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TONY
2009
RÉALISATION: Gerard Johnson
SCÉNARIO: Gerard Johnson
AVEC: Peter Ferdinando, Ricky Grover, Vicky Murdock, Neil Maskell et Ian Kilgannon
Quelle est cette fascination que certains d’entre nous, fans d’horreur, éprouvont pour les tueurs en série? Est-ce une simple curiosité morbide? Une fascination pour la psyché humaine? Un émerveillement devant le fait que la ligne est mince entre la raison et la folie et que nous sommes tous de potentiels tueurs? Est-ce la peur de ce genre de personnage? Qui sait! Ce qui est certain, c’est que bien fait, les films sur les tueurs en série peuvent être excellent. Tony fait-il partie de cette catégorie? Pas vraiment, mais on est loin du désastre.
Sans emploi, sans talents sociaux, accro à la porno et aux VHS d’action, moche, quelque peu lent d’esprit, mais avec une moustache d’enfer, Tony vie difficilement dans notre monde. Il tente de trouver sa place, mais sans succès. En fait, le seul moment où il semble vivre, c’est lorsqu’il perd les pédales et tue.
Voilà pas mal tout ce qu’il y a à savoir sur le film de Gerard Johnson. L’un de ses plus grands défauts et qualité à la fois, c’est le manque de viande autour du scénario. Le fait que pas grand-chose ne nous soit expliqué ajoute un élément de vérité et de mystère au film ainsi qu’au personnage. On ne sait pas trop pourquoi Tony est comme cela, ni d’où il vient. Cependant, le film laisse un léger arrière-gout d’insatisfaction. Le long métrage n’est qu’une tranche dans la vie de Tony. Mis à part une sous-histoire, il n’y a aucun élément déclencheur ou de dénouement. Tony est un peu comme si on avait coupé le début et la fin du film, ou plutôt comme si on avait trouvé une série de photos dans un photomaton. On voit un aperçu d’une histoire, d’une vie, mais sans jamais connaitre le reste, ni pourquoi cette personne se trouvait là et prenait des photos. Le mystère reste total, bien que nous en soyons témoin dans l’intimité.
Ainsi, nous devenons voyeurs, espionnant Tony dans son quotidien. Une vie remplie de solitude et de moments intéressants, mais parfois trop saugrenue. Alors que le scénario est solidement ancré dans un monde réaliste, Tony surprend parfois par ses actes, tel que dormir avec un cadavre en décomposition et lui proposer à déjeuner, assassiner un drogué devant son ami et laisser ce dernier partir parce qu’il était gentil ou alors réussir à être sur l’assurance emploi pendant vingt ans sans jamais avoir travaillé. Cela enlève énormément de crédibilité au film et nous force à pousser quelques « ah, come on ».
Tony est une première réalisation pour Gerard Johnson et il s’en tire admirablement. Alors que le scénario est un peu comme un morceau de gruyère avec ses lacunes, la vision de Johnson est plutôt un beau gros morceau savoureux. Imparfait, granuleux, sans couleur, le long métrage semble tout droit sorti des années 80, enregistrées sur un VHS. Si ce n’était de deux ou trois éléments technologiques comme les DVD ou cellulaires, le film serait intemporel, ce qui ajoute à son charme. Cela est sans compter les nombreux plans ingénieux utilisés qui rendent le film plus noir et dangereux.
Johnson manque peut-être un peu d’entrain et de vision pour ce qui est de ses scènes de meurtres et d’horreur. Il semble constamment pris entre une vision horrifique et son désir de garder son film réel. Ainsi, les scènes de meurtres sont subites et machinales. De plus, Johnson insère parfois des scènes-chocs comme Tony qui dort avec un cadavre ou nous le montrant en train de couper de la viande, que l’on devine humaine. Ses scènes sont non seulement gratuites, mais semblent hors contexte avec le personnage et le ton du film.
Impossible de parler de Tony sans mentionner…Tony! Peter Ferdinando est un acteur avec un futur certain. Un espèce de Sharlto Copley (Wikus dans District 9), mais moins époustouflant disons, il porte le film sur ses épaules magistralement. Ne dansant jamais sur le même pied, Ferdinando joue constamment avec plusieurs facettes de son personnage, tantôt attachant, parfois con, mais toujours inquiétant. C’est souvent lorsqu’il n’y a aucun dialogue que Ferdinando réussit à parler le plus de son personnage. Je pense entre autres à la scène où sa voisine vient le voir pour lui demander un pansement. Il y a une incroyable tension dans cette scène, Tony ne sachant pas trop comment réagir et nous qui sommes inconfortables par sa gêne et ne sachant pas trop s’il va la tuer ou non.
Tony est loin d’être Henry : Portrait of a Serial Killer ou American Psycho, mais c'est tout de même une œuvre intéressante. Une curiosité pour les amateurs du genre. Un phare dans la mer des œuvres indépendantes. Bref, un baume pour mon petit cœur de critique blasé. Pour plus de détails sur Tony, visitez le site officiel du film.



• Henry : Portrait of a Serial Killer (1986)
• American Psycho (2000)
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