| |
TRUE BLOOD Saison 2
2009
RÉALISATION: Michael Lehmann, John Dahl, Daniel Minahan, Scott Winant, Michael Cuesta
SCÉNARIO: Alan Ball, Alexander Woo, Nancy Olivier, Raelle Tucker, Brian Buckner
AVEC: Anna Paquin, Stephen Moyer, Sam Trammell, Ryan Kwanten, Rutina Wesley
En 2008, l’un des grands manitous de la télévision américaine sous sa forme actuelle, Alan Ball (Six Feet Under, American Beauty), allait confirmer son obsession pour la thématique de la mort en lançant la série True Blood. Celle-ci est tirée de la populaire saga littéraire Southern Vampire Mysteries, par l’auteure Charlaine Harris. Les débuts télévisés de l’héroïne Sookie Stackhouse allaient rapidement connaître une grande popularité. Et on ne peut pas dire que les choses ont démordues, particulièrement avec ce bon vieux phénomène Twilight qui prenait d’assaut les grands écrans deux mois après la finale de la première saison de True Blood.
Une deuxième saison allait donc voir le jour à l’été 2009, sous l’égide de producteurs confiants. Et ils avaient raison de l’être ! 5,1 millions de personnes ont regardé en direct le premier épisode cet été là, ce qui représente une augmentation de 57% par rapport aux audiences de l’épisode final de 2008 ! J’étais de ceux qui attendaient cette suite avec une impatience peu dissimulée. La saison initiale était fort réussie, rassemblant une bande de personnages charismatiques et offrant un mélange d’intrigues enlevantes, de violence/sexualité gratuite, de relations pimentées et d’une Louisiane au top de sa forme. Sachant cependant que le monde horrifique a de la difficulté à se reproduire adéquatement, j’ai abordé ce nouveau bloc d’épisodes avec les craintes de l’angoissé chronique que je suis.
La série reprend là où elle nous avait laissés pantois l’année précédente. Réglant d'abord les énormes questionnements sur lesquels le public a pu se pencher pendant ce qui a semblé être un très long moment, elle embraye rapidement sur de toutes nouvelles intrigues. D’abord, il y a Sookie, qui contracte une dette auprès d’Eric, le vampire lui ayant sauvé la vie après qu’elle eut été agressée par une bête mystérieuse. Elle doit à présent se rendre à Dallas dans le but de retrouver Godric, un vampire âgé de 2000 ans qui est porté disparu. À Dallas se retrouvera aussi Jason, et pour des raisons toutes autres. Le jeune homme vient de joindre les rangs des fanatiques religieux de la Communauté du Soleil, présidés par le révérant Steve Newlin et son épouse, Sarah. Pour ce qui est de Tara, elle vit de beaux jours chez Maryann, cette dame mystérieuse qui semble un peu au-dessus de tout et qui possède une passion dévorante pour l’époque mycénienne. Seul Sam semble lui connaître une véritable identité des plus louches. Et cela à son détriment, puisqu’elle désire se servir de lui pour accomplir de sombres desseins…
Si la première saison de True Blood était délicieusement passionnante et pouvait se comparer à plusieurs des réalisations télévisuelles les plus grandioses de la dernière décennie, sa suite la broie sous son poids tant elle est incroyable. Le scénario d’Alan Ball éloigne la série des quolibets de Twilight version trash dont on pouvait originalement l’affubler. La majorité des personnages sont moins caricaturaux (Sam plus indépendant, Tara moins hystérique, Sookie moins… Atrocement naïve?), et on a l’impression que leur évolution n’est pas simplement due à un peaufinement du scénario, mais bien à toutes les couleuvres qu’ils avalent depuis le début de la diffusion.
Bien qu’Anna Paquin (Sookie) surjoue parfois, on comprendra que c’est uniquement dans l’optique de mieux posséder son personnage. Moi qui avais précédemment quelques difficultés avec ses envolées de romance et de frustration légendaires, j’ai appris à l’apprivoiser grâce à l’adoucissement dont je parle plus haut. Alexander Skarsgård (Eric) commence à avoir une présence bien plus importante dans la série, et celle-ci lui demande du même coup un jeu beaucoup plus diversifié. Il s’en tire très bien. Il ne faudrait pas non plus oublier la grande importance qu’a la sublime Michelle Forbes, à qui j’offre la couronne de lauriers en entier. Pour moi, c’est sans conteste la Vilaine de l’année ! Son personnage est délectable. Et, après cela, font la ligne des tas de personnages oubliés dont je ne pourrais parler sans perdre ceux qui se seront rendus jusqu’ici (Ryan Kwanten (mon amour !), Pam, Godric, Arlette, Terry, Cho, Lafayette, Hoyt, Jessica, Andy, Eggs et un nombre incroyable d’autres noms savoureux)… J’en viens à détester critiquer ces séries télévisées !
J’aimerais tout de même mentionner que l’un de ces personnages secondaires m’a encore plus foutu à terre par sa prestation qu’Allan Hyde (Godric), et c’est Evan Rachel Wood, qui incarnait Sophie-Anne Leclerq. Chaque SECONDE de son passage à l’écran se déguste à la façon de la plus sublime des mousses au chocolat. C’est un moment inoubliable de télévision, à mon avis. Je n’ai pu achever la série qu’après m’être remis d’un évanouissement. Je n’ai pas le cœur assez solide pour toutes ces émotions là, c’est moi qui le dis !
Ce qui est incroyable chez Ball, c'est qu’il a aussi réussi à se dissocier des romans, apportant des tonnes d’intrigues de son cru qui sont vraiment succulentes. L’absence de Maryann dans le récit de base, alors qu’elle représente pour nous un pan énorme de la Saison 2 (le plus important, j’oserais dire), doit rendre le roman extrêmement platonique. Cette dernière contrôle la ville en entier, l’emmenant dans des orgies sanglantes qui transforment rapidement la totalité de la population en d’espèces de zombies qu’elle tient en son pouvoir ! Elle est un superbe piment maison, signé Alan Ball ! Il y a aussi un grand côté relations humaines à la série, comme on peut s’y attendre. C’est là que le génie frappe. Les échanges sont superbes, les réflexions sont là (Ségrégation, religion, mort…). On sent l’influence de l’auteur de Six Feet Under. Jamais Charlaine Harris n’aura fait un boulot comparable, se limitant à l’un des personnages les moins intéressants (à mon sens) du récit comme narrateur interne. Beurk et rebeurk. La finale de cette seconde saison possède un déploiement incroyable, en plus de laisser derrière elle des questionnements encore plus cruels que ceux de la dernière fois.
Les multiples points de vue (7) qui se lancent individuellement à la réalisation d’un ou de plusieurs des douze épisodes de la série sont bien entendu diversifiés, ce qui rend le travail global plus complexe à caractériser. Mentionnons néanmoins une photographie de premier ordre, de nombreuses séquences exquises, une trame sonore impeccable (Le superbe générique d’introduction, fidèle au poste) ainsi qu’une Louisiane qui n’a pas honte de ses charmes. La touche de gore explicite plaira aux amateurs (le soufflé!). Dans True Blood, la sexualité est au premier plan, ainsi que la sauvagerie et le vice en général. C’est un univers vampirique dans ce genre là qui peut devenir un puissant média de propagande sociale, tout au contraire de certains suceurs de sang mormons que je ne nommerai pas, et pour qui tout va toujours bien dans le meilleur des mondes (rose bonbon).
En définitive, je crois qu’il serait plus aisé de critiquer chaque épisode de True Blood de façon individuelle. Si Alan Ball continue sur une lancée aussi incroyable, je n’ose même pas imaginer la jouissance que représentera sa saison 3 ! Celle-ci prend d’ailleurs son envol dès le 13 juin 2010 sur HBO. Par rapport à sa grande sœur, la Saison 2 est incroyablement maîtrisée. TOUT y est bonifié. Vous pouvez actuellement en faire l’acquisition dans un sympathique coffret DVD qui offre plusieurs bonus (il y en a plus sur l’édition Blu-Ray, question de marketing). True Blood n’est pas que le nom d’un substitut sanguin fort pratique, mais aussi celui d’un substitut efficace à Twilight dont un certain public plus mature pourra se régaler.
À s’y lancer les yeux fermés !



• True Blood (Saison 1) (2008)
• True Blood (Saison 3) (2010)


• Interview with the Vampire (1994)
• The Vampire Diaries (2009)
| |
|