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SKELETON CREW
2009
RÉALISATION: Tommi Lepola et Tero Molin
SCÉNARIO: Tero Molin et Teemu Molin
AVEC: Steve Porter, Rita Suomalainen, David Yoken, Anna Alkomaa et Rikka Niemi
En ce moment, le cinéma d’horreur est en plein essor dans les pays scandinaves : on a qu’à penser aux excellents (chacun à leur manière) Let the Right One In, Cold Prey ou Dead Snow pour s’en convaincre. Surfant sur cette vague, deux cinéastes finlandais, Tommi Lepola et Tero Molin (qui a aussi coécrit le scénario) nous ont concocté Skeleton Crew, un film aux prémisses intéressantes qui tombe vite dans la facilité en prenant littéralement le spectateur de film de genre pour un con.
Au début des années 70, un asile psychiatrique aux frontières de la Russie fût fermé par la police. Un docteur, qui aimait se faire appeler «The Author», s’amusait à torturer ses patients devant une caméra 8mm. Trente ans plus tard, une équipe de tournage américaine arrive sur les lieux du massacre pour faire un film d’horreur à propos de ces tragiques événements. Après quelques jours de tournage, l’équipe découvre la salle de projection privée de l’infâme docteur ainsi que les snuff films jamais retrouvés par la police. Après l’écoute de ces snuff, le réalisateur, Steven, qui trouve que son film manque de réalisme, devient de plus en plus exigeant envers ses comédiens et ses techniciens qui deviendront tous sans le vouloir les protagonistes du snuff film de Steven qu’il faut désormais appeler «The Author»…
Le plus gros problème de cette première réalisation est sans nul doute un problème de registre : Lepola et Molin n’arrivent jamais à nous faire sentir pleinement s’ils jouent la carte cachée de la parodie ou s’ils ont opté pour un film d’horreur plus sérieux. C’est comme si en cas d’échec du côté plus sérieux de leur production (si jamais la critique n’apprécie pas), ils se gardaient une porte de sortie : « Mais vous n’avez rien compris, c’était une parodie ! » Je n’apprécie guère cette ambivalence qui nuit grandement au développement de l’action : si vous voulez faire dans l’humour affichez vos couleurs plus clairement, sinon cela ressemble à un homosexuel qui ne sort que dans des bars hétéro. Pourtant, les réalisateurs ne sont pas dénudés de talent. Pendant les vingt premières minutes du film, je me croyais revenu quelques années en arrière dans un film d’horreur classique : une musique simple et efficace, des images aux couleurs glauques, aux cadrages parfaits, une histoire conventionnelle (mais combien plus accrocheuse que ce qui allait suivre) qui nous met vite au cœur de l’action, sans explications, sans bavardages inutiles. Un petit film dans le film d’une maîtrise quasi parfaite (je me disais déjà : wow ! un nouveau Cold Prey) jusqu’à ce qu’un revirement trop facile se présente sous la forme d’un petit mot très tranchant : « Cut ». Les deux réalisateurs, à l’instar de celui de Cold Prey, ne voulaient pas faire un film d’horreur classique (alors pourquoi perdre 20 minutes à nous faire croire le contraire !), ils voulaient quelque chose de plus intelligent, de plus compliqué : un film sur le cinéma d’horreur, rien de moins. Mais n’est pas Wes Craven qui veut.
Le scénario de Skeleton Crew passe alors du côté sombre de la force, c’est-à-dire celle de la facilité, des explications bidons, des clichés, des illogismes, des dialogues prémâchées. Pour combler le manque total de cohésion scénaristique, on a droit à des phrases fourre-tout comme celles-ci : «Tout peut arriver dans les films d’horreur» ou «je comprends, c’est parce qu’on est dans un film d’horreur». Je ne crois pas que le public soit assez con pour accepter ces simples explications en tendant l’autre joue et en disant giflez-nous encore, on vous pardonne tous vos trous scénaristiques, toutes vos parcelles d’histoire mal développées et toutes vos incohérences, car tout le monde sait qu’un film d’horreur doit avoir plein de défauts, ça fait partie des conventions implicites. Je trouve cette logique très réductrice envers le spectateur et envers le genre lui-même. Je n’aime pas qu’un réalisateur ou un scénariste, encore moins deux réalisateurs et deux scénaristes, essaient de jouer au plus fin avec le spectateur, sans raison valable autre que pour remonter leur ego.
L’autre plus gros défaut de Skeleton Crew porte un nom : Steve Porter. L’acteur principal est tellement mauvais que n’importe lequel des has been du téléroman Virginie à l’air d’un comédien de génie en comparaison. Le comble de la bêtise : son personnage du réalisateur confie même à un des techniciens qu’il déteste les acteurs qui surjouent (« I hate overacting ! »), alors que Steve Porter est le président incontesté de cette guilde d’acteurs énervants qui veulent trop en faire.
Le film n’a cependant pas que des défauts, je dois l’avouer. La réalisation est impeccable, les scènes de torture en 8mm donnent une touche vieillotte intéressante, les décors, surtout le choix du lieu, cadrent parfaitement à l’histoire qui malgré un scénario boiteux ne manque pas de rythme et les effets spéciaux n’ont rien à envier à de plus grosses productions. Le film contient beaucoup de gore et des meurtres originaux ; même s’ils ne sont pas tous très crédibles. Cependant, pour leur prochain film, Molin et Lepola devront se contenter d’une histoire simple ou de faire autre chose que du cinéma d’horreur.
Si pour vous un bon film d’horreur, c’est un peu n’importe quoi avec son lot d’illogismes, de mauvais jeux d’acteurs, de revirements impossibles et de conventions désuètes en autant qu’on y trouve des meurtres et de l’hémoglobine en quantité (comme semblent le croire les deux Finlandais qui ont réalisé Skeleton Crew), vous serez sûrement moins déçus que moi à l’écoute de ce long-métrage pompeux qui prend plaisir à ridiculiser le cinéma horrifique, tout ça sans la moindre nuance et en se basant sur les pires généralités.
En espérant fortement que la tagline du film, «There’s no sequel for you», s’adresse directement au duo de réalisateurs.



• Asylum (2008)
• Scream 3 (2000)
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