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SHUTTER ISLAND
2010
RÉALISATION: Martin Scorsese
SCÉNARIO: Laeta Kalogridis
AVEC: Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow et Michelle Williams
Tout juste couronné de son premier Oscar, malgré une carrière riche et fructueuse comprenant Casino, Goodfellas, Cap Fear, The Last Temptation of the Christ, Taxi Driver et bien d’autres, Martin Scorsese suit sont acclamé The Departed avec un thriller psychologique. Méritera-t-il un autre Oscar? Définitivement pas, mais il mérite quand même le prix prestigieux d’être dans mon cœur!
Après qu’une patiente d’un hôpital psychiatrique se trouvant sur Shutter Island se soit enfuie, Teddy Daniels, un enquêteur, et son coéquipier se rendent sur les lieux. Alors que l’enquête avance difficilement, Daniels se retrouve avec plus de questions que de réponses et découvre un vaste complot. Cela est sans compter les hallucinations à propos de sa défunte femme et de son meurtrier.
J’adore les films de Martin Scorsese, surtout ses films de gangsters, genre qu’il réussit particulièrement bien. Mais c’est décevant qu’il n’aot pas fait plus de drame psychologique, car son style se marie à la perfection avec le genre horrifique. L’une des grandes forces de Scorsese, à mon avis, est sa façon de rendre la violence poétique. Cet aspect est peu représenté dans ce film, mais les quelques scènes qui bénéficient de ce grain de sel laissent une empreinte indélébile sur nous. Par exemple, durant un flash-back, nous sommes témoins d’une scène dans laquelle des papiers flottent partout dans les airs, alors qu’un nazi git dans son propre sang par terre et que le personnage de Leonardo DiCaprio le regarde agoniser, le tout nappé d’une succulente musique classique.
Musique qui, d’ailleurs, prend une grande place dans ce long métrage. Elle devient presque un personnage tellement elle est présente et soutient les scènes. Par exemple à plusieurs moments, lorsque quelque chose ne tourne pas rond, une grosse trame sonore peu subtile rugit, nous indiquant qu’il y a bien anguille sous roche et que rien n’est ce qu’il semble être. Ou alors, comme je mentionnais plus haut, on nous submerge de musique classique à propos qui rend le film poétique. Mieux, Scorsese s’amuse à jouer avec la musique, l’arrêtant d’un coup sec lorsque le personnage de Daniels se réveille de ses visions ou lorsqu’on nous fait douter de la réalité d’une scène.
Outre la réalisation, Scorsese allonge sa petite touche personnelle jusque dans le scénario. Shutter Island contient énormément de dialogues, qui sont souvent quelque peu baveux et fendants, tout à fait le style de Scorsese. Sans compter que, pour un film qui se passe en 1954, j’ai rarement entendu autant de fois les mots « Fuck » et « Cock » provenant d’un long métrage de cette époque. L’une des lacunes du scénario à mon avis est peut-être qu’il est trop chargé, il se perd dans les dédales de son raisonnement, soit trop compliqué par moments ou trop vulgarisé à d’autres instants.
C’est d’ailleurs l’une des plus grosses faiblesses, la tendance de tout surexpliquer les mystères du scénario à la fin. Au lieu de nous laisser avec quelques brins de sous-entendus et des questions inexplicables, on nous raconte tout dans le moindre détail, emmenant l’ironie à son maximum à la fin lorsqu’un des personnages sort un tableau avec des graphiques sortis de nulle part afin d’expliquer le pourquoi du comment au héros, par le fait même nous expliquant tout de façon enfantine.
Mais bon, lorsqu’un maître comme Scorsese nous livre une œuvre aussi intense, on ne peut que se gaver de l’humble cadeau qu’il nous offre. Shutter Island, bien qu’il gratte légèrement le genre horrifique est un film extrêmement épeurant. Non pas à cause des supposés fantômes que la bande-annonce promettait ou parce que le film est gore, mais bien parce que Scorsese réussit parfaitement à transposer l’effet de paranoïa que le personnage de DiCaprio ressent aux spectateurs. À certains moments, nous-mêmes on doute de ce qui est vrai ou faux, nous laissant pantois et haletant sur notre siège.
Shutter Island n’est peut-être pas le plus beau cadeau que Martin Scorsese nous ait offert, mais c’est quand même une œuvre que l’on prend plaisir à regarder.



• The SHining (1980)
• Session 9 (2001)
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