STAUNTON HILL

2009

RÉALISATION: Cameron Romero
SCÉNARIO: David Roundtree
AVEC: Kathy Lamkin, Cristen Coppen, BJ Hendricks, David Roundtree et Kiko Ellsworth

Plus tôt cette année, j'ai dû faire la critique du très ordinaire Surveillance, deuxième long-métrage de Jennifer Chambers Lynch, fille de l'iconoclaste David. Voilà maintenant que je dois faire celle de Staunton Hill, le troisième film de Cameron Romero (Plant Life, The Screening), fils du légendaire George A. Laissez-moi vous dire, sans tambour ni trompette, que si Surveillance ressemblait à un bonbon sans saveur ou à une peppermint (car il existe quelques personnes, même si elles se font de plus en plus rare, qui aiment ces bonbons roses insipides), et bien Staunton Hill, lui, serait une vieille friandise retrouvée dans la poche de manteau de notre grand-père mort il y a plusieurs années. Le film de Cameron Romero goûte tellement le déjà-vu mille fois qu'il laisse un arrière-goût rance dans la bouche.

Si, à la lecture du synopsis, vous croyez être en présence de la réédition d'un vieux film que vous avez déjà vu, détrompez-vous, il s'agit bien d'un nouveau DVD disponible depuis peu.

À l'automne 1969, cinq jeunes adultes traversent le pays en auto-stop pour se rendre à une manifestation politique à Washington. Dans un village perdue, Quintin, un étranger trop gentil (Charlie Bodin) leur offre de les emmener jusqu'à l'autoroute dans son pick-up. Ils acceptent, mais n'iront pas très loin, car le moteur du camion surchauffe quelques kilomètres plus loin. La nuit étant tombée, ils se réfugient dans une grange sur une ferme qui semble inhabitée. Le lendemain, ils sont accueillis par les propriétaires des lieux, la famille Staunton: une grosse redneck antipathique, Louise (Kathy Lampkin), son fils défiguré, retardé et garçon-boucher, Buddy (BJ Hendricks), ainsi que la grand-mère xénophobe en chaise-roulante, Géraldine (Sherry Weston). Même si les Staunton n'apprécient guère les étrangers, ils ne voudront surtout pas les laisser partir...vivants! La famille fait l'élevage de porcs, mais ce n'est pas cet animal qu'ils aiment dépecé.

On devine très facilement dans quelle poche de manteau le scénariste, David Roundtree (qui joue aussi le rôle de Cole dans le film), est allé puiser son inspiration. Ce qui est le plus effrayant dans le scénario de Staunton Hill, c'est à quelle point l'histoire n'essaie pas de se démarquer d'un iota de son influence majeure, The Texas Chain Saw Massacre de Tobe Hooper, et se contente d'en être une pale copie. Comme si on avait pas encore assez exploité le succès de ce film culte avec les nombreux remakes, suites, préquels, parodies et autres films dérivés mettant en vedettes des péquenauds détraqués-tueurs-anthropophages. En plus de nous servir du réchauffé, Roundtree nous impose aussi tous les clichés du genre et des dialogues de remplissage dans son scénario convenu et aussi prévisible que de rencontrer une caissière avec un sérieux problème d'acné au comptoir d'un fast-food. À la fin du film, on n'a pas d'autre choix que de se frapper la tête contre un mur lorsqu'on nous montre en boucle des flashes-back qui révèlent un twist, gros comme le bras du Grand Antonio, et qu'on avait deviné dès le début tellement les indices étaient surabondants.

Cameron Romero n'améliore en rien cette histoire fort peu originale avec sa réalisation fade et sans personnalité. Jamais il n'arrive à créer un climat d'insécurité ou d'angoisse palpable chez ses comédiens et, encore moins, chez le spectateur qui, pendant la très très longue et lassante première heure, décroche complètement. Romero lance un petit clin d'oeil à son père en faisant allusion à Night of the Living Dead dans une réplique en début de film, mais Cameron n'a définitivement pas le talent de George pour créer un monde où seules l'angoisse et la peur règnent. Par les choix injustifiés des costumes, entre autres, il ne réussit même pas à nous faire croire que l'action se déroule en 1969. La musique, quasi absente, est inefficace lorsqu'on l'utilise et on a même droit à des effets sonores inutiles (des sons de distorsion) qui ne sont pas sans rappeler les derniers remakes de The Texas Chainsaw Massacre. Les acteurs sont ordinaires, mais auraient pu être pire dans de telles circonstances. Le seul point positif de Staunton Hill apparaît seulement dans la dernière demi-heure. L'extrême violence des Staunton, qui n'y vont pas de mains mortes pour démembrer, dépecer, scalper, égorger, éventrer, nous est présentée de façon explicite grâce à des effets spéciaux très réussis. Mais tout ce gore, qui aurait pu en dégoûter plus d'un, ne parvient pas à ses fins vu que le réalisateur a oublier d'installer une ambiance glauque à son film qui, déjà, avait endormi son auditoire.

Cameron Romero n'essaie pas de suivre les traces de son célèbre paternel réputé pour ses films de zombies. Malgré tout, il réussit lentement avec son hyper-cliché Staunton Hill à transformer son public en mort-vivant. Romero et Roundtree ont mâché pendant des heures l'excellent The Texas Chain Saw Massacre et, lorsqu'ils en avaient extirpé tout le jus et la saveur, ils nous ont régurgité les restes sur pellicule.

  • Dominic Gagné

  • The Texas Chain Saw Massacre (1974)
    • Hoboken Hollow (2007)

     

     
     


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