The Theatre Bizarre

THE THEATRE BIZARRE

2011

RÉALISATION: Jeremy Kasten, David Gregory, Richard Stanley, Karim Hussain, Tom Savini, Buddy Giovinazzo et Douglas Buck
SCÉNARIO: Buddy Giovinazzo, Douglas Buck, Zach Chassler, Scarlett Amaris, Emiliano Ranzini, John Esposito, Richard Stanley, Karim Hussain et David Gregory
AVEC: Udo Kier, Catriona MacColl, Debbie Rochon, Kaniethiio Horn et Lindsay Goranson

J’adore les anthologies d’horreur de manière inconsidérée. Suis-je le seul ici? Nul doute que non. Pour moi, ce style de film beaucoup plus festif permet une approche différente du médium de l’horreur. Une anthologie, c’est l’équivalent cinématographique d’un bon recueil de nouvelles. Une foule d’histoires à explorer, aucune contrainte de temps (et donc de forme), la possibilité de livrer des segments incroyablement étranges sans être embarrassés par un début, une fin et l’heure réglementaire qui devrait les séparer... Réaliser un court-métrage propose certes les mêmes avantages, mais The Theatre Bizarre ne représente en fait qu’un amalgame, cet écrin qui permettra aux diverses œuvres de traverser les années plus efficacement et d’être vues par un important nombre de gens. Car on le sait, de trop nombreux courts métrages sont perdus au fil du temps. Il est ainsi pertinent d’assurer leur pérennité en les rassemblant dans des recueils… De films! Cette anthologie a en effet été réalisée par rien de moins que sept cinéastes distincts, figures intéressantes du paysage horrifique underground contemporain.

À Jeremy Kasten (Wizard of Gore ’07), on doit l’introduction du film et les animations qui séparent les segments. Certes, son travail est différent de celui des autres, mais il serait réellement peu avenant de ma part de le taire. Kasten est le seul qui propose quelque chose de sincèrement effrayant, en plus de rendre avec brio l’ambiance « Theatre Bizarre ». Une jeune femme au lourd maquillage et au regard de biche dessine frénétiquement un théâtre, qui apparaît comme par enchantement de l’autre côté de sa rue à l’allure des plus macabres. Elle y rencontre l’animateur de notre soirée, un Udo Kier mécanisé et inquiétant. L’ambiance est à la fois lugubre et gothique, la voix lourde de Kier appuie très bien les morbides sketchs de ses pantins cliquetants. En termes d’atmosphère, on parle ici d’un A+. Kasten m’a rapidement enchanté, bien qu’il n’ait en entrée de jeu qu’une anémique poignée de minutes pour introduire l’anthologie.

On débute d’ailleurs pour de bon cette fameuse anthologie en coup de canon avec ce qui est, à mon avis, le meilleur des segments. The Mother of Toads de Richard Stanley (Hardware) mêle les influences de Lovecraft et du cinéma d’horreur italien dans un tout au magnétisme surprenant d’efficacité. L’esthétisme rappelle Stuart Gordon, The Evil Dead, Suspiria… Et la présence de Catriona MacColl (The House by the Cemetery, The Beyond, City of the Living-Dead) en sorcière au franglais décapant est plus que bienvenue! Brume, forêt dense, étrangeté, cadavres liquéfiés, énormes crapauds, sexe torride, Nécronomicon… J’en aurais bien pris une triple portion! Excellent.

Par la suite viendra le I Love You de Buddy Giovinazzo (Combat Shock, Maniac 2), dans lequel une rupture ne se passe pas du tout comme prévu. La réalisation du new yorkais est intéressante et le cruel scénario prend rapidement au ventre, notamment grâce aux excellents acteurs, mais le grand problème de ce segment est qu’il n’arrive jamais à faire de mystères sur sa conclusion. Sympathique et maîtrisé, donc, mais sans aucunes surprises. Suivant!

On enchaîne avec Wet Dreams, première réalisation du reconnu expert des effets spéciaux Tom Savini (qui apparaît dans son court-métrage) depuis Night of the Living-Dead ’90. Racontant lui aussi les déboires qu’expérimentent un couple, Wet Dreams est excessivement violent et propose certains effets gores aussi inventifs qu’instigateurs d’un net malaise. Cependant, il est mis à mal par sa structure, un emboîtement de rêves drôlement structuré qui fait perdre le fil, rendant le tout définitivement moins intéressant que ce qu’il aurait pu en être autrement. Sans être mauvais, c’est bien près d’être le segment le moins satisfaisant.

De Douglas Buck (Family Portraits, Cutting Moments) nous parvient The Accident, l’histoire d’une jeune fille qui pose à sa mère toutes sortes de questions sur la Mort après que celles-ci eussent été témoins d’un accident de la route. Cette partie propose d’intéressants effets spéciaux et un côté dramatique exacerbé, mais le moment d’émotion désiré ici cadre très mal dans l’idée que je me faisais de cette anthologie. Nous sommes d’ailleurs à ce point de celle-ci en terrain très éloigné de celui du Theatre Bizarre! Ce segment remportera peut-être votre adhésion, mais je l’ai de mon côté trouvé en demi-teinte. Il aurait sans doute gagné à être présenté dans une ambiance distincte!

Le prochain court-métrage était sans doute celui que j’attendais le plus puisqu’il est signé par Karim Hussain, le montréalais à qui l’on doit Subconscious Cruelty et, plus récemment, la photographie éclatée du merveilleux Hobo with a Shotgun. Tourné à Montréal, Visions Stains raconte l’histoire d’une tueuse en série, particulièrement bien incarnée par Kaniethiio Horn, qui assassine des femmes SDF pour s’emparer de leurs souvenirs et se les injecter dans les yeux. Bizarre, crade, nihiliste… Hussain. Étant assez sensible de mes pauvres globes oculaires, j’ai ici eu mes premiers hauts le cœur au cinéma depuis mon visionnement de Cannibal Holocaust à l’âge de 14 ans! Le problème de cette partie est un « voice-over » que j’ai foncièrement détesté et qui a nuit du début à la fin à mon immersion. Le tout est par contre racheté par une finale forte, noire et trash, parfaitement imbriquée dans la tradition du réalisateur. Visions Stains est assurément l’un des segments les plus réussis, sans toutefois réellement compter parmi mes coups de cœur.

Avec Sweets, de David Gregory (Plague Town et un nombre incroyable de documentaires portant sur le genre), on finit cependant en réelle beauté. Au menu? Rupture brutale sur fond d’ingestion de calories. L’ambiance singulièrement grotesque, parsemée de montagnes de bonbons, de vomi mauve et de choix douteux de viandes, rapproche particulièrement ce segment de ce que j’aurais souhaité que soit l’entièreté de The Theatre Bizarre. David Gregory est d’ailleurs le producteur de cette anthologie. Son Sweets fait songer à un I Love You qui se serait réellement abandonné aux concepts du loufoque et du trash. Lindsay Goranson y est délectable, Gregory livre une réalisation éclatée, étrange, pleine de couleurs et d’imprévus. On ne peut rien lui reprocher, j’ai personnellement adoré son court-métrage de la première à la dernière seconde.

Au final, cette anthologie est un superbe cadeau de la part de Severin. Alors que j’anticipais particulièrement les segments de Tom Savini et de Karim Hussain, c’est pourtant à mon avis Jeremy Kasten, Richard Stanley et David Gregory qui livrent les meilleurs moments du film. Les défauts? De larges ruptures de tons font qu’il serait bien difficile pour quiconque d’affectionner également tous les segments. Pour moi, The Theatre Bizarre aurait aussi dû entièrement se dérouler dans une ambiance surréaliste, ce que ne font pas vraiment les segments 2 à 4 (I Love You, Wet Dreams et The Accident). Ainsi, certains moments du film sont clairement plus bizarres que d’autres. Dommage! Peut-être aurais-je été gagnant à me faire moins d’attentes sur le contenu de l’anthologie. Je crois tout de même que The Theatre Bizarre mérite d’être vu à de multiples reprises et que ce projet était parfait à la programmation d’un festival tel que FanTasia.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Three Extremes (2004)
    Trilogy of Terror (1975)

     

     
     


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