SCREAM 4
2011
RÉALISATION: Wes Craven
SCÉNARIO: Kevin Williamson
AVEC: Neve Campbell, Courtney Cox, David Arquette, Emma Roberts et Hayden Panettiere
« New decade, new rules! »
Si Scream a ressuscité le genre il y a quinze ans, celui-ci n’a pas tardé à s’écarter des sentiers battus. Onze ans après avoir clôt ce qu’on croyait être une trilogie, le réalisateur Wes Craven et le scénariste Kevin Williamson sont de retour avec Scream 4. Réussiront-ils à ramener de nouveau le genre dans le droit chemin?
Cela fait plus d’une décennie que Sidney Prescott a été victime d’attaques répétées de la part de cinq (!) psychopathes différents. Elle tente maintenant de redonner un sens à sa vie et de se débarrasser de son étiquette de victime avec la sortie de son livre. La tournée publicitaire son bouquin l’amène à Woodsboro, la ville où son calvaire a débuté. Aussitôt arrivée en ville, deux adolescentes sont retrouvées mortes dans un contexte similaire aux meurtres survenus il y a quinze ans. Forcée de rester chez sa tante le temps que l’enquête suive son cours, la jeune femme sera à nouveau victime des attaques d’un tueur masqué. Cette fois-ci, c’est l’entourage de sa jeune cousine, Jill, qui est visé. Alors que le tueur semble démontrer des affinités avec le cinéma d’horreur actuel, la journaliste Gale Weathers soudoie les amis de Jill pour en apprendre plus sur les nouvelles règles dans le but de piéger l’assassin elle-même.
Il est permis de se questionner sur la pertinence d’un Scream 4, onze ans après la venue du décevant troisième chapitre. Le paysage cinématographique a beaucoup changé depuis les beaux jours de la série à la fin des années 90 et la prestance de Ghostface s’est effritée au fil du temps. Dès ses premiers balbutiements, le scénario de Williamson s’attaque sans répit au cul de sac créatif dans lequel le genre s’est coincé depuis trop longtemps. Le spectateur ayant à peine le temps de reprendre son souffle, que Williamson recommence de plus belle. Remakes, suites inutiles, Saw et « torture porn » passent violemment dans le tordeur avant même que le logo de Scream 4 n’apparaisse à l’écran. Ceux qui doutaient de la pertinence de cette suite peuvent ravaler leurs paroles! Ghostface est de retour, plus cynique et sauvage que jamais!
Bien qu’inégale, la scène d’ouverture fait office d’une cure à la vitamine B12 tellement elle est amusante, surprenante et sanglante. Cela faisait longtemps qu’on ne nous avait pas servi un film d’horreur de la sorte, une œuvre qui réussit à faire sourire le spectateur sans jamais s’empêcher de lui appliquer une solide droite en plein visage. Cette scène nous ramène efficacement dans l’univers de Scream tout en mettant de l’avant sans subtilité le ton expéditif du film.
Les trois personnages principaux de la trilogie initiale, Sidney Prescott (Neve Campbell), Dewey Riley (David Arquette) et Gale Weathers (Courtney Cox) sont très bien réintégrés à l’histoire. La continuité de leurs personnages ne semble jamais forcée et il est fort sympathique de les retrouver. Le scénario propose un bon condensé d’informations pour nous mettre à jour sur leur vie et de nous présenter la nouvelle cuvée. Parmi ceux-ci, on retrouve les personnages typiques à l’univers de Scream, soit des jeunes amateurs de cinéma, avide d’introspection, bien ancrés dans notre réalité technologique et à la réplique facile. Du lot, Kirby (Hayden Pannetiere) risque de devenir un des personnages les plus appréciés de la série.
Une fois la table mise, Scream 4 ne perd pas de temps à sortir son arsenal. Les scènes de meurtres et les attaques se succèdent à un rythme effréné. Le tueur est cette fois-ci beaucoup plus sauvage et ça se reflète dans ses techniques de chasse. Il ne perd pas son temps avec ses victimes et affiche une violence plus prononcée que ses cousins masqués. Les meurtres sont en général moins élaborés que dans les deux premiers chapitres, mais on retrouve quand même la touche Craven/Williamson dans plusieurs d’entre eux. La scène impliquant un placard est probablement la plus réussie en cette matière.
Un des défis les plus importants qui attendaient Williamson pour ce quatrième chapitre était sans contredit l’identité du/des tueur(s). Après trois films, il n’est pas évident de trouver un tueur, mais surtout un autre motif de vouloir s’en prendre à la pauvre Sidney. Tout comme ce fut le cas avec Scream 2 et Scream 3, le revirement risque de diviser les spectateurs. S’il est vrai que le grand dévoilement manque un peu d’impact, il est intéressant de voir ce qui suit cette révélation. La finale de Scream 4 va là où aucun des autres chapitres n’a osé aller et s’avère assez tordue. Qu’on aime l’identité du/des tueur(s) ou non, n’a plus grande importance. Le jeu de l’acteur(s)/actrice(s) (c’est compliqué écrire une critique de Scream 4!) compense pour la moindre déception qu’on pourrait avoir et les derniers moments du film sont démentiels! C’est définitivement la meilleure finale depuis l’originale.
La notion du « New decade, new rules » annoncée dans la publicité est bien mise de l’avant. Si dans le film original l’utilisation du cellulaire était novateur, ici les webcams, IPhone, Twitter et Facebook sont une partie intégrale de l’histoire. Même le motif du tueur reflète bien la société actuelle. Parmi les règles altérées, la plus évidente est que cette fois-ci l’héroïne ne se sauve plus de son assaillant. Sidney est une vraie guerrière et confronte le tueur au lieu de se sauver sans cesse. Le réalisme en prend parfois pour son rhume, mais cela donne lieu à plusieurs des meilleurs moments du film.
Wes Craven, qui a été très loquace sur le net durant la production du film, a déclaré avoir coupé plusieurs scènes pour accentuer le rythme. Cela résulte peut-être à l’un des défauts de Scream 4 : le manque de développement de personnages. Plusieurs scènes sont consacrées à nous présenter les nouveaux personnages, mais un peu plus de profondeur n’aurait certainement pas nui à l’impact général du film, surtout lors de la mort de certains d’entre eux. Le passage du deuxième acte au troisième acte est très abrupt, comme s’il manquait quelques pièces au puzzle. Rien de bien important, juste un petit quelque chose qui aurait rendu le film plus épique. Le ton humoristique aurait aussi pu être diminué lors de certaines scènes.
Il y a une dizaine d’années, les amateurs ont décrié la vague de films d’horreur à laquelle Scream avait donné naissance. Une décennie plus tard, force est d’admettre que le gazon n’était pas plus vert ailleurs. Scream 4 ne révolutionnera pas le genre comme l’a fait son grand frère. Mais s’il peut rappeler à quelques producteurs qu’il est possible d’effrayer dans un climat de divertissement sans écoeurer le spectateur avec une violence extrême ou un manque d’originalité, ce sera mission accomplie. Bon retour monsieur Ghostface, vous nous avez manqué!



• Frissons 4 (version française/Québec)


• Scream (1996)
• Scream 2 (1997)
• Scream 3 (2000)


•Halloween 4: The Return Of Michael Myers (1988)
• Cherry Falls (2000)
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