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SURVEILLANCE
2008
RÉALISATION:Jennifer Chambers Lynch
SCÉNARIO: Jennifer Chambers Lynch et Kent Harper
AVEC: Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James, Kent Harper, French Stewart
Comme tout le monde, quand j'ai su que la fille de David Lynch venait de réaliser son deuxième film en quinze ans, un thriller horrifique de surcroît, j'étais très emballé. Est-ce que le talent serait quelque chose d'héréditaire? Selon mon expérience personnelle, ce n'est pas parce que mon père est opérateur de machinerie lourde et camionneur que je dispose des mêmes habiletés que lui: à 30 ans, je n'ai toujours pas de permis de conduire et j'ai peur en automobile. Après le visionnement de Surveillance, un film aussitôt-consommé-aussitôt-oublié réalisé par Jennifer Chambers Lynch (Boxing Helena), on se rend vite à l'évidence que, tout comme moi, elle ne possède pas le talent de son père.
Deux agents du FBI (Bill Pullman et Julia Ormond) mènent une enquête sur des tueurs en série masqués qui les amène dans une petite bourgade désertique du Midwest américain pour interroger les témoins et seuls survivants du dernier massacre des deux psychopathes. Ils devront écouter les différentes versions des faits de trois personnages qui ont des choses à cacher: un policier très louche blessé durant la tuerie (Kent Harper qui a aussi co-scénarisé le film), Bobbi (Pell James), une junkie paumée soupçonnée par les autorités locales et une petite fille de huit ans encore sous le choc, Stéphanie (Ryan Simpkins). Petit à petit, après l'installation des prémices qui ressemblent étrangement à l'univers du Twin Peaks paternel, les enquêteurs et les spectateurs pourront enfin démêler cette histoire glauque et comprendre ce qui s'est réellement passé lors de cette journée fatidique.
Surveillance ne passera sûrement pas à l'histoire du cinéma, mais il ne s'agit pas d'un mauvais film pour autant. Jennifer Lynch nous a concocté un divertissement moyen, comme il en pleut des tonnes à Hollywood: du fast-food cinématographique qui pige à droite et à gauche, qui voudrait ressembler à plusieurs films cultes (dans ce cas-ci les films énigmatiques de son père comme Lost Highway, Mulholland Drive ou les comédies noires et bien sanglantes des frères Coen à la Fargo) sans jamais réussir à forger sa propre identité. Le film nous réserve quelques bons moments qui n'arrivent toutefois pas à nous faire oublier les maladresses techniques d'une réalisatrice plutôt inexpérimentée et les faiblesses d'un scénario classique qui n'arrive pas à brouiller les pistes et laisse entrevoir trop facilement et rapidement son revirement final exagéré qui enlève de la crédibilité à tout le long-métrage.
Pourtant, le film laisse présager, avec son départ canon qui mélange habilement violence, mystère et musique (celle de Todd Bryanton qui colle parfaitement aux images à chaque utilisation) qu'on aura droit à toute une virée. La photographie des scènes extérieures en plein désert par Peter Wunstorf, avec ses paysages troubles et poussiéreux, soutient habilement l'atmosphère suffocante et inquiétante de l'action. Par contre, on ne peut en dire autant des scènes tournées à l'intérieur du poste de police qui sont fades et maladroites et qui font malheureusement penser qu'on bifurque peu à peu vers le monde sans saveur du téléfilm. Le scénario devient alors un thriller classique où à chaque instant on essaie d'amener le spectateur sur de fausses pistes en ce qui concerne l'identité des tueurs en série, mais les trop nombreux indices laissent deviner aisément le dénouement final: ce qui m'a fait perdre beaucoup d'intérêt en milieu de parcours.
L'utilisation de la narration à trois voix par les survivants aurait pu être beaucoup mieux exploitée. Les témoins racontent une version mensongère de ce qui leur est arrivé aux policiers, mais les images nous montrent la vérité; il aurait été beaucoup plus original et intrigant de montrer les trois versions factices et laisser aux spectateurs le soin de décortiquer le vrai du faux. Là où excelle Jennifer Lynch par contre c'est dans l'installation d'une ambiance inquiétante et souvent très malsaine qui nous pogne à la gorge. Surveillance démontre, trop grossièrement cependant, que tout le monde a des choses à cacher et que le mal et la perversion sont présents en chacun de nous. Les personnages des deux flics qui abusent de leur pouvoir pour terroriser de pauvres innocents réussissent par moments à créer un climat de suspense et d'inconfort assez troublant.
Justement, en ce qui concerne les acteurs du film, je me suis longtemps demandé (au sujet de Bill Pullman surtout) s'ils étaient bons ou exécrables, tellement leur jeu est outrancier et exagéré. Je n'arrive toujours pas à me décider. French Stewart, dans un contre-emploi de flic pervers et immoral, m'a agréablement surpris ainsi que la petite Ryan Simpkins qui n'a rien à envier aux débuts cinématographiques de Dakota Fanning. La performance des comédiens reflète parfaitement ce film en dents-de-scie toujours à jongler entre plusieurs registres: celui du mystère, de l'exagération et de la médiocrité humaine.
À trop vouloir imiter le cinéma de son père sans en avoir la finesse et le génie, Jennifer Chambers Lynch demeure une réalisatrice qui se cherche et qui, je crois, va finir par trouver son propre style, mais ce n'est pas encore le cas avec Surveillance, un film sombre avec plusieurs qualités qui empêchent de justesse le navire de sombrer...
Je suis persuadé que les quelques critiques qui ont louangé ce film n'auraient pas été aussi tendres envers Surveillance s'il avait été réalisé par le fils d'un camionneur.



• Twin Peaks (1989)
• Natural Born Killers (1994)
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