|
![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
STRANGE CIRCUS2005
RÉALISATION: Sion Sono Apparu entre les années 1920 et 1930, l’ero-guro est un sous-genre du cinéma et de la musique. Ero-Guro est un terme japonais qui se traduit par «non-sens érotique grotesque». Ce sous-genre utilise beaucoup de thèmes sexuels tabous comme le fétichisme, l’inceste et le sado-masochisme. Pour ceux qui auraient déjà vu des dessins-animés japonais où des filles se font violer par des tentacules, voilà vaguement ce à quoi ressemble ce concept. Mais n’allez pas croire qu’il ne peut y avoir que des films pornographiques dans ce genre, car ce mouvement est aussi utilisé pour des œuvres d’art plus poétiques. Ce sous-genre est de plus en plus populaire dans le monde et Takashi Miike nous a donné un avant-goût grâce à son segment, Box, dans Three…Extreme ainsi que Shinya Tsukamoto avec Gemini. Par contre c’est Sion Sono qui s'approprie littéralement du genre avec son dernier opus, Strange Circus. Un soir, Mitsuko entendu des bruits étranges venir de la chambre de ses parents. Curieuse, elle s’approche afin de voir ce qui se passe et découvre ses parents en train de faire l’amour. Malheureusement, son père la surprend à les regarder et décide de la forcer à être témoin de leurs ébats en la cachant dans une valise de violoncelle. Son père décide plus tard de la violer pendant que sa femme regarde à son tour. Voila en gros le résume du dernier livre de Taeko, une romancière érotique. Cependant, son nouvel assistant, Yuji, décide d’enquêter à savoir qui est Taeko et si le livre ne serait pas une autobiographie ! Compliqué vous me dites ? Oui, un peu, mais oh combien intéressant ! Pas aussi compliqué à suivre que les films de David Lynch, Strange Circus est quand même déconseillé à tout ceux qui détestent le genre. Premièrement, parce que le scénario n’est pas linéaire. Sion adore jouer avec la trame narrative, la réalité et la fiction. La première moitié du film est plutôt normale. On nous raconte l’histoire de Mitsuko et les horreurs qu’elle a vécu. Ce segment du film est assez difficile à regarder, car il traite d’un sujet sérieux et horrible. D’ailleurs une chance que Sono utilise une réalisation colorée et imaginative, car cela rend le tout plus supportable et moins réel. Cependant, la seconde partie est celle qui joue le plus avec notre tête. On suit alors les péripéties de Taeko et de Yuji. Il s’agit ici de deux nouveaux personnages. Rendu à ce point, on se demande si on regarde le même film ou si on ne se serait pas endormi quelques minutes et que l’on n’aurait pas manquer un bout. De plus, on joue aussi avec l’idée que Mitsuko, sa mère et Taeko ne sont qu’une seule et même personne. Ce n’est qu’à la toute fin que tout devient enfin clair. Mais surprise, le dénouement final n’est pas insipide ! Alors que Sono aurait facilement pu faire une finale qui prend le spectateur pour un ignorant (comme Saw 3 par exemple), la fin explicative est très divertissante. Même si rendu là, on comprend ce qui se passe, voir les événements tragiques et grotesques se dérouler devant nous est carrément tripant. C’est d’ailleurs extrêmement plaisant, car Strange Circus est un thriller avant d’être un film d’horreur. Donc le revirement final doit être à la hauteur de tout le reste, un peu comme Dress to Kill ou Oldboy. En plus que le scénario soit confus, la réalisation l’est tout autant, mais de manière positive. Afin de vraiment nous mélanger, Sion Sono utilise la même actrice pour jouer le rôle de Taeko, la mère de Mitsuko et même le personnage de Mitsuko adulte. De plus, on nous présente les scènes du roman de Taeko avec d’autres acteurs et actrices. On utilise vraiment tout pour nous mélanger et nous déstabiliser durant le visionnement. Mais outre cela, Sono nous livre un visuel riche et coloré. Le film commence durant la représentation d’un cirque grotesque de drag-queens. Ce cirque revient souvent durant le film pour faire des parallèles avec ce qui se passe et pour imager le fait que l’intrigue du film est un véritable cirque (d’où le nom du film). D’ailleurs, Sono adore imager ces propos. Par exemple, durant une scène, Mitsuko entre dans un corridor dont les murs sont tapissés de sang. On pourrait facilement comprendre que c’est une image pour expliquer que son père la viole et la dévierge. Des scènes comme ça, le film en est rempli. Contrairement à son film précèdent, Suicide Club, Sono semble plus se laisser aller dans l’imaginaire et l’horreur. Plusieurs scènes sont déconcertantes ou carrément "weird". Par exemple, lorsqu’on voit Taeko en train d’écrire son roman pendant qu’elle bouffe des nouilles à mains nues comme une truie en se parlant toute seule. Choquant autant par son visuel que par ses propos, Strange Circus est une œuvre géniale, mais grave. L’ero-guro est ici utilisé pour parler de pratiques sexuelles bizarres, d’inceste et des conséquences des actions graves faites à des enfants. Ce dernier sujet choquant est d’ailleurs peu discuté dans notre société, car malheureusement, des Mitsuko…il y en a plein dans notre monde et il n’y a pas d’imagination assez puissante pour nous le faire oublier. Le film est disponible en DVD sous la bannière Danger After Dark de TLA Releasing.
| |||