The Thing

THE THING

1982

RÉALISATION: John Carpenter
SCÉNARIO: Bill Lancaster
AVEC: Kurt Russell, Keith David, Wilford Brimley, David Clennon, T.K. Carter

Lorsque John W. Campbell a publié en 1938 sa nouvelle Who Goes There?, il aurait peut-être pu anticiper la première adaptation cinématographique qui en serait faite 13 ans plus tard. En effet, le film de Christian Nyby reprend sur grand écran les grandes lignes de son histoire. Par contre, je ne crois pas que Campbell aurait pu visualiser ce qu’allait faire de ses écrits le Maître de l’Horreur par excellence, son éminence John Carpenter, 44 ans plus tard. Le réalisateur d’Halloween reprendra en effet le concept de base à sa sauce pour produire l’un des meilleurs remakes jamais conçus, un huis clos très viscéral et absolument insoutenable peuplé de certaines des meilleures scènes de mutations physiques qu'on puisse imaginer. Campbell lui-même aurait peut-être constaté ces dernières avec des yeux ronds! Remake ou pas, The Thing a été conçu avec un tel brio qu’il compte désormais parmi les films d’horreur les plus cultes de toute une génération, marquant ainsi l’imaginaire bien au-delà de ce à quoi ses sources d’inspiration peuvent prétendre.

L’histoire prend place dans une base de recherches américaine située au cœur de l’Antarctique. En entrée de jeu, l’équipe scientifique sera attaquée par des norvégiens qui apparaissent en pleine psychose, pourchassant dans les glaces ce qui semble n’être… Qu’un simple chien de traineau. Il s’avérera cependant bientôt, après une visite du camp de ces derniers, que ceux-ci avaient libéré d’une longue hibernation une créature extra-terrestre des plus effroyables. Cette dernière absorbe les organismes vivants pour ensuite en produire d’exactes répliques et prolifère à une vitesse incroyable. Après une scène horrible où tout le chenil des américains est absorbé par la « chose-chien » que ceux-ci avaient innocemment recueillie, nos scientifiques réalisent qu’il est fort possible que certains d’entre eux soient déjà morts et qu’à présent des copies crées par La Chose circulent impunément dans la base. S’installe rapidement une atmosphère de paranoïa éprouvante, tandis que les opérations de survie sont prises en charge par le seul et unique cowboy des glaces, le pilote d’hélicoptère R.J. MacReady (incarné par Kurt « Dieu » Russell)… Mais comment à présent faire confiance à quiconque et assurer sa propre sécurité?

The Thing jouit sans aucun doute du meilleur scénario de film d’épouvante jamais écrit. Employant certes plusieurs éléments cruciaux à la dynamique du film original, il parvient par contre à s’en distancer suffisamment. Puisqu’il ne nie pas son héritage, les thématiques de notre principal intéressé sont donc entièrement issues des années 50, époque où une guerre avec la Russie était envisagée et où la dépossession de son identité et de sa liberté par le démon communiste effrayait tout bon ménage américain. Cette fois cependant, ces craintes seront transposées dans un contenant typiquement issu des 80’s. Perdus dans le désert le plus extrême sur la planète, confrontés à une menace qui va bien au-delà de leurs propres personnes, 12 individus doivent survivre et identifier qui parmi eux n’est plus humain. Ce synopsis est d’une perfection incroyable! Dans The Thing, l’ambiance de paranoïa est à son comble, rendant bien sûr hommage à la dite peur du communisme omniprésente dans les banlieues des 50’s. La confiance n’existe plus, à tout le moins jusqu’à ce qu’un moyen efficace soit trouvé pour dissocier ceux qui sont humains des autres.

Dans un univers bien près d’Agatha Christie et où la philosophie du « chacun pour soi » deviendra bientôt la seule valable, le maître John Carpenter a sélectionné plusieurs excellents acteurs afin de se donner le change. À l’inverse d’un classique récent comme The Descent, c’est de femmes dont Carpenter dénuera ici son film. Reconnu pour donner régulièrement à ses projets des airs de westerns ou de films d’action, le réalisateur offre le rôle principal de son métrage à Kurt Russell, qui avait travaillé avec lui l’année précédente sur le classique New York 1997. Russell va au-delà des expectatives, livrant un personnage rude et bouillonnant dont la façon de faire n’a rien de pacifique. Est aussi présent l’excellent Keith David (Requiem for a Dream, Platoon, Crash).

De plus, ce qui a fait la réputation de The Thing, ce sont ses effets visuels incroyables. Certes, Big John livre une réalisation qui prend aux tripes, faisant se dérouler la majorité de son film dans une tempête de neige, présentant le complexe scientifique comme exigu et glauque, maîtrisant à la perfection l’éclairage ainsi que chaque dialogue, chaque scène d’action et surtout de tension… Pensons seulement au classique passage du test sanguin! Tout amateur de cinéma d’horreur qui se respecte s’en souvient comme si c’était hier! Mais au-delà de tout ça, The Thing bénéficie d’effets spéciaux signés par le maître Rob Bottin (Howling, Se7en).

Dire que le travail de Bottin sur ce film est incroyable serait le minimiser. Il a eu un impact énorme sur toute une décennie en plus d’être encore aujourd’hui considéré comme un chef-de-file en la matière d’effets spéciaux « Old School ». L’imaginaire créatif de cet homme est miraculeux. Sans jamais verser dans le slapstick, Bottin invente des modifications corporelles excessivement grotesques dont même les films les plus tordus de David Cronenberg ne pouvaient que rêver! Des masses informes absorbent des individus, attaquent des gens… Bottin crée avec brio des monstres inimaginables, une tête araignée, un estomac denté… La chair s’ouvre, se filamente, le tout dans une ambiance aussi dégueulasse que fascinante. Ce travail coloré est caractéristique de beaucoup des productions les plus fameuses des années 80, qui tenteront sans toutefois le réussir d’égaler le génie de notre Rob.

The Thing avait déjà pour lui une sacrée histoire, des acteurs intéressants et un réalisateur de choix, mais ce sont ses effets gores délirants qui viennent clore pour de bon le débat et l’imposer comme l’un des meilleurs films d’épouvante jamais conçus. Aujourd’hui encore, il se découvre avec plaisir pour de nouvelles générations de spectateurs. Il s’agit assurément de l’un des classiques de sa décennie, si foisonnante puisse-t-elle être selon certains. The Thing figure en fait parmi le club très sélect de mes films d’horreur favoris.

En effet, lorsque l’on demande aux gens quel est le meilleur film qu’a réalisé John Carpenter, beaucoup semblent hésitants. Pour moi, la réponse est évidente.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • L'Effroyable Chose (version française/Québec)
    • La Chose (version française/France)

     

    • The Thing from Another World (1951)
    The Thing (2011)

     

    Invasion of the Body Snatchers (1978)
    The Blob (1988)

     

     
     


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