SUBCONCIOUS CRUELTY

1999

RÉALISATION: Karim Hussain
SCÉNARIO: Karim Hussain
AVEC: Brea Asher, Ivaylo Founev, Eric Pettigrew, Christopher Piggins

Subconscious Cruelty demeure un film méconnu des amateurs d'horreur et c'en est bien désolant. Les Québécois Karim Hussain et son ami Mitch Davis (producteur) ont planché sur le film durant plus de 5 ans, rencontrant sur leur route de nombreux obstacles. Parmi ceux-ci, mentionnons le fait qu'une partie du film a été confisquée aux douanes canadiennes et qu'à un certain moment, le film a été pris en otage par des membres de l'équipe de tournage s'étant retiré en plein coeur de l'entreprise. Ayant visionné le film, il m'apparaît clair que le dévouement de Hussain et Davis pour venir à bout du projet a porté fruit.

Subconscious Cruelty est divisé en quatre grands segments qui possèdent d'innombrables liens entre eux. Ces liens sont entre autres soutenus par une symbolique complexe. L'idée à la base du film et qui l'englobe en entier est celle-ci: Qu'arrive-t-il lorsque l'hémisphère droit du cerveau (émotions, désirs) prend le dessus sur l'hémisphère gauche (raison, morale). La forme du film est tout à fait inusitée et l'expérience qu'il procure peut paraître obscure même pour les plus érudits en matière de cinéma d'horreur. Puisque les segments ne possèdent pas de contenu narratif clair, écrire un synopsis serait assez inutile. Ce que l'on doit mentionner par contre, c'est que chaque segment est doté d'une esthétique distincte. Pour simplifier, disons que Subconsicous Cruelty a l'allure d'un film expérimental au contenu plutôt abstrait. Il s'agit d'un film tout à fait subversif qui demande d'être pris au sérieux. Il n'a rien d'un divertissement. Cela dit, les personnes étant très sensibles à la violence graphique, à la sexualité explicite et aux sujets tabous doivent se tenir loin du film. La religion, l'aliénation de l'homme, la pornographie, l'inceste, l'enfantement, l'avortement et j'en passe... tout ici est traité sans retenue. Étrangement, une certaine beauté se dégage du film et on en ressort avec l'impression d'avoir vécu quelque chose d'important.

Pour la durée entière du film sauf exceptions, les sons diégétiques sont absents. Le spectateur se retrouve absorbé dans des situations surréalistes en étant seulement guidé par la musique et parfois, un narrateur qui commente les événements. Cela influence l'attitude de réception du spectateur face aux images et l'amène à réfléchir sur sa propre réalité intérieure. Subconscious Cruelty se vit vraiment au niveau cérébral et demande un travail d'introspection. Hussain concocte ici un mélange fort déconcertant d'idées transgressives et morbides, mais qui recèle pourtant une dimension intellectuelle et poétique.

Pour vous donner une brève image de ce à quoi peut ressembler le film, prenons comme exemple le segment de « la moquerie », qui se veut la pièce de résistance du film. Un homme a des désirs incestueux pour sa soeur enceinte. Ce dernier agit en tant que narrateur alors qu'à l'écran on voit ce à quoi il fait référence. Dans cette partie du film, Hussain travaille avec le noir total et de vifs éclairages rouges, verts ou bleus, visiblement inspirés de Suspiria et Inferno. Les couleurs occupent une fonction symbolique, et l'esthétique rappelle un état onirique impossible à décrire. De plus, la musique et le commentaire du narrateur nous envoûtent sans que l'on sache trop pourquoi. Aussi loin que l'on puisse se positionner par rapport aux envies du personnage, il reste néanmoins qu'on se sent bousculé à l'intérieur et qu'on se retrouve bien plus concerné que prévu. Ne soyez pas surpris si vous ressentez des frissons et des crampes de cerveau durant l'épreuve. Enfin, le segment se termine par l'une des scènes les plus malsaines jamais vues !!! Ce segment est à mon avis l'une des plus belles tentatives de pénétrer à l'intérieur de la conscience humaine (ou de l'inconscient, selon l'école à laquelle vous adhérez). Une conscience tordu certes, mais témoignant au passage de réalités souvent trop dures à admettre.

À la réalisation, Hussain fait preuve d'une imagination et d'un talent hors du commun. Le fait qu'il ait commencé à tourner ce film à l'âge de 19 ans est d'ailleurs difficile à avaler. L'énorme travail pour élaborer l'esthétique du film est évident. Avec un aussi mince budget (100 000$), le résultat est tout simplement admirable. Aussi, les effets spéciaux sont d'un réalisme stupéfiant considérant la complexité et la quantité des scènes gores. La musique de Teruhiko Suzuki est sublime et change constamment de ton pour créer des effets très intéressants. Il utilise plusieurs instruments, dont le piano, l'orgue, le synthétiseur et la guitare sèche. Les acteurs pour leur part offrent des performances très naturelles (que dire de plus). Le simple fait d'avoir eu le courage de participer à ce film mérite une certaine reconnaissance.

Au niveau des défauts, rien de flagrant pour Subconscious Cruelty. Sa forme brouillonne en laissera peut-être certains perplexes, mais pour ma part, elle m'a plu. Les liens entre les segments sont vagues et Hussain ne se soucie pas de fournir des explications au spectateur. Selon moi, c'est tant mieux ainsi. J'aurais pu tenter de vous vendre ce film en résumant les points marquants des segments ou en révélant les horribles passages gore. Cependant, je crois que cela aurait pu attirer le mauvais public. Ce n'est pas un film strictement gore et plusieurs y verront un film conçu dans l'unique but de choquer, de faire de la propagande ou bien de faire dans le « n'importe quoi ». Hussain court sans aucun doute le risque d'être mal interprété et de s'attirer les foudres des plus prudes.

Subconscious Cruelty est un film à portée philosophique qui ne sera jamais la coqueluche des amateurs de gore ni d'horreur. Sa réception demande une ouverture d'esprit et un abandon total de la part du spectateur. Je vous avertis d'avance qu'on a le goût de se laver le corps et l'esprit après son visionnement ! Un film unique qui, je le répète, n'est vraiment pas destiné à tous.

  • Maxime Duguay

  • Calvaire (2004)
  • Purgatory (2006)

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