SCREAM

1996

RÉALISATION: Wes Craven
SCÉNARIO: Kevin Williamson
AVEC: Neve Campbell, Skeet Ulrich, Courtney Cox, David Arquette et Drew Barrymore

"What's your favorite scary movie ?"

La question est simple et il semble qu'il ne suffisait que de la poser pour raviver la flamme! En 1996, un petit film du nom de Scream allait changer le monde du cinéma d’horreur contemporain. Que son influence ait été positive ou négative, cela dépend des opinions. Par contre, personne ne peut nier que Wes Craven et Kevin Williamson ont livré un classique au cinéma d’horreur qui en avait bien besoin au milieu des années 90.

Un an après le meurtre de sa mère, Sidney Prescott voit son petit monde basculer de nouveau lorsqu’un tueur masqué commence à s’en prendre à son entourage immédiat. À mesure que les cadavres s’accumulent, Sidney commence à croire que les meurtres récents ont peut-être un lien avec celui de sa mère. La paranoïa s'installant rapidement dans la petite ville de Woodsboro, l'école est annulée et un couvre-feu est en vigueur. Les amis de Sidney voient en ces circonstances l'occasion idéale d'organiser un party et regarder des films d'horreur pour concorder avec l'atmosphère morbide qui règne sur la ville. Même s'ils sont préparés et connaissent les règles des films d'horreur par coeur, Sidney et ses amis seront pris de court lorsque le tueur fera acte de présence.

Scream est comparable à une partie d’échec parfaite, dans laquelle un nombre minimum de coups sont joués pour arriver à l’échec et mat. Chaque scène est stratégiquement construite de façon à nous écarter dans l’intrigue qui, elle, est magnifiquement bien ficelée. Le film est non seulement un film d’horreur à part entière, mais aussi un cri d’amour envers ceux-ci. Kevin Williamson (I Know What You Did Last Summer, The Vampire Diaries) est tombé dans le genre lorsqu’il était petit et ça paraît. Son scénario est bourré de clins d'oeil à de nombreux films comme Halloween, Friday The 13th, Prom Night, When A Stranger Calls et Hellraiser, pour ne nommer que ceux-là. Bien que peu expérimenté comme scénariste à l'époque, Williamson est le meilleur atout du film. Son scénario est intelligent et à la fois drôle et effrayant. Toutes les scènes ont leur raison d'être en plus de regorger de citations mordantes.

Malgré la croyance populaire, Scream ne tombe jamais dans la vulgaire parodie (le médiocre Scary Movie en a confondu plusieurs sur les intentions de Scream). Puisque les personnages évoluent dans un monde reconnaissant l’existence des films d’horreur, les hommages et les références ne semblent jamais forcés. De plus, le scénario se sert du fait que les jeunes connaissent tous les clichés et les règles des films d’horreur pour jouer avec ceux-ci. Kevin Williamson pose un regard ironique sur le comportement des gens dans les films d’épouvante sans jamais tomber dans la pastiche facile. En effet, jamais l'horreur n’est ridiculisée. L'humour serre plutôt à humaniser les personnages et pousser du revers de la main ceux qui ridiculisent généralement les films d'horreur. Le meilleur exemple nous provient d'une scène où Sidney, brillamment interprétée par Neve Campbell, est en discussion téléphonique avec le tueur. Elle dénigre le cinéma d'horreur, implorant ses nombreux clichés pour ensuite employer elle-même ces mêmes clichés lorsqu'en contact avec son assaillant.

Je lance beaucoup de fleurs au scénario, mais le succès du film repose aussi beaucoup sur le réalisateur Wes Craven (The Hills Have Eyes, A Nightmare On Elm Street). Ce dernier, mets les bouchées doubles, comme s'il voulait se faire pardonner son décevant Vampire In Brooklyn, sorti un an plus tôt. Le résultat n'est rien de moins qu'épatant. Ceux qui croyaient que le vieux routier en avait perdu n'ont qu'à regarder la scène d'ouverture pour constater que Craven a encore les sens très aiguisés. Sa répartie est excellente et il a su doser parfaitement l'humour et l'horreur du scénario. N'importe quel autre cinéaste serait tombé dans le panneau d'utiliser l'humour exagérément. La musique de Marco Beltrami (Mimic) est aussi extrêmement bonne. C'est facilement une des compositions les plus sous-estimées que le cinéma d'horreur nous ait offertes. Fait assez surprenant pour un slasher: tous les acteurs sont excellents dans leur rôle. Chacun d'entre eux apporte une subtilité nécessaire pour différencier leur personnage de l'archétype du slasher. Du lot, j'ai un faible pour Jamie Kennedy, qui interprète le nerds du club vidéo connaissant tout sur les films d'horreur. Comment ne pas s'identifier à lui ??

Même si le scénario contourne certaines règles narratives, la révélation de l’identité du tueur est un des moments forts du cinéma d’horreur. Malgré qu’elle ne soit pas excessivement gore, la finale ne serait jamais présentée dans les cinémas telle quelle aujourd’hui. Avec toute la controverse soulevée par l’influence de la violence au cinéma et à la télévision, Scream est un des rares films à avoir pris position en rejetant du revers de la main toute accusation. Le film faisant aujourd’hui partie de la culture populaire, il est dommage de constater que sa critique sociale ne soit pas plus en avant-plan. Scream est rapidement devenu un film emblématique chez les jeunes adolescents, causant ainsi la dérision des «vrais» amateurs de films d’horreur. Il est dommage de voir des jeunes de sept ans porter fièrement le masque de l’assassin du film le jour de l’Halloween, mais il ne faudrait surtout pas juger le film pour ce phénomène.

Le phénomène Scream est devenu plus gros que le film, ce qui a injustement nuit à la réputation de l’œuvre au fil du temps. Pour bien saisir l’importance qu’a eue Scream dans le paysage horrifique, il faut se transporter en 1996. L’Internet faisait timidement son entrée dans les foyers, les télévisions étaient encore carrées et la VHS était le médium par excellence. L’amateur de cinéma d’horreur devait se fier à L’arrière des cassettes pour faire son éducation cinématographique. Mais surtout, le cinéma d’horreur avait connu de bien meilleurs jours. Les importations se faisaient rares, les suites douteuses peuplaient les clubs vidéo et les bons films d’épouvante fuyaient l’étiquette comme la peste, préférant être appelés « thriller ». Sans nécessairement le vouloir, Scream est devenu le premier classique horrifique d’une nouvelle génération de cinéphiles. Cette génération élevée aux jeux vidéo et friande de culture populaire était nostalgique d’une époque qu’elle n’a pas entièrement connue. Scream est arrivé au bon moment.

Mais au-delà du sauvetage d'un genre, au-delà de l'introspection et au-delà des dialogues savoureux, Scream a marqué son époque, car il est avant tout un sacré bon film d'épouvante. Comme Halloween l'a fait avant lui, l'oeuvre de Craven a ramené la terreur dans toute sa simplicité dans la banlieue américaine. Les jeunes ont beau avoir vu tous les Friday The 13th et tous les A Nightmare On Elm Street de ce monde, ils ne sont pas plus en sécurité pour autant. La terreur n'est plus une menace venue d'une époque révolue. Elle est bien actuelle!

Il existe peu de films d'horreur qui flirtent avec la perfection et qui ont réussi à résister au temps. Scream est l'un de ces films. À plusieurs moments dans le film, le tueur pose la question: " What's Your favorite scary movie ?". Pour moi la réponse est claire ...

  • Dany Champagne

  • • Frissons (version française/Québec)

     

    Scream 2 (1997)
    Scream 3 (2000)
    Scream 4 (2011)

     

    Halloween (1978)
    Prom Night (1980)

     

     
     


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