SKULL HEADS

2009

RÉALISATION: Charles Band
SCÉNARIO: August White
AVEC: Robin Sydney, Samantha Light, Steve Kramer, Rane Jameson et Kim Argetsinger

Lorsqu’on parle de gens d’expérience, on peut inclure facilement Charles Band. Par contre, la majorité du temps, sa participation se limite à la production cinématographique puisqu’il est à la tête de la compagnie Full Moon Features. Une entreprise luxuriante qui compte environ 250 films de série B à son actif. Du côté de la réalisation, on ne peut pas dire que c’est un débutant non plus, car il a tenu les rênes d’une trentaine d’œuvres. D’un autre côté, le visionnement de Skull Heads sans la connaissance du parcours du réalisateur nous pousse à croire que nous sommes devant un amateur de très bas de gamme. L’appât du gain semble irrésistible et le professionnalisme peu convoité. C’est un film à petit budget tourné dans un court laps de temps. C’est parfois une bonne recette, mais ici, rien ne le prouve.

Naomi Arkoff vit avec sa famille et ses domestiques dans un château isolé en Italie. Âgée de dix-huit ans, elle ne connaît que peu de chose du monde extérieur. Son père, un homme extrêmement protecteur et sévère, ne lui a jamais permis de sortir de la résidence. Sa curiosité s’accentue en vieillissant et ses tentatives légères de rébellion se succèdent. Sa bouée de sauvetage prendra la forme d’une équipe de repérage cinématographique intéressée par le château comme lieu de tournage. Naomi fera tout ce qui est en son pouvoir pour que son père accepte l’offre. Lorsque la nature véreuse de la bande de cinéastes sera mise à jour, des forces surnaturelles protectrices des lieux et de la famille Arkoff, nommées les skull heads, viendront punir les malfrats.

Une histoire tirée par les cheveux qui est sans convictions et sans suite logique. On voit clairement l’idée de la princesse prisonnière où l’inconnu représente le mal et où la morale est que les parents ont toujours raison. Il y a même un prince héroïque dans l’équipe de tournage. Malgré cette trame classique, le scénariste a réussi à se perdre. Pour pallier ce dérapage, on nous sert quelques scènes de nudité qui aurait tout de même pu bonifier l’état du spectateur. Mais bon, elles sont dans la veine « Bleu Nuitienne » alors adieu l’excitation pour les plus de onze ans.

Comme je le disais plus haut, le côté technique laisse majoritairement à désirer. Plusieurs problèmes de raccords se sont glissés. Un objet est présent dans un plan pour disparaître dans le suivant, pour revenir, etc. À la limite, ça nous aide à rester à l’écoute en devenant interactif. Les choix de cadrages sont tellement mauvais que je n’en reviens toujours pas. On place hors champ des actions importantes qui nous permet de comprendre ce qui se passe. On n’est jamais sûre de ce que les personnages font. Par exemple, Naomi rencontre la première fois son prince. Ils s’approchent l’un de l’autre et on imagine qu’ils se serrent la main, mais tout ce dont on cadre c’est un gros plan du visage du mec. On voit un peu son épaule bouger, mais tout de même! Ce manque flagrant d’attention aux détails appauvrit le film et met en doute les qualités de Charles Band en tant que réalisateur.

J’ai tout même apprécié le clin d’œil à différentes décennies du cinéma d’horreur. Band emprunte à chaque mode un peu de son énergie. Des premiers films, comme Dracula (Tod Browning, 1931), on adopte les lieux lugubres, le château éloigné, le donjon et ses anciens objets de tortures. Ainsi que quelques endroits recréés en totalité en studio. Les « Giallos » de Dario Argento et Lucio Fulci des années soixante et soixante-dix ont légué leur utilisation des filtres de lumière. Dans un même plan de Skull Heads, on crée un éclairage bleuté dans un coin et un orangé dans un autre. C’est très beau visuellement et ça prouve la maîtrise de cet aspect technique. L’emprunt aux années quatre-vingt se matérialise à travers la conception rudimentaire de quelques effets spéciaux par ordinateur comme des éclairs et des faisceaux lumineux fluorescents. Et finalement, l’histoire mettant en vedette des marionnettes vengeresses articulées mal manipulées mimant des actions ridicules entourées d’une musique lugubre est typique du début des années quatre-vingt-dix. Dans le même type que Puppet Master (David Schmoeller, 1989) qui se trouve à être l’apogée de la carrière de producteur de Charles Band justement.

L’ensemble reste loin d’un concept phénoménal! De plus, après cinquante minutes de projection, il n’y a toujours aucun mort, ni action horrifiante, ni véritable tension. Sur un film de 78 minutes au total, ça devient vite pénible. On en vient rapidement à la conclusion que c’est une perte de temps. Si vous tenez mordicus à écouter ce film, de grâce, ne le faite pas par un bel après-midi d’été.

  • MaryBel Gervais

  • Puppet Master (1989)
    • Akanbo Shôjo (2008)

     

     
     


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