Red, dont on ne peut malheureusement pas faire ici l’éloge du travail d’édition, une nouvelle génération peut maintenant se plonger dans l’expérience Rituals tandis que leurs aînés ont l’occasion de redécouvrir un film qui, selon leurs propres dires, était plus qu’efficace.

Cinq médecins délaissent leur quotidien exigeant le temps d’une semaine passée loin de tout, dans les bois. Ce qui devait au préalable être un sympathique périple de chasse tourne rapidement au vinaigre lorsque, dès la première nuit, les bottes de nos protagonistes disparaissent mystérieusement. Seul l’un d’entre eux, mieux préparé que ses compagnons, s’est emmené une paire de rechange qu’il chausse aussitôt pour partir chercher une aide pouvant solutionner leur risible situation. Malheureusement pour les quatre docteurs restants, ceux-ci ne sont pas seuls et dans les bois se cache quelqu’un qui est loin de leur vouloir du bien…

L’une des raisons ayant empêché Rituals d’accéder à la postérité est sa supposée trop grande ressemblance avec le classique de John Boorman, Delivrance. J’ai entendu parler plus d’une fois de Rituals avant d’avoir la chance de le regarder moi-même, et chaque fois cette similitude était remise sur le tapis par la critique. Mettons les choses au clair, le sujet de ce texte a clairement été influencé par son prédécesseur et lui reprend quelques idées, telles le groupe d’hommes prenant des vacances dans la nature sauvage ou encore certains affrontements entre le personnage d’Hal Holbrook et le tueur. Mais je crois que cette inspiration reste saine et ne prend jamais les allures d’un pur calquage. Rituals opte pour une direction très différente à celle prise par Delivrance, se rapprochant plutôt de la vague de survivals contemporains alors que l’autre est un drame qui met à rude épreuve l’amitié de ses quatre protagonistes à-travers paranoïa ambiante et secrets lourds à porter.

Rituals, donc, est un film tourné en pleine nature avec des conditions assez précaires. Si les paysages sont magnifiques (mentionnons la forêt calcinée ou encore la centrale hydroélectrique abandonnée!), la photographie ne leur rend pas toujours justice et la manière de filmer frôle parfois l’amateurisme. Question d’apporter un peu de visibilité à leur projet, les producteurs ont employé le tiers de leur budget pour ajouter à la distribution 100% canadienne l’américain Hal Holbrook, qui dispose du rôle principal dans Rituals. Holbrook a au moins le mérite de donner le change dans une prestation qui captive. Comme plusieurs films de son genre, Rituals met une certaine emphase dans les relations très tendues de ses personnages. Cela est particulièrement vrai entre le personnage d’Harry (Holbrook) et celui de Mitzi (incarné par le vétéran Lawrence Dane), qui se retrouveront bientôt leaders du groupe (à ce moment plutôt réduit) et se prendront le bec sur à peu près tout. L’idée métaphorique de ces scènes, soit que la nature fasse ressortir la vraie essence individuelle des personnages (à la manière d’un peu tous les bons survivals de l’histoire du cinéma), est assez intéressante et propose un jugement final plutôt fort, bien que totalement implicite.

Par ailleurs, le film met en scène plusieurs meurtres assez sauvages et innovateurs, mais malheureusement ceux-ci s’inscrivent dans un cycle narratif qui ne tient pas le coup. Le tueur frappe tout au long du métrage comme un fantôme, sans que personne ne le voie et disséminant des indices sur les motivations qui le poussent à harceler notre groupe de personnages. L’idée est qu’entre chacune de ses interventions, le désespoir, la précarité et la tension entre les protagonistes devraient transparaître dans le film. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas et Rituals finit par sembler bien long étant donné cette lacune flagrante dans le tournage d’un scénario à l’aspect psychologique prononcé, aspect qui ne sera pourtant jamais sincèrement retransmis à l’écran. La pression n’est pas constante, le danger ne semble pas omniprésent et on en vient à regretter d’autres survivals qui remplissent leur mandat avec bien plus d’agressivité. Les quinze dernières minutes du film sont d’une bonne intensité en offrant la confrontation que l’on attendait depuis le début, mais malgré une certaine originalité celles-ci ne parviennent pas pour autant à sauver Rituals, qui m’a par moments évoqué un I Know What You Did Last Summer en pleine forêt.

Rituals était un film que je désirais voir avec une impatience non dissimulée. Après coup, il est clair que ce n’est pas mauvais, mais la déception est assez grande. Tant de bruit pour ça? C’est un bon petit film, mais qui s’étire un peu pour rien. Le pot revient clairement à un Peter Carter qui ne sait pas prendre en main son scénario, puisque comme je l’ai abordé précédemment les acteurs principaux du projet sont de leur côté très intéressants. Les individus friands de survivals des années 70 devraient tout de même y investir un visionnement, puisque le sous-genre est assez clairsemé et qu’on ne dit pas non à un nouveau représentant bien de chez nous exhumé de la brume après tant de temps. Pour les autres, c’est à vous de voir. J’accorde à Rituals une certaine estime, mais ce n’est pas demain la veille du jour où je reverrai ce film à nouveau.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • The Creeper (Titre alternatif/USA)
    • Ils étaient cinq (version française/Québec)

     

    Just Before Dawn (1981)
    • Southern Comfort (1981)

     

     
     


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