SALVAGE

2009

RÉALISATION: Lawrence Gough
SCÉNARIO: Lawrence Gough, Colin O’Donnell et Alan Pattison
AVEC: Dean Andrews, Kevin Harvey, Linzey Cocker, Neve McIntosh et Paul Opacic

L’atmosphère d’un film est un élément crucial dans sa conception. Certains réalisateurs mettront toute leur vie avant d’arriver à un résultat réussi. Tandis que pour d’autres, rien n’est plus facile ou plus important; le film n’est point achevé avant ce paramètre réglé. Je pense, entre autres, au père du suspense subjectif, Alfred Hitchcock, qui personnifie la quintessence quant à la maîtrise de l’atmosphère tendue. Lawrence Gough nous démontre son habilité en la matière à travers son film Salvage. Une trame narrative bonifiée par l’invisible, les sensations indirectes ainsi qu’une tension graduelle. Une œuvre qui comporte néanmoins des lacunes primaires qui alourdissent malheureusement le tout.

La veille de Noël, Beth doit recevoir la visite de sa fille adolescente, Jodie, qu’elle voit rarement. Carriériste et habitant dans un petit village loin de son ex-époux, leurs contacts se soldent souvent par un échec. Afin de ne pas déroger les vieilles habitudes, leur retrouvaille se termine en dispute. Jodie, furieuse, se réfugie chez une voisine. Pendant ce temps, des choses étranges se produisent dans la municipalité. Des meurtres violents sont orchestrés par des gens normalement sains d’esprit. Venue de nulle part, une brigade militaire débarque et oblige les habitants à se barricader chez eux. Beth, témoin de l’assassinat brutal de son voisin par les soi-disant secours, ne l’entend pas ainsi. Son unique fille se trouve dans la maison en face de la sienne et elle compte bien la rejoindre. Mais quelle est la menace crainte par les autorités? Peu importe, Beth y fera face.

Une histoire plutôt banale racontée avec adresse de façon à nous donner le goût de poursuivre notre écoute jusqu’à la fin. Encore une fois, tout est dans l’atmosphère de tension. La musique y joue un rôle d’importance, évidemment, mais le jeu convaincant de Neve McIntosh (Beth) donne définitivement de l’huile au moteur. On ajoute à cela, des cadrages sortant des sentiers connus et l’utilisation, de plus en plus employée dans l’horreur, de la caméra portée à l’épaule. Les moments de crise deviennent miraculeusement tendus à l’extrême.

Ces deux capacités techniques me poussent à croire que l’aspect visuel n’a pas entièrement été laissé au dépourvu. C’est que, tristement, la base du cinéma semble bafouée ce qui appauvrit la globalité du film. Dès la première scène, on peut observer des « faux-raccords » dans le mouvement. On suit un jeune en vélo qui sort à la droite de l’écran pour entrer, au plan suivant, par la droite encore. Le tout est supposé être en continuité. C’est un parmi tant d’autre et ça dérange. On a droit aussi au problème d’inconstance de luminosité. Dans une même scène, on passe d’un environnement bien éclairé à, lorsque la caméra change de perspective, une pièce sous-exposée. C’est pourtant deux éléments basiques dans la création cinématographique si on souhaite que les spectateurs comprennent bien et que les critiques s’abstiennent de crier. Le pauvre réalisateur Ed Wood pourrait comprendre Gough parfaitement. Ses films ont perdu toute crédibilité auprès du public à cause de ce type d’erreurs techniques. Je dramatise, mais si on souhaite donner un aspect professionnel et jouer dans la cour des grands, on ne doit pas perdre de vue ces éléments primaires. Je pense que c’est la preuve qu’il n’est toujours facile de réaliser son premier long-métrage. Gough expérimentait depuis quelques années ses aptitudes filmiques par le court-métrage et les épisodes télévisés, mais Salvage reste sa première tentative dans le film de longue durée.

Ce n’est pas une oeuvre qui regorge d’action, mais certaines scènes gores sont totalement louables et imprévisibles. Par contre, le faux sang est ridiculement de mauvaise qualité ou, du moins, l’éclairage ne l’avantage pas du tout. Le « ketchup » c’est bon pour les comédies d’horreur pas pour un film qui vise le réalisme. La crédibilité en mange une claque.

Salvage mise le tout pour le tout sur son atmosphère de tension palpable. Sans cela, il devient vite une œuvre ennuyante où les dialogues sans but se chevauchent et étiolent notre patience. Je pense que le réalisateur, Lawrence Gough, marche sur la bonne voix, mais qu’il est loin d’être à son zénith. Comme l’écrit si bien Stephen King, « le chemin est long vers le paradis », pour certain du moins.

  • MaryBel Gervais

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