THEM!
1954
RÉALISATION: Gordon Douglas
SCÉNARIO: Ted Sherdeman, Russell S. Hughes et George Worthing Yates
AVEC: James Whitmore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness et Onslow Stevens
We may be witnesses to a Biblical prophecy come true. “And there shall be destruction and darkness come upon creation, and the beasts shall reign over the earth.”
- Dr. Medford
Au courant des années 50, la guerre froide fut très prolifique sur le plan de la propagande et le médium cinématographique fut amplement utilisé pour dénoncer les menaces nucléaires qui saturaient la vie publique. Une vague de films d’horreur a vu le jour, dénonçant les dangers de la radioactivité par le biais de bêtes monstrueuses attaquant les villes américaines. Them! fut le premier film de bestioles de cette sombre période à être basé sur la thématique de la peur d’une menace atomique. Résultat, une possibilité de prophétie apocalyptique causée par des fourmis de 2m50. Ça promet!
Après avoir découvert que des fourmis géantes ont attaqué quelques habitants d’une petite ville du Nouveau-Mexique, un policier, un agent du FBI, un entomologiste et sa fille commencent des recherches intensives pour retrouver les lieux où se seraient installées les reines de ces monstrueuses bêtes.
Malgré ce que l’on pourrait croire en voyant l’affiche, Them! est loin d’être mauvais. D’un côté, le réalisateur Gordon Douglas sait générer un climat de suspense et de tension au sein de son film, prouvant qu’on n’a pas besoin de beaucoup de moyens pour y arriver. Au départ, Them! prend une tangente d’enquête policière, gardant le plus grand mystère sur la créature à venir, ne laissant qu’un sifflement étrange comme hors-d’œuvre. Les quelques meurtres présents sont effectués hors champ, le seul témoin et survivant de la menace à venir est une fillette tombée dans un état de catatonie et de mystérieuses empreintes sont laissées sur la plupart des scènes de crimes. Même après le dévoilement du monstre, les effets de suspense ne s’arrêtent pas là. En effet, les scénaristes du film vont au-delà de nos espérances en envoyant les protagonistes dans l’antre de la bête, le nid de fourmis. Même si cette scène n’est pas utilisée à son plein potentiel, elle offre quelques moments inquiétants, soutenus par des décors réalistes de tunnels souterrains.
D’un autre côté, il est étonnant de constater que le long-métrage n’a pas pour unique but de mettre en scènes de grosses bibittes radioactives tuant des gens. Non! Them! critique également la société basée sur l’information ET la désinformation. D’ailleurs, c’est par l’entremise de ces deux actions que le film est principalement construit. On a qu’à penser au moment où le Dr. Medford informe de la situation catastrophique les plus hauts dirigeants en leur montrant un petit documentaire explicatif sur les fourmis communes. Avec cette scène, le personnage arrive à nous convaincre qu’une invasion de fourmis géantes sur Terre pourrait effectivement prendre des proportions apocalyptiques. Les hauts dirigeants décident par la suite de garder cette information secrète afin de ne pas créer la panique générale chez les citoyens et désinforment ceux-ci en employant divers moyens qui sont encore d’actualité aujourd’hui. Pour prendre exemple: Un pilote a été témoin d’une fourmi-volante géante. Le gouvernement l’enferme donc dans un asile psychiatrique et raconte plutôt que l’homme a vu un OVNI.
Ce qui surprend le plus dans ce film de série B, c’est que même les acteurs sont bons et crédibles. Mon personnage préféré dans le récit est le Dr. Medford. La manière dont Edmund Gwenn transpose son rôle à l’écran est tout à fait charmante. Ses actions les plus anodines font de lui un personnage attachant et très réaliste. Je donne une mention honorable à la petite fille catatonique qui, lorsqu’elle humecte l’acide formique que le Dr. Medford lui met sous le nez, offre une performance inoubliable de folie qui dure quelques secondes seulement mais qui donne tout son sens au titre du film: THEM!.
Même si les effets spéciaux ne sont pas superbes, les fourmis géantes sont assez réalistes pour l’époque. J’ai même trouvé qu’elles ressemblaient un peu à la « fourmi géante » dans la comédie fantastique Honey, I shrunk the kids de Joe Johnston. Le seul défaut qu’on peut constater chez elles, c’est leur simplicité gestuelle. Elle donne l’impression que nous sommes en présence d’un subterfuge cinématographique, reflétant de fait la limite des effets spéciaux des années 50.
Par l’ajout de la scène du nid, j’ai immédiatement fait des rapprochements avec une oeuvre extrêmement connue du cinéma d’horreur et de science-fiction, Aliens. Nul doute que Them! ait eu une quelconque influence sur ce film réalisé par James Cameron en 1986. Notons la comparaison évidente entre les xénomorphes et les fourmis, dans leur manière de vivre en société et dans leur mode de reproduction. Nous avons droit dans chacun des films à la présence de la petite fille survivante et muette qui a une poupée comme ami. À la toute fin de Them!, les soldats se dispersent dans les égouts de la ville avec leurs jeeps et leurs lance-flammes, cherchant désespérément deux enfants retenus prisonniers dans le nouveau nid de fourmis. Cette fin fait penser au moment où le personnage de Ripley (Sigourney Weaver) doit aller chercher la petite Newt dans le nid d’extraterrestres qui se situe en sous-sol.
En conclusion, il aurait été facile de tomber dans l’absurdité avec le synopsis de Them!, mais Gordon Douglas réussit à en faire un film qui surprend à partir d’un scénario bien construit et d’un maigre budget. Il n’est pas étonnant que Them! reste à ce jour le meilleur film de bestioles radioactives porté au grand écran.



• Des monstres attaquent la ville (titre français)


• Tarantula (1955)
• Mothra (1962)
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