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THE SILENT HOUSE
2010
RÉALISATION: Gustavo Hernández
SCÉNARIO: Oscar Estévez, Gustavo Hernández et Gustavo Rojo
AVEC: Florencia Colucci, Abel Tripaldi, Gustavo Alonso et Maria Salazar
Le gros problème de certains films d’horreur undergrounds, c’est de ne pas avoir d’arguments de vente très intéressants. Sans budget ou originalité de son côté, difficile de convaincre les audiences de faire acte de foi! Dans le cas de The Silent House (traduction du titre original espagnol, qui est La Casa Muda), cet inconvénient n’aura pas été rencontré. En effet, le projet a de son côté deux aspects fort intrigants. Premièrement, il vient d’Uruguay, un pays sud-américain qui n’est pas exactement reconnu pour sa production de cinéma d’horreur. Deuxièmement, le film a été tourné en un seul plan séquence. Bon, il y a un peu de triche, mais c’est l’intention qui compte! Et de toute manière, c’est assez pour attirer l’attention de tous les fanatiques invétérés de cinéma d’horreur!
Laura est une jeune femme qui, en compagnie de son père, a accepté le contrat de complètement retaper une vieille maison située dans la campagne uruguayenne. Alors qu’ils passent la nuit dans la demeure, Laura entend des bruits sourds à l’étage. Interloquée, elle demande à son père d’aller vérifier ce qui se passe. Celui-ci ne reviendra pas. C’est le début d’une nuit d’horreur éprouvante pour la jeune femme…
La Casa Muda est une expérience singulière, définitivement à ne pas mettre entre toutes les mains. Les contraintes de forme imposées par un film tourné en un seul plan feront assurément le charme du long métrage, mais seront aussi ses grands défauts.
Bravo, d’abord, à une ambiance poisseuse admirablement mise en scène. Que tout cela ait été tourné en temps réel témoigne d’un timing assez impressionnant. Dans son style, The Silent House évoque une version de The House of the Devil qui irait encore plus loin dans l’avenue explorée par le film de Ti West, lui-même critiqué par des détracteurs armés de l’argument massue selon lequel il ne se passe rien dans le film. Inutile je crois d’affirmer que si vous avez détesté THOD pour cette raison, ne tentez même pas de regarder le sujet de cette critique. Il vous rendrait hystérique en moins de deux. Un autre point pouvant susciter la rogne du public sera la finale de notre Casa Muda, mais étrangement je l’ai trouvée très appréciable dans le contexte cinématographique que nous explorions ici. L’approche en plan séquence permet d’expérimenter différemment ce type de twist.
Puisqu’aucune coupure n’est réellement notable dans le film d’Hernandez, le cinéaste doit jouer d’intelligence dans sa manière de filmer et The Silent House est ainsi une œuvre tournée en caméra à l’épaule extra diégétique. Esthétiquement parlant, le film est très séducteur. Pour ce film à petit budget, Gustavo Hernandez a employé le fameux appareil photo Canon Mark II 5D, dont j’ai déjà fait l’éloge plus tôt dans l’année lors de ma critique de Rubber. Celui-ci offrira un rendu incroyable à notre Silent House, ce qui représente une qualité qui aura pour moi une certaine influence dans la balance finale.
Malheureusement, l’audace du film finira pas se retourner contre lui. D’abord, le manque de coupures finit par générer des longueurs assez incroyables à The Silent House. Après seulement 10 minutes, on a déjà un avant-goût de ce que notre expérience sera. Les concepts de temps réel et de film extrêmement théâtral feront rapidement décrocher des spectateurs ayant besoin d’une stimulation intellectuelle plus constante. De plus, l’actrice principale, Florencia Colucci, connait certaines difficultés. Ce n’est pas qu’elle soit dénuée de talent, au contraire! Cependant, le format sera assurément très exigent pour elle et la comédienne ne parviendra pas toujours à convaincre.
Qu’en conclure? The Silent House est une curiosité que les passionnés pourraient définitivement avoir envie de tester, mais dans laquelle ceux qui regardent des films d’horreur de manière plus occasionnelle ne devraient pas investir de leur temps. Ce projet est très expérimental et malgré beaucoup d’efforts déployés, je ne crois pas qu’il parviendra à sincèrement vous effrayer. L’immersion est mise à mal par ce film sans coupures qui tient grandement du théâtre. Néanmoins, je préfère toujours un film couillu en son genre qu’un truc générique et prémâché. Le cinéma en temps réel pouvait sembler une bonne alternative au found footage popularisé récemment, mais je crois qu’il faudra que plus de cinéastes s’y aventurent avant de définir si cette dantesque contrainte de narration en vaut le coup. Dans le genre, je vous recommande grandement d’essayer Enter the Void de Gaspard Noé.
P.S. Vous entendrez à nouveau parler de ce film j’en suis convaincu, puisque son remake américain fait à l’heure où l’on se parle la tournée des festivals.



• La Casa Muda (Titre original)


• The House of the Devil (2009)
• The Circle (2005)
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