SUPER 8

2011

RÉALISATION: J.J. Abrams SCÉNARIO: J.J. Abrams
AVEC: Joel Courtney, Ryan Lee, Zach Mills , Kyle Chandler et Elle Fanning

Souvent, l’été d’un amateur de cinéma rime avec une période où s’enchaînent sans relâche dans les salles des foules de blockbusters insipides et déjà vus et sur lesquels règne le maître du mal, El Duce, Michael Bay. C’est particulièrement vrai cette année, alors que la totalité du catalogue de Marvel semble s’être donné rendez-vous dans les cinéplex près de chez vous et que des horreurs comme Transformers III ou Cowboys and Aliens nous guettent quelque part depuis leur béni mois de juillet. À-travers cet océan de projets inintéressants qui disposent néanmoins d’un budget plus grand que ce à quoi Kate et William avaient accès pour organiser leur fameux mariage royal, un titre attirait le regard. Longtemps gardé mystérieux par son créateur J.J. Abrams (Alias, Lost, Star Trek), ce film semblait malgré tout avoir plus de potentiel qu’un stupide Thor ou encore que tout ce que Michael Bay pourra jamais créer. Qu’en est-il?

Juin 1979, Ohio. Le jeune Joe Lamb tente de se remettre du décès de sa mère, survenu à l’hiver dans un bête accident à la scierie de sa petite ville. Il s’investit dans ses passions, notamment la réalisation d’un film de morts-vivants en format Super 8 avec ses meilleurs amis. Le tournage est un bon moyen de mettre à l’épreuve ses aptitudes à l’élaboration de maquettes et de maquillages de monstres, mais ce sera aussi une manière de se rapprocher de la jeune Alice Dainard. Tandis que les jeunes adolescents produisent une scène riche en émotions en pleine nuit à la petite gare de leur bourgade, ils assistent de très près à un spectaculaire déraillement de train qui semble bien avoir été volontairement déclenché. Par la suite, l’Air Force One investit les lieux avec une quantité impressionnante d’hommes et en boucle l’accès. Cela correspond au moment où tout se met à disparaître dans la petite ville de Joe, au grand dam de son père, nouveau shérif de la ville. L’évidence s’impose rapidement : quelque chose s’est échappé, la nuit de ce déraillement de train… Et Joe et ses amis y seront invariablement mêlés.

Il est difficile d’éviter de mentionner ce que se sont évertués à vous faire entrer dans la tête 37 237 283 883 critiques amateurs avant moi-même : oui, Super 8 pourrait bien avoir été réalisé par Steven Spielberg au courant des années 80. Oui, Super 8 pourrait avoir été écrit par un Stephen King de la même période. Oui, on peut y voir des relents d’E.T., de Jurassic Park (ça, c’est mon enfance!) ou encore du film The Goonies, réalisé par Richard Donner (The Omen,) mais écrit par ce bon vieux Spielberg. Puisque Steven Spielberg est aussi producteur exécutif de Super 8, il devient carrément de mauvaise foi que d’affirmer que ce film ne se situe sous le dogme spirituel de ce qui est sans doute le réalisateur le plus reconnu aux États-Unis.

Venons-en ainsi à ce que vous voulez sans doute connaître, c’est-à-dire le film en soi. Il faut assumer que Super 8, même s’il ne sombre pas dans les clichés les plus creux, se pavane clairement avec l’étiquette hollywoodienne. De fait, rendre hommage à Steven Spielberg, c’est rendre hommage à la première génération de véritables blockbusters. On pourrait croire à tort que si Super 8 propose comme personnages principaux une bande de gamins de cette époque, c’est pour stimuler jusqu’au bout les nostalgies. Mais à mon avis, ce serait faire erreur. Les jeunes d’aujourd’hui n’auront strictement aucun problème à se reconnaître en cette histoire intemporelle qui présente l’enfant comme un être réflexif, avec ses préoccupations, ses problèmes, ses amis, ses premiers amours… L’été est une saison particulière pour se remémorer ses premiers amours. Il est intéressant de voir un réalisateur qui ne prend pas les jeunes pour des cons, qui n’a pas peur non plus de travailler avec eux.

Particulièrement pour ce qui est d’Elle Fanning (la sœur de l’autre) et de Joel Courtney, les gamins sont incarnés de manière très dynamique par des acteurs que l’on reverra probablement encore et encore pour le reste de nos vies. Plus fort qu’un amas de simples références cinématographiques aux années 80, Super 8 est aussi un projet qui ramènera les 18 à 99 ans vers les souvenirs d’une jeunesse déjà consommée. Cette métaphore de la transition vers l’âge adulte n’est pas la plus subtile que j’ai vue, mais est-ce cela que l’on demandait à un blockbuster de juin? La chose s’illustre avec beaucoup d’émotions et d’humour, à tout le moins.

Quant au pan science-fictionnel de Super 8, Abrams l’intègre très subtilement à son film, priorisant mystère et suggestion le plus longtemps possible. Dans certaines séquences d’attaques parsemant la première moitié du projet, le réalisateur en emprunte beaucoup à son compère Matt Reeves, dont il avait produit le premier long métrage. On pense à Cloverfield, mais aussi à certains moments de Let Me In. Les effets spéciaux de Super 8 sont littéralement spectaculaires, mentionnons l’accident de train ou encore l’attaque de la station service. Sans jamais perdre son côté enfantin, la dernière partie du film met en scène un véritable apocalypse sur Terre. De son côté, s’il appose une certaine pression tout au courant du scénario, on réalisera cependant que le fameux extra-terrestre n’est en fait qu’une vaste métaphore pour le propos principal du film. Et oui.

C’est peut-être là l’un des problèmes. Car Super 8 n’est pas exempt de défauts. La campagne marketing de J.J. Abrams en fut une extrêmement bien gérée, laissant filtrer les informations au compte-goutte et stimulant la curiosité de nombreux individus quant à la sortie future du film. Mais c’est sans doute là l’une des choses décevantes une fois le résultat final devant les yeux. Super 8 conserve un grand mystère lors de sa première heure mais, sans vouloir être cruel, j’ai eu l’impression que ça ne menait pas où que ce soit. En effet, la finale du long métrage d’Abrams rappelle que Super 8 n’est pas le nouveau Lost : c’est un divertissement estival destiné à toute la famille et mettant en vedette des enfants de 12 ans. Peu d’interrogations sont soulevées, comme à l’époque des projets absolument surréalistes des 80’s. Les dix dernières minutes sont bourrées de morales qui nous sont violemment enfoncées dans le gosier. On peut au moins mentionner le sympathique film amateur placé dans le générique et faisant un clin d’œil au plus grand des grands!

Malgré cela, Super 8 est ce film d’été auquel vous pourrez convier vos enfants (si vous en avez, cela va de soi), si bien que l’on est enclin à lui pardonner beaucoup plus de choses qu’à d’autres. Car le public cible, c’est eux. Et les défauts que je lui trouve, ils ne les verront même pas. Sans être toutefois une révolution, il s’agit d’un film léger, intriguant et aussi émouvant. Rares sont, particulièrement de nos jours, les longs métrages qu’il est possible de critiquer sur Horreur-Web mais aussi d’emmener ses enfants de 8 ans visionner au cinéma. Au lieu d’aller solidifier leurs déficits d’attention à l’écurie Michael Bay, là où tout est manichéen et où vous êtes exposés à des protagonistes principaux de 25 ans reconstruits au Photoshop, emmenez-les donc voir un film passionnant, réflexif et chargé en émotions dont ils se souviendront encore la semaine prochaine.

C’est ma demande spéciale, de critique amateur à lecteur courageux qui aurait parcouru ce texte de haut en bas.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • It (1990)
    Let Me In (2010)

     

     
     


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