Some Guy Who Kills People

SOME GUY WHO KILLS PEOPLE

2011

RÉALISATION: Jack Perez
SCÉNARIO: Ryan A. Levin
AVEC: Kevin Corrigan, Ariel Gade, Barry Bostwick, Karen Black, Lucy Davis

Dans la majorité des comédies d’horreur, le protagoniste principal sera un sociopathe en puissance, un « loser » aux yeux de la société qui vit de manière minable et marginale jusqu’au beau jour où l’élément « horreur » est ajouté à l’équation et que notre personnage prend enfin son courage à deux mains pour affronter la vie. Sommes-nous, par notre simple intérêt pour le cinéma d’horreur, des matérialisations de ces sociopathes? Si ce n’est pas le cas, pourquoi revenir encore et encore de manière si acharnée vers le même canevas de protagoniste dans toutes les comédies de genre récentes? Est-ce parce que la stratégie du personnage « loser » a bien fonctionnée chez Edgar Wright en 2004?

Malgré une réception prometteuse, je craignais légèrement Some Guy Who Kills People pour un éventuel manque d’inventivité. Après coup, je ne crois pas que ce film va déboulonner le monde du cinéma d’horreur tel qu’on le connaît, mais c’est le meilleur long métrage en son genre depuis un petit bout de temps! Celui-ci parvient à donner un ton différent à son histoire. Some Guy Who Kills People est d’ailleurs une production exécutive du légendaire réalisateur John Landis (Innocent Blood, An American Werewolf in London), ce qui explique en partie sa présence à cette 15e édition du Festival Fantasia (Landis étant l’invité d’honneur cette année).

Ken est un gars taciturne qui entretient très peu de relations interpersonnelles. Il est sorti récemment d’un asile psychiatrique, où on l’avait interné après un incident de jeunesse impliquant d’anciens camarades de classe et l’ayant profondément troublé, voir même poussé à tenter de se suicider. Il vit à présent chez sa mère et travaille dans un bar laitier avec ce qui semble bien être son seul ami, Irv. Ce que fait Ken de ses journées est maintenant assez banal, mais la manière dont il occupe ses nuits est beaucoup plus nébuleuse. En effet, il semble bien qu’il assassine violemment un à un tous les participants à son calvaire d’antan… Un frein sera pourtant mis à cette vengeance méthodique lorsqu’apparaissent dans sa vie Amy, sa fille de 11 ans qui vient d’apprendre son existence et qui souhaite maintenant connaître son père, ainsi que Stephanie, une femme qui semble fortement attirée par lui. Ken parviendra t-il à laisser le passé de côté et à aller de l’avant?

Some Guy Who Kills People est apparu dans ma vie comme une bouffée de fraîcheur particulièrement bienvenue. C’est pratiquement un petit miracle sur pellicule. Ce l’est même pour son réalisateur, Jack Perez, récemment responsable de films aussi dramatiquement mauvais que Monster Island et Mega Shark vs Giant Octopus. En acceptant de réaliser ce script de Ryan A. Levin (et surtout de cesser d’écrire de lui-même des scénarios désastreux), Perez a enfin l’occasion de nous montrer que, oui, il a quelque chose dans le ventre! Son film est très coloré, presque cartoonesque par endroits, et propose une ambiance « splatter » assez éclatée lors des quelques meurtres qui parsèment l’histoire. Avec 600 000$ entre les mains, Perez a mis cette histoire plutôt intimiste en boîte comme un véritable chef. Enfin, voudra-t-on dire!

Il y est d’ailleurs aidé par des acteurs qui excellent. Kevin Corrigan (Grounded for life, Pineapple Express), un visage que l’on est habitué à revoir plus ou moins régulièrement dans le paysage cinématographique actuel, profite ici de ce premier rôle pour imposer sa qualité d’interprète. On s’attache rapidement à lui et le suivre dans ses histoires devient passionnant. Les scénaristes nous ont d’ailleurs gardé sur son cas quelques twists, plutôt tordus mais bien plausibles, pour la conclusion. Dans la peau de sa fille, Ariel Gade (Dark Water ‘05, Aliens Versus Predator : Requiem) s’impose elle aussi. Elle possède un charisme et une couleur incroyable, n’importe qui voudrait avoir une telle enfant! Son personnage est le halo de lumière qui ramène Ken vers la bonne route. En fait, tous les personnages possèdent une personnalité propre qui les rend intéressants et drôles. On peut ici créditer en grandes pompes un scénario qui leur offre de la substance ainsi que de la couleur. Je me verrais d’ailleurs mal ne pas vous mentionner la passionnée Karen Black (House of 1000 Corpses), la charmante Lucy Davis (Shaun of the Dead)…

Mais au-delà de tous les autres, celui qui vole la vedette est Barry Bostwick, reconnu pour The Rocky Horror Picture Show. Celui-ci incarne le chef de police de la ville et aussi le beau-père de Ken. Si Some Guy Who Kills People se veut souvent un projet léger où les maladresses de Ken font sourire, jamais le film ne verse autant dans la comédie que lorsque Bostwick entre en scène. Chacune de ses lignes semble avoir été écrite pour nous faire mourir de rire, chacune des situations dans lesquelles il est impliqué procure un plaisir intellectuel fou au spectateur. Que ce soit lorsque lui et son assistant font des jeux de mots sur une victime au crâne fendu par une hachette ou quand l’inspecteur lie la présence d’une baignoire sur les lieux du crime à de l’inspiration dadaïste... J’étais plié en deux. Sincèrement, j’élirai clairement ce personnage comme l’un des meilleurs de 2011 lorsque le temps sera venu de le faire! L’interprétation faite par Bostwick de ce vieillard un peu déconnecté est charmante :

- We found another body last night.
- Ah, babe! You know that I don't want you to speak about murders in front of the girl!
- Come on, honey! She’s old enough to hear about those things! How old are you, girl? Nineteen?
- Eleven.

Il est difficile de clairement imager ici ce qui fait le succès de Some Guy Who Kills People vis-à-vis d’autres comédies de son genre. J’imagine que sa recette miracle est le mélange d’une réalisation inspirée, d’acteurs dynamiques, d’un script touchant/juste assez différent ainsi que d’excellents gags qui font pratiquement toujours mouche. Dans tous les cas, j’avais dès l’apparition du générique une nette envie de revoir ce film à nouveau. Pour moi, c’est signe de victoire!

  • Marc-Antoine Labonté

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    Serial Mom (1994)
    The Revenant (2009)

     

     
     


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