The Thing

THE THING

2011

RÉALISATION: Matthijs van Heijningen Jr.
SCÉNARIO: Eric Heisserer
AVEC: Mary Elizabeth Winstead, Joel Edgerton, Ulrich Thomsen, Eric Christian Olsen, Paul Braunstein

Parfois, la machine hollywoodienne me fait un peu songer à La Chose qu’a jadis imaginé l'équipe de John Carpenter. Subtile, insidieuse, elle bouffe les films classiques avec une absence marquée de remords et en crée des émules sans âmes qui servent ses noirs desseins. Cela encore et encore, jusqu’au jour où, horreur, la faune d’Hollywood sera composée à 100% de redites.

Aujourd’hui, l’effroyable chose américaine fera exactement la même chose avec le film de John Carpenter, lui-même un remake, qu’avec les autres. Elle l’absorbera, le digérera et le resservira à peu de différences près (juste assez pour que ce soit merdique) à une nouvelle audience qui n’y verra que du feu. Bienvenue dans le cauchemar capitaliste, mes amis. Et celui-là n’est pas de Wes Craven.

Kate Lloyd est une jeune paléontologue américaine qui se spécialise dans l’extraction et la conservation de fossiles préhistoriques découverts intacts dans les glaciers du monde entier. Un jour, elle est contactée par le docteur Sander Halvorson, un homme qui veut utiliser son expertise dans une mission top secrète se déroulant à la base que détient la Norvège en Antarctique. Intriguée, Kate se rend sur place pour découvrir que l’équipe de recherche scandinave a mis au jour un vaisseau extra-terrestre conservé dans la glace depuis 100 000 ans. Le plus beau de tout ça, c’est qu’un authentique spécimen venu de l’espace est inclus dans le lot, aussi frais qu’au jour de sa mort. Peut-être un peu trop frais même… Puisqu’une fois ramenée à la base la créature prendra ses aises et commencera à absorber et dupliquer les camarades d’expédition de Kate. Tentant l’impossible pour que personne ne quitte le campement dans lequel ils se trouvent, la jeune femme doit à présent identifier et exterminer ceux qui ne sont plus que des émules contrôlés par La Chose. Mais à qui faire confiance dans ce qui deviendra rapidement un véritable cauchemar?!

Plusieurs des récents remakes étant parvenus à générer un intérêt véridique à leur propre égard, je me suis lancé dans ce « prequel » de The Thing avec toutes les bonnes intentions du monde. Je suis un fan invétéré de l’original, j’avais définitivement envie de voir cette nouvelle version, de savoir ce qu’elle pourrait m’apporter de neuf et surtout de revivre les sensations fortes véhiculées par John Carpenter en son temps. Je vous apparais sarcastique lorsque je parle du «prequel » de The Thing? C’est que j’ai raison de l’être. Si les cartes seront mélangées afin de donner un nouveau déroulement aux événements, nous assistons assurément à un film qui prend très très très peu de libertés face à son prédécesseur. Coincé dans l’optique de l’hommage mais se vendant comme une histoire originale, The Thing a le cul entre deux chaises.

Ce qui rend The Thing de 1982 particulièrement amusant et prenant, c’est la paranoïa constante mise en scène dans le film et les soupçons qui se mettront bientôt à habiter le spectateur. Car oui, le scénario de Bill Lancaster jouait avec nous. À qui peut-on réellement faire confiance? Tout le fun résidait dans ce doute constant. De son côté, la nouvelle mouture ne parvient pas à recréer aussi efficacement ce climat. Certes, les premières apparitions de La Chose se font à-travers des personnages assez inattendus. J’ai été bluffé par deux fois et j’en avais le sourire aux lèvres. Néanmoins, ces quelques coups de maître en début de parcours laissent bientôt place à un film beaucoup plus avare en surprises. On observe les comportements de types singulièrement suspects en croyant à nouveau faire fausse route et être tombés dans le piège comme des nigauds pour finalement réaliser avec amertume que l’on avait frappé dans le mille et ce sans le moindre effort.

Définitivement, le travail du scénariste Eric Heisserer en est un en dents de scie. Lapidé pour son A Nightmare on Elm Street 2010 puis acclamé lorsque vint Final Destination 5 et sa recette juste assez réinventée, l’auteur propose ici un script ni bon ni mauvais. Faut dire qu’il n’a définitivement pas le boulot rêvé! Outre les traditionnels anulingus faits aux fans par tout bon film hommage (la dernière scène en est un excellent exemple, dans le cas qui nous intéresse) The Thing n’arrive jamais à éliminer l’idée qu’il est un espèce de remake bâtard. La proposition amenée par le scénario pour remplacer le test sanguin du remake original (!) n’est pas stupide sur papier, mais on décidera finalement de jouer avec son issue pour bluffer les fans dans leurs acquis. Mauvaise ou bonne idée? On ne le saura jamais vraiment, mais dans le cas de The Thing 2011 ce fut mauvais car son scénario propose en échange d'une scène carrément culte quelques moments très peu inventifs. C’est d’ailleurs un problème récurrent au film, qui jouit d’une prémisse beaucoup trop proche de celle du métrage qui l’inspire et qui doit tout faire pour s’en différencier un minimum.

De plus, la dernière partie du film est à mon avis la moins réussie. Le montage sec nuit aux revirements pâteux que tente le scénario et le dernier droit est absolument indigeste. Pourquoi le mégalomane de service du film (je déteste le personnage) deviendrait-il une créature quatre fois plus énorme que ses congénères? Pourquoi nous emmener vivre des moments stéréotypés et pleins de longueurs dans un vaisseau spatial? Pour renchérir (je suis plutôt boudeur aujourd'hui), le personnage principal et les effets spéciaux m’ont aussi fait me plaindre. Mary Elizabeth Winstead n’a jamais été très perspicace, signant coup sur coup pour un tas de films d’horreur absous de tout lendemain par leur propre médiocrité. Pourtant, son personnage brille définitivement ici par sa maigre qualité. Il est assurément pire que celui de la plupart des norvégiens, incarnés de façon honnête. Manquant profondément de crédibilité, incompréhensible, sans émotions, elle fait douloureusement ressentir l’absence de Kurt Russell et du personnage de béton qu’il personnifiait. On recrée d’ailleurs ce dernier à-travers un rôle secondaire semi-charismatique mais auquel j’aurais toutefois concédé sans y penser le rôle principal de Winstead.

Quant aux effets spéciaux, il est difficile pour tout amateur du film original de s’enthousiasmer devant du CGI sans grande conviction. J’ai essayé de laisser leur chance à ces derniers mais ils manquent définitivement de texture et La Chose du cinéaste hollandais Matthijs van Heijningen Jr. se comporte trop souvent comme un fauve difforme, traquant à quatre pattes ses proies sous diverses apparences plus grotesques les unes que les autres (ce dernier point n’est pas péjoratif). Même l’ambiance d’enfermement est rendue avec tellement moins d’efficacité, les personnages délaissant le complexe exigu du film de Carpenter pour passer leur temps en extérieur alors que The Thing se déroule dans un environnement où les -80 degrés sont coutume.

Suis-je ici victime de mon propre fanatisme pour le long métrage de John Carpenter? Sincèrement, je ne crois pas. Un remake doit accepter de vivre la comparaison s’il n’arrive pas à faire croire qu’il s’éloigne du film qu’il copie. J’aurais aimé que The Thing ressemble au récent remake de Fright Night en me prenant agréablement pas surprise, mais ce n’est pas le cas du tout. Son plus grand problème est probablement de souhaiter imiter la proposition originale mais de le faire avec si peu de conviction, de variété ou d’intelligence qu’il est dominé sur tous les aspects par son modèle, même dans un domaine en constante évolution comme celui des SFX. Les fans de The Thing voudront voir ce film de leurs yeux et je les comprends parfaitement. Peut-être auront-ils plus de plaisir que moi! Pris indépendamment, ce film n’est pas mauvais. Cependant, il apparaît à mes yeux de fan aussi dispensable que le décrié remake d’A Nightmare on Elm Street.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • La Chose (version française)

     

    The Thing from Another World (1951)
    The Thing (1982)

     

    A Nightmare on Elm Street (2010)
    The Blob (1988)

     

     
     


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