SCREAM 3

2000

RÉALISATION: Wes Craven
SCÉNARIO: Ehren Kruger
AVEC: Neve Campbell, Courtney Cox, David Arquette, Patrick Dempsey et Parker Posey

"What do you know about trilogies ?"

J’entretiens une relation particulière avec Scream 3. D’un côté, il fait suite à deux de mes films d’horreur favoris, mais de l’autre, il est rattaché à l’un de mes plus amers souvenirs de déception cinématographique. Je n’ai jamais douté qu’il y ait pire que Scream 3, mais les maladresses scénaristiques, la mollesse de l’œuvre et son atmosphère rocailleuse m’ont toujours repoussé. C’est ainsi qu’une trilogie que j’adore semble ne jamais s’être terminée proprement. Avec Scream 4 qui se pointe le bout du nez, il était venu temps de donner à ce troisième chapitre une seconde chance.

Après avoir échappé à pas moins de quatre psychopathes, Sidney Prescott a changé d'identité et vit recluse loin de tout tracas. Malheureusement pour elle, quelqu'un de son passé lui en veut encore et entend bien la faire sortir de sa cachette. Alors qu'une série de meurtres perturbe le tournage de Stab 3, tout porte à croire que Sidney est la clé du mystère. Désireuse de confronter ses démons, elle se rend à Hollywood pour aider les détectives responsables de l'enquête.

Le premier indice que Scream 3 ne sort pas du même moule que ses deux prédécesseurs nous provient de sa décevante scène d’ouverture. En l’espace de deux films, la série a solidement bâti sa marque de commerce en proposant un meurtre mémorable dès la première scène. Drew Barrymore terrorisée au téléphone fait partie des annales du cinéma d’horreur, tandis que Jada Pinkett-Smith qui meurt devant une foule croyant à une blague me donne des frissons dans le dos. La scène d’ouverture de Scream 3 nous laisse dans l’indifférence totale. On s’y débarrasse du personnage de Cotton Weary, joué par un Liev Schrieber clairement venu encaisser un chèque par obligation contractuelle. Le plus navrant est que cette scène est à l’image du film : ininspiré, précipité et fade. On pourrait même croire à une blague, ou l’utilisation de la tactique du film dans le film, tellement la baisse de qualité est fragrante. Malheureusement, ce n’est pas le cas.

On a beaucoup fait état de l’absence du scénariste Kevin Williamson, qui a dû se contenter du rôle de producteur exécutif par manque de temps. Certes, le scénario écrit par Erhen Kruger est de piètre qualité, mais le problème va au-delà de celui-ci. En transportant l’histoire à Hollywood, la production s’est inconsciemment placée dans un cul-de-sac … typiquement hollywoodien. Les explosions, les coups de chaudron et l’abondance cinématographique ont remplacé la terreur et l’introspection des deux premiers chapitres. Et pour être certain que le sceau hollywoodien est bien visible, le film est bourré de caméos de mauvais goût (Jay et Silent Bob, vraiment ?) et de clins d’oeil douteux sur l’arrière-scène. Le meilleur exemple est le personnage de Jenny McCarthy (un cliché en soi) qui se défend des attaques du tueur à l’aide d’un couteau en caoutchouc, pas une fois, pas deux fois, mais bien trois fois! Et ne me partez pas sur l’utilisation du nouveau trafiqueur de voix qui peut imiter la voix de n’importe qui, même des morts!

Il faut ajouter à cela un contexte social difficile suite aux événements malheureux de Columbine. Le concept initial de Williamson était de ramener l’action dans la petite communauté de Woodsboro, plus précisément dans l’école secondaire. Hélas, l’approche hollywoodienne se voulait plus politiquement correcte à l’époque. La violence est donc quasiment inexistante et trop souvent suggérée. Scream et Scream 2 n’étaient peut-être pas hyper sanglant, mais la violence avait un impact certain, ce qui est totalement absent dans le troisième chapitre. J’ajouterais aussi que l’évolution des personnages est douteuse, leurs traits de caractère les liant plus à un épisode de Scooby Doo qu’à un chapitre de Scream. Le retour du geek par excellence, Randy interprété par Jamie Kennedy, démontre aussi à quel point le scénariste était désespéré. S’il y a une chose que Williamson maîtrisait à la perfection, c’est la mince ligne entre le pastiche et l’introspection. Scream 3 chavire rapidement dans la mauvaise parodie, adoptant un ton quasi similaire à la série Scary Movie. Et cela, c'est loin d'être une qualité.

On aura beau dire ce qu'on voudra de Scream 3, le problème est que derrière sa tentative de mise en abimes hollywoodienne, le film d'horreur est complètement absent. À part une exception (la scène dans les décors recréant Woodsboro), il n'y a pas de scènes de poursuite, le suspense est inexistant, les nouveaux personnages sont chiants, les meurtres sont commis du bout des doigts et la terreur est absente.

Reste quelques parcelles de bons moments et une idée ingénieuse ici et là. À la réalisation, Wes Craven nous offre certes des scènes dignes de son talent, mais le scénario et la censure imposée par le studio lui ont carrément ligoté les mains. Il est donc difficile de bien juger son travail. Ironiquement, un rare aspect qui se démarque est l’identité de l’assassin, le seul élément digne d’un slasher qui se respecte, mais surtout un des seuls éléments gardés du concept initial de Kevin Williamson. Avec un tel revirement en mains, il est permis de rêver ce à quoi le film aurait ressemblé si les producteurs avaient daigné attendre que Kevin Williamson se libère de ses autres obligations contractuelles.

La question est posée durant le film: What do you know about movie trilogies ? Il semblerait qu'elle n'ait simplement pas trouvé preneur parmi les gens impliqués dans Scream 3! Je dois avouer par contre qu'avec le recul, et surtout, sachant qu’il n’est plus le film qui clôt la série, Scream 3 se digère mieux. Il est facile de faire abstraction des défauts et la présentation est quand même léchée. J’irais même jusqu’à dire que ce n’est pas un si mauvais film, simplement un mauvais Scream!

  • Dany Champagne

  • • Frissons 3 (version française/Québec)

     

    Scream (1996)
    Scream 2 (1997)
    Scream 4 (2011)

     

    Return To Horror High (1987)
    Smash Cut (2009)

     

     
     


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