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SCROOGED
1988
RÉALISATION: Richard Donner
SCÉNARIO: Mitch Glazer et Michael O’Donoghue
AVEC: Bill Murray, Karen Allen, John Forsythe, John Glover et Robert Mitchum
À l’approche du temps des fêtes, le moment est venu de ressortir nos vieux classiques de Noël du placard et de les visionner une énième fois. Certains ont grandi aux côtés du Black Christmas de Bob Clark, d’autres avec la version de Glen Morgan. Peut-être même faites-vous plutôt partie des personnes dont le coeur d’enfant a été glacé d’horreur à la vue du Silent Night, Deadly Night de Charles E. Sellier Jr.? Moi, je suis de ceux pour qui le film Scrooged a marqué la jeunesse. C’est donc avec un oeil nostalgique que je vous présente aujourd'hui cette énième relecture d’A Christmas Carol, réalisée par Richard Donner et mettant en vedette le légendaire Bill Murray.
Frank Cross (Bill Murray), président d’une importante chaîne de télévision, est un être hargneux et sans pitié qui déteste la fête de Noël. Pour lui, cette journée ne représente que l’opportunité de faire grimper ses cotes d’écoute en flèche en présentant une programmation de choix à ses auditeurs. Mais le soir du 24 décembre, Frank reçoit la visite du fantôme de son ancien patron, Lew Hayward (John Forsythe), qui vient l’avertir de changer sa façon de vivre s’il ne veut pas mourir damné. C’est ainsi que le vil homme fera la rencontre de trois esprits différents qui lui montreront des parcelles de sa vie (passé, présent et futur) afin de changer sa manière de voir les choses et de le pousser à devenir une meilleure personne.
L’idée de revoir le conte de Noël le plus populaire de tous les temps était une idée assez culottée, que le réalisateur de The Omen a pourtant très bien mise en scène. Scrooged est davantage un hommage moderne à la célèbre oeuvre de Charles Dickens plutôt qu’un remake perverti d’A Christmas Carol. Ce dernier conte est d’ailleurs mis de l’avant dans Scrooged puisqu’il fait l’objet d’une émission en direct à la télévision le soir de Noël, que le personnage principal devra de plus orchestrer. Le scénario de Mitch Glazer et Michael O'Donoghue est structuré de la même façon que l’histoire de Dickens et il est intéressant de constater le parallélisme entre ces deux récits. Par exemple, après chacune de ses escapades avec un fantôme, Frank réapparait ou intervient toujours lors d’une partie de l’émission “Scrooge”, qui coïncide avec l’expérience qu’il vient lui-même de traverser.
En fait, on peut diviser le développement de l’histoire en trois parties, soit les trois visites des différents esprits de Noël. Le fantôme du Noël passé nous propose un segment beaucoup plus sensible et touchant. L’esprit du Noël présent nous offre un moment beaucoup plus éclaté et humoristique. Le troisième fantôme, celui de l’avenir, est beaucoup plus sombre, présentant des scènes irréelles et dérangeantes avec une esthétique bien recherchée, comme si le personnage principal était dans un rêve. À travers ce mélange d’émotions, Scrooged s’affirme d’abord et avant tout comme étant une comédie. Cela ne l’empêche pas de posséder quelques moments sérieux, voire même effrayants. Certaines scènes du film m’ont profondément marqué étant jeune, notamment la rencontre entre Frank et son ancien patron Lew Hayward, qui apparaît pour l'occasion décomposé et vêtu de son poussiéreux habit de golf. Le moment où Lew commence à menacer Frank et l’entraîne à l’extérieur à-travers la vitre du gratte-ciel dans lequel ils se trouvent tandis que son bras se désagrège est le meilleur exemple du côté horrifique de Scrooged. La scène où Frank Cross se retrouve dans un cercueil qui brûle et implore de vivre est également un bon exemple de scènes traumatisantes.
Par contre, l’humour domine le film. L’esprit du Noël passé (David Johansen) est un ancien chauffeur de taxi, sale et moqueur. Ce personnage en marquera plus d’un par son exubérance et ses répliques croustillantes. L’esprit du Noël présent (Carol Kane) a l’allure d’une gentille et délicate fée. Derrière ses ailes se cache néanmoins un être assez brutal, voire masochiste, qui en fera voir de toutes les couleurs au personnage principal. Mais l’étoile sur le sapin est sans aucun doute la présence de Bill Murray (Ghostbusters 1 et 2) à la distribution, dans le rôle du méprisable Frank Cross. Le choix de cette vedette des années 80 et 90 tombe sous le sens puisque Bill Murray a le don de nous faire rire avec un rien. Ici, notre acteur supporte le film sur ses épaules en en prenant plein la gueule. Son personnage traverse plusieurs moments cocasses et rencontre de nombreux personnages colorés qui mettront en valeurs le talent de comédie de l’acteur. Certaines scènes beaucoup plus sérieuses et touchantes iront dans le même sens. Par contre, Bill Murray est un peu moins crédible quand il vient à interpréter le côté méchant de Frank Cross. Et Frank, il est méchant durant une bonne partie du film. Le jeu de Bill sonne alors faux puisque son rôle est trop caricatural. En effet, plusieurs scènes ou répliques ne sont présentes dans le film que pour augmenter le côté cruel du personnage de Frank Cross. Ça va de voler le taxi d’une pauvre grand-mère jusqu’à rabaisser verbalement de sympathiques bénévoles. Jusqu’à un certain point, on comprend et on croit au personnage. Mais à force de rajouter des méchancetés par-dessus d'autres méchancetés, le personnage perd de son réalisme et devient artificiel tellement ses réactions sont exagérées face à certaines situations.
Une chose que je n’avais jamais vraiment remarquée jusqu’à mon dernier visionnement, c’est que le film est également une grosse critique sur l’importance que l’on donne, nous spectateurs, à la télévision. Le film commence par des publicités qui annoncent la programmation d’une chaine télévisuelle le soir de Noël. Cela permet de faire entrer en scène le personnage principal de Frank Cross, qui est président de la programmation d’IBC. D’ailleurs, ce personnage a un lien avec la télévision depuis son plus jeune âge. Même le visage de l’esprit du Noël futur est un écran de télévision qui projette les éventualités. De plus, l’événement majeur que Frank doit organiser le soir de Noël est une émission en direct qui se veut être la plus attendue de l’année. Le message que les scénaristes veulent porter est clair. La télévision est partout et a une place vraiment importante dans notre vie. La morale finale du film en fait également mention, devenant pratiquement plus importante que la rédemption du personnage principal. De plus, le monologue final de Frank Cross, quand il partage la bonne parole aux millions de spectateurs qui regardent la télévision, est interminable et un brin insupportable en tant que fin heureuse cul-cul.
En conclusion, j’aurais tendance à vous conseiller de voir ou de revoir Scrooged durant la période de Noël puisque ce dernier s’avère être un divertissement familial fort appréciable. Cependant, cet acte irait à l’encontre des valeurs que nous envoie le film, celui de ne pas perdre son temps devant la télévision le soir de Noël. C’est pourquoi je vous conseille plutôt de profiter du moment présent avec vos amis et votre famille, de faire la fête et de boire avec modération. Tirez profit de cette période des fêtes pour dire à vos proches que vous les aimez et qu’ils sont importants à vos yeux. Faîtes le bien autour de... Ah et puis merde! REGARDEZ SCROOGED!!!



• Fantômes en fête (titre français)


• Ghostbusters (1984)
• Beetlejuice (1988)
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