TIMECRIMES

2007

RÉALISATION: Nacho Vigalondo
SCÉNARIO: Nacho Vigalondo
AVEC: Karra Elejalde, Candela Fernandez, Barbara Goenaga et Nacho Vigalondo

Selon moi, faire un film sur le voyage dans le temps est quelque chose d'extrêmement audacieux : à chaque instant, on risque de tomber dans la facilité, le déjà-vu ou de se casser la gueule avec un manque de cohérence. Après avoir récemment renouveler plusieurs sous-genres du cinéma fantastique avec des films comme The Abandoned ou [REC], qui de mieux placé qu'un jeune réalisateur espagnol (ils ont la cote en ce moment) pour redonner un second souffle aux films sur les voyages spatio-temporels.

Nacho Vigalondo, avec un premier long-métrage intitulé Timecrimes, a brillamment relevé ce défi. Il a écrit et réalisé un des meilleurs films sur le thème du voyage dans le temps de l'histoire du cinéma. Rien de moins! Film intelligent (mais sans prétention) avec une dose d'humour noir, de violence, de voyeurisme et de suspense, Timecrimes atteindra rapidement le statut de film culte.

Hector (Karra Elejalde), un homme à la fin de la quarantaine, vient d'emménager dans une nouvelle maison, isolée de la civilisation, avec sa tendre épouse (Candela Fernandez). Allongé sur un transat, il observe les environs avec une paire de jumelles et aperçoit dans la forêt devant chez-lui une jeune femme (Barbara Goenaga) qui retire son t-shirt. Intrigué, il décide d'aller voir de plus prêt. Il retrouve la fille, étendue devant un rocher, inconsciente et complètement nue. Lorsqu'il vient pour lui toucher, quelqu'un, portant un long trench noir et ayant le visage masqué par un bandage rose, le poignarde dans le bras. Hector s'enfuit à toutes jambes dans la forêt. Il trouve refuge dans un étrange bâtiment ressemblant à un laboratoire; mais l'étrange assaillant est toujours à ses trousses. Hector rencontre un scientifique (Nacho Vigalondo) qui l'aide à se cacher dans un gros récipient rempli de liquide et referme le couvercle. Quand le couvercle de cette étrange machine s'ouvre, Hector se retrouve au même endroit, mais quelques heures dans le passé.

Il m'est difficile d'en dire plus sur le synopsis sans dévoiler des détails importants; je peux seulement vous dire que le personnage d'Hector ne s'attendait sûrement pas à passer une journée aussi rocambolesque. Vigalondo est parvenu à faire avec de très maigres moyens un thriller de science-fiction d'une logique et d'une efficacité remarquable. Au début, tout comme Hector qui se rend dans les bois, on est intrigué, on se pose plusieurs questions qui demeurent sans réponses, mais après quelques minutes, on devient fasciné et rivé à l'écran tout en se disant: «wow, c'est brillant» à chaque minute qui passe et à chaque interrogation enfin résolue. Le scénario, la force majeure du film, est construit comme un puzzle: plus le film avance, plus les pièces s'imbriquent les unes aux autres et viennent éclairer les événements qui se sont déroulés auparavant pour notre plus grand plaisir.

En plus, Vigalondo arrive avec brio à greffer à son histoire des éléments du slasher et du thriller. Le personnage du tueur au bandage rose n'a rien à envier aux Jason Voorhees ou Michael Myers, dès son apparition, il installe un climat d'angoisse; et sa démarche lente dans la forêt nous incite à tort à penser qu'on visionne un slasher. Un autre point fort du scénario qui le démarque de tous les autres films du genre est son espace-temps. Le fait que le personnage remonte seulement d'un court laps de temps dans le passé (et non pas des années en arrière ou dans le futur comme dans tant d'autres productions) et que, malgré tout, le film regorge de suspense et de rebondissements est, selon moi, un tour de force. La seule chose que je peux reprocher au scénario c'est de dévoiler trop rapidement certains mystères du film. L'histoire, même si elle demande de l'attention de la part du spectateur, ne se prend pas trop au sérieux; jamais le film essaie d'être plus intelligent que celui qui le visionne (tout le contraire d'un film comme Primer qui en se voulant intello se permettait tous les abus). Avec Timecrimes, on a droit à un scénario complexe, mais sans faille où tout nous est démontré au fil du long-métrage.

De plus, jamais le petit budget de production ne nuit à l'ambiance du film. Les décors et les accessoires ainsi que les effets spéciaux sont très réalistes et très bien conçus. La direction photo, même si elle n'est pas grandiose, nous réserve parfois quelques trouvailles, comme les scènes nocturnes et les plans subjectifs de la vision d'Hector à travers ses jumelles. Par contre, un des points négatifs qui m'empêchent de donner une note parfaite au film est que parfois la caméra est nerveuse et instable, et que Vigalondo aurait pu peaufiner un peu plus la qualité de ses images et de ses plans. En ce qui à trait aux acteurs, ils sont tous excellents, surtout Karra Elejalde qui réussit à nous faire nous identifier à son personnage ordinaire qui accumule les cafouillages, son anti-héros moderne du voyage spatio-temporel.

Pour ceux qui n'ont pas encore vu ce film presque parfait, dépêchez-vous avant que les américains nous sortent un remake!!! Timecrimes est la preuve suprême que le plus important pour faire un bon film ce n'est pas d'avoir un budget illimité, mais bien d'avoir un scénario convaincant et imaginatif.

  • Dominic Gagné

  • • Los Cronocrimenes (titre original/Espagne)

     

    • Primer (2003)
    • The Butterfly Effect (2004)

     

     
     


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