SMASH CUT

2009

RÉALISATION: Lee Demarbre
SCÉNARIO: Ian Driscoll
AVEC: David Hess, Sasha Grey, Jesse Buck, Michael Berryman et Herschell Gordon Lewis

"I see filmmaking as a business and pity anyone who regards it as an art form. – Herschell Gordon Lewis

Alors que la majorité de ses confrères s’efforce à rendre hommage au cinéma d’horreur des années 80, le cinéaste canadien Lee Demarbre (Jesus Christ Vampire Hunter) recule encore plus loin dans le temps afin de célébrer l’influence de celui qu’on surnomme affectueusement le grand-père du gore; Hershell Gordon Lewis.

Able Whitman est un réalisateur de séries B qui n’a jamais connu le succès. Soutenus par des effets spéciaux bas de gammes, ses films sont la risée des amateurs et des critiques. Jusqu’au jour où il est victime d’un accident de voiture qui cause la mort de Gigi, une danseuse érotique. Au lieu de rapporter l’incident aux autorités, Whitman garde le corps pour l’utiliser dans son prochain film. Les producteurs sont épatés des résultats, trouvant les effets spéciaux très réalistes. Parallèlement, une journaliste télévisuelle inquiète de ne pas avoir de nouvelles de sa sœur Gigi, décide d’engager un détective privé. Une piste les mène directement sur Able Whitman. La journaliste décide alors d’auditionner pour un rôle dans le nouveau film de Whitman, Terror Toy 2. Ainsi, elle espère dévoiler la vraie nature du cinéaste, qui tue maintenant tout ce qui bouge pour générer de nouveaux effets spéciaux à son chef-d’oeuvre en devenir!

Amalgame entre deux œuvres de Lewis, soit Color Me Blood Red et The Gore-Gore Girls, Smash Cut réussit avec brio à transposer à l’écran l’atmosphère particulière de ces films tout en reproduisant autant leurs qualités que leurs défauts. Tout comme le faisait Lewis il y a 40 ans, Demarbre a la fausse prétention de vouloir choquer tout en étant le plus léger possible. Le cinéaste ne se fait pas d'idée sur le genre de film qu'il tourne, d'autant plus que c'est une pastiche qui endosse avec fierté sa démarche boiteuse. Les cadrages mornes, les environnements artificiels et les longueurs reliées à des dialogues inintéressants en repousseront certainement plus d'un. Mais c'est ironiquement avec ces défauts que Smash Cut peut se vanter d'être un des seuls véritables hommages au cinéma d'Herschell Gordon Lewis! Dans de telles circonstances, peut-on vraiment blâmer Smash Cut de traîner de la patte à quelques reprises? Ajoutons cela dans la colonne "charme"!

Sans jamais s'éloigner de son mandat initial, Demarbre ne se gêne pas pour lancer quelques observations sur la culture cinématographique moderne. Son film débute avec une des citations les plus célèbres de Lewis (citée plus haut) qui résume à merveille le portrait de l'industrie du cinéma. Le scénario de Ian Driscoll, collaborateur fréquent de Demarbre, porte un regard sur la mince ligne qui sépare souvent les navets des chef-d'oeuvre et saura certes interpeller les amateurs de séries B. Dermarbre et Driscoll s'en prennent même à la critique dans une scène amusante où une journaliste hautaine consulte le dictionnaire des synonimes avant de taper chaque mot de son texte. Elle a dû faire du bien, celle-là!

En plus de présenter le film dans un prélude hilarant et d’y tenir un rôle régulier, le grand-père du gore a aussi choisi le titre du film. En fait, Lewis a fourni une longue liste de suggestions, desquelles Smash Cut est ressorti gagnant. Trouvant les autres suggestions comiques, Demarbre les a utilisées sur les fausses affiches de films qui décorent les couloirs du studio de tournage où travaille Able. Outre Lewis, une autre icône du cinéma d'horreur retient l'attention. David Hess, reconnu pour ses rôles de durs dans The Last House On The Left et The House At The Edge Of The Park, interprète avec humour le cinéaste Able Withman. Sa performance n'est pas sa plus mémorable, mais c'est agréable de le découvrir dans un tel rôle.

Par contre, pour plusieurs, l'unique raison de visionner Smash Cut n'a aucun lien avec Lewis ou Demarbre. Il faut avouer que le peu de notoriété obtenu par le film provient du fait qu'il offre à la star du porno Sasha Grey son premier rôle "habillé"! La jeune actrice de 22 ans qui compte près de 200 films pornographiques à son actif offre une performance étonnement sobre, ce qui lui confère un charme particulier. Le sérieux de sa performance vient habillement contredire le ton léger et comique du film et donne à Smash Cut ses meilleurs moments. La scène d’audition de son personnage, qui doit réciter un passage d'Hamlet avec comme accessoire à la main, la tête décapitée de sa sœur, est délicieusement tordue!

Si on peut pardonner à Smash Cut de reproduire les défauts classiques des films de Lewis, il n'en demeure pas moins que le concept perd de son lustre en fin de parcours. Puisque Lewis a popularisé le cinéma gore dans les années 60, il aurait été intéressant que Demarbre poursuive sur sa lancé plutôt que de se contenter de rendre hommage. Les scènes gores de Smash Cut sont sympathiques, quelques unes sont même assez dégoûtantes, mais il leur manque un petit peu de mordant.

Dépourvu de toute prétention, Smash Cut est un bel hommage à la filmographie d'Herschell Gordon Lewis qui ne plaira certes pas à tout le monde. Si vous êtes de ceux qui sont fascinés par les films de Lewis sans vraiment comprendre pourquoi, Smash Cut vous est destiné.

  • Dany Champagne

  • • Coupures (version française/Québec)

     

    • Color Me Blood Red (1965)
    Brutal Masscare: A Comedy (2008)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2010
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard