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TERRITORIES
2010
RÉALISATION: Olivier Abbou
SCÉNARIO: Olivier Abbou et Thibault Lang-Willar
AVEC: Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato et Michael Mando
C’est entouré de ses artistes et artisans que j’ai assisté mercredi soir, 20 Octobre 2010 à la première mondiale de Territories au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal. Bien peu de choses ont jusqu’à maintenant été dévoilées sur cette production France / Canada si ce n’est d’un synopsis fort attirant ainsi que la participation de Karim Hussain (Subconscious Cruelty) à la direction photo et de Douglas Buck (Cutting Moments) au montage. Le fait que l’alliance Québec France ait donné naissance à l’un des nouveaux classiques du cinéma d’horreur en 2008 avec l’inoubliable Martyrs de Pascal Laugier (aussi présenté au FNC en 2008) ajoutait assurément à l’anticipation de cette soirée mais pour être honnête, la seule mention des noms de Karim Hussain et Douglas Buck a suffit à me dépêcher vers la billetterie.
Premièrement, vous avez bien lu. Le titre du film est bien Territories et non "Territoires" tel qu’annoncé sur le site du FNC. Ce deuxième long métrage du cinéaste français Olivier Abbou a entièrement été tourné en anglais, à Bromont et ses environs, avec une distribution bilingue. L’histoire prend place à la frontière entre le Canada et les États-Unis, où cinq jeunes adultes sont arrêtés par deux prétendus douaniers (Roc Lafortune et Sean Devine) par pure suspicion. Les choses tournent rapidement au vinaigre alors que les jeunes se rendent compte qu’ils ne sont pas réellement en présence de douaniers, mais d’imposteurs aux sombres desseins. Croyants protéger leur pays bien aimé d’une éventuelle attaque terroriste, les deux lunatiques entraînent les innocents routiers dans les bois, en marge de l’autoroute, avant de les humilier et les enfermer dans des cages à loups. Persuadés qu’ils tiennent quelque chose de gros, ils infligeront tortures physiques et psychologiques aux jeunes sans défense afin d’obtenir des informations inexistantes.
Oubliez Julien dans Les Boys, Roc Lafortune incarne ici un redneck patriotique complètement cinglé, à rendre envieux tous les apprentis psychopathes de ce monde. De toute évidence appuyé par un script bien construit, le personnage de Sam (Lafortune) fascine et inquiète à chaque présence. Dans ce thriller d’horreur psychologique / survival des bois, où l’intensité des dialogues et des personnages percute d’avantage que la violence graphique, la distribution est somme toute de très haut calibre. Je ne peux passer sous le silence les performances des quatre comédiens détenus captifs tout au long du film, constamment amenés à jouer la douleur et le désespoir. La crédibilité de leur jeu ne faiblit jamais lors des nombreuses scènes de tortures.
Techniquement parlant, Territories est impeccable. La réalisation précise d’Abbou, la direction photo salace d’Hussain et le montage ultra efficace de Buck ont tous su dépasser mes attentes (ce qui n’est pas peu dire). Bien que Territories n’entend pas à rire, certaines pointes d’humour très noir ressortent des interrogatoires des faux douaniers psychopathes. Que ce soit volontaire ou non de la part d’Abbou me semble bien superflu vu la cohérence de l’ensemble des dialogues. D’ailleurs, dans un intéressant Q & R qui suivait la projection, le réalisateur qui semblait un peu surpris par les rires du public lançait à la blague qu’il a peut-être créé un nouveau genre : La comédie nihiliste! Mais restez rassurés, Territories est bel et bien conçu pour la terreur et non pour la rigolade.
Se voulant inspiré des événements peu reluisants qui occurrent encore aujourd’hui à la controversée prison de Guantanamo, le scénario dégage un certain vent d’actualité sans toutefois s’attarder à la politique. La question du racisme est abordée par un parallèle directe avec l’affaire Omar Khadr, vu les origines ethniques de l’un des jeunes routiers. C’est dans l’ignorance raciste que la situation dégénère dès les premières 15 minutes du film. Mais en bout de ligne, le spectateur est d’avantage confronté aux curieuses motivations des vilains, à leur état psychologique ainsi qu’à celui de leurs proies. En d’autres mots, la prise de position politique en rapport avec l’affaire Omar Khadr n’est pas le centre d’intérêt, mais apporte certainement quelques aspects intéressants à l’histoire.
Si je n’ai qu’un seul bémol à apporter à cette critique, qui sinon rayonnerait à des kilomètres en faveur du film, c’est au léger manque d’originalité qu’apporte le personnage du détective privé à la fin du récit. Non pas que le personnage ou le comédien qui l’incarne soient mauvais, mais son utilité, ainsi que celle des traces de sa vie personnelle qui s’insèrent cavalièrement en fin de parcours, soulèvent quelques questionnements quant à sa pertinence. Le spectateur est en droit de se demander comment ce personnage aurait pu être évité ou inséré différemment à l’histoire.
Thriller d’horreur de grande qualité qui ne prend pas son public pour un imbécile, Territories m’a sincèrement impressionné. Roc Lafortune y est tout simplement brillant. J’ai déjà hâte de le revoir!



• Calvaire (2004)
• The Texas Chain Saw Massacre (1974)
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