THE SHRINE

2010

RÉALISATION: Jon Knautz
SCÉNARIO: Jon Knautz, Brendan Moore et Trevor Matthews
AVEC: Cindy Sampson, Aaron Ashmore, Meghan Heffern, Trevor Matthews et Ben Lewis

Après avoir fait tourner bien des têtes en 2008 avec le sympathique Jack Brooks: Monster Slayer le duo canadien formé de Jon Knautz (réalisateur et scénariste) et Trevor Matthews (scénariste et acteur) récidive avec The Shrine. S’ils ont par le passé prouvé qu’ils pouvaient maitriser la comédie d’horreur, ils font maintenant volte-face avec un film d’horreur sérieux qui ne contient pas une trace d’humour.

Une journaliste aventureuse (Cindy Sampson, Supernatural) convainc sa stagiaire (Meghan Heffern) et son copain photographe (Aaron Ashmore, Smallville) de l’accompagner en Pologne pour enquêter sur une disparition mystérieuse. Sur place le trio est confronté à un immense brouillard au milieu de la forêt, le même dont faisait référence le journal de voyage du disparu. Après s’être aventuré dans cet opaque brouillard pour y découvrir une statue démoniaque, le trio est accosté par les membres d’un culte qui les kidnappe pour prendre part à un sadique rituel.

Comme le faisait si bien The Last Exorcism, The Shrine nous transporte dans un chemin narratif pour changer de cap sans avertissement au troisième acte. Révéler davantage de son synopsis ne ferait que gâcher les plaisirs que dissimule cet efficace film d’horreur canadien. The Shrine débute à la façon des autres films d’horreur qui mettent en périls des touristes comme Hostel, Turistas ou The Ruins. On a droit aux touristes sympathiques, mais naïfs et aux habitants locaux au regard inquiétant. Rien de bien original, mais la façon sérieuse de traiter l’horreur déjantée est rafraichissante. Le mandat de Knautz est clair. Avec The Shrine il veut soutirer une bonne frousse au spectateur, le tout sans prétention et sans avoir recours à des techniques qui traînent dans l’horreur viscérale extrême. Sur ce point, il n'a rien à se reprocher!

S’il est évident que Knautz, Matthews et leur coscénariste Brendan Moore sont des connaisseurs émérites de cinéma d’horreur, ils ne nous enfoncent pas dans la gueule une série d’hommages. Oui, ils s'inspirent du passé, autant dans la forme que dans le contenu, mais jamais au profit de l'originalité. On reconnait dans The Shrine des influences au cinéma de Mario Bava (Black Sunday, surtout), à The Wicker Man et plusieurs autres oeuvres que je tairai pour ne pas révéler les revirements. Même si The Shrine pige ici et là, au final il nous apparaît comme une œuvre imprévisible qui procure des sentiments de déjà vu sans jamais ressembler à une oeuvre en particulier.

Le troisième acte fait du bien. Démarrant avec un sacrifice humain habillement mis en scène, il se poursuit dans une demeure familiale où le « bordel pogne »! C’est ici que la noirceur de la nuit favorise le manque de budget et les décors restreints. Si le film avait jusque-là favorisé les nuances d'une atmosphère inquiétante, il sort littéralement de sa coquille pour venir électrifier le spectateur. La finale est jouée sans subtilité et s'assume complètement dans ses excès. Les effets spéciaux, tous à l'ancienne comme c'était le cas avec Jack Brooks: Monster Slayer sont très réussis. La scène de meurtre impliquant le cou d'une victime est particulièrement mémorable. Le plus bel atout de ce dernier segment est qu'il est livré sans humour inutile ou clin d'oeil à la caméra.

Tout comme il l'avait fait avec Jack Brooks: Monster Slayer, Jon Knautz prouve qu'il est possible de réaliser un film d'horreur canadien indépendant qui rivalise avec les gros canons du genre. Car, ne nous le cachons pas, même s'il se déroule en Pologne, The Shrine a été tourné dans une forêt quelconque de l'Ontario, avec un minimum de budget, de lieux de tournages et d'acteurs. Knautz contourne habilement les restrictions en gardant son scénario simple et en limitant les lieux de tournage inutiles. S'il est difficile de s'imaginer en Pologne lorsqu'on nous présente les pittoresques décors ontariens, l'intrigue prend rapidement le dessus sur cette lacune. Il faut dire aussi que les nombreux échanges entre les vilains du film sont en polonais et que Knautz a décidé de ne pas avoir recours aux sous-titres.

Ce qui manque à The Shrine, par contre, c'est un peu de développement, surtout en début de parcours. Le scénario nous propulse dans l'intrigue dans prendre le temps d’élaborer sur l'enquête menée par la journaliste. Le tout nous est présenté comme un fait divers que la journaliste aurait décidé de couvrir sur un coup de tête. Il se déroule peu de temps entre l'introduction des personnages et leur arrivée dans la forêt polonaise. Aussi, la toute dernière scène a l'effet d'un pétard mouillé. Si la finale en général est excellente, le film se termine en queue de poisson alors qu'on nous présente la clé de l'énigme à l'aide d'une ligne de dialogue mollement livrée. Une dernière scène plus surprenante aurait élevé le film à un niveau supérieur.

Jon Knautz aime le cinéma d'horreur non pas parce qu'il lui offre l'opportunité de faire du cinéma à bon prix, mais parce qu'il lui offre des défis techniques enrichissants. Knautz comprend les formalités qui séparent les bons films d'horreur des ordinaires et à mon avis il est à quelques essais près de nous livrer un grand film.

  • Dany Champagne

  • Jack Brooks: Monster Slayer (2008)
    The Last Exorcism (2010)

     

     
     


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