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THE TUNNEL
2011
RÉALISATION: Carlos Ledesma
SCÉNARIO: Enzo Tedeschi, Julian Harvey
AVEC: Bel Deliá, Andy Rodoreda, Steve Davis, Luke Arnold, Goran D. Kleut
En cette ère où le streaming rend plus aisé que jamais l'accès gratuit aux films via internet, de grands questionnements éthiques viennent subséquemment se poser à nous. En tant que jeunes amateurs, nous définissons par nos actes l’avenir du septième art. Bien que tous n’aient pas cette impression, comment qualifier la consommation de films en streaming/torrents autrement que de vol pur et simple? Comment exprimer au jeune cinéaste Adam Green tout le respect/intérêt que vous lui portez si vous avez visionné ses deux volets d'Hatchet et son Frozen gratuitement depuis votre écran d’ordinateur? On peut débattre longtemps de ce sujet et il est souvent fort difficile de modifier la mentalité de gens qui se sont eux-mêmes d’une manière ou d’une autre persuadés du bien fondé de leurs décisions. The Tunnel, le sujet de cette critique, est un tout nouveau film australien qui a posé l’acte surprenant de se proposer gratuitement en streaming à tous ceux qui voudront bien prendre le temps de le regarder. Une nouvelle manière pour les jeunes cinéastes du monde de l’horreur de se faire connaître sans l’intérim de gros distributeurs?
Il y a quelques années, la mairie de la ville de Sydney avait annoncé en grandes pompes son intention de concevoir un système afin d’exploiter l’eau qui dort sous la ville, à-travers de grands réseaux désaffectés de tunnels de métro ainsi que d’installations vétustes datant de la seconde guerre mondiale. En 2007, sans explications, l’idée a été abandonnée. L’année suivante, la presse a été mise au courant des disparitions inexpliquées de nombreux sans-abris qui vivaient dans ce secteur souterrain. Tous exigent des explications. Croyant tenir le scoop qui pourrait sauver sa jeune carrière de la déchéance, la journaliste Natasha Warner prend la décision de pénétrer dans les tunnels – dont l’accès a été interdit – en compagnie de trois collègues et avec le but avoué de mettre à jour la source de toute cette histoire.
Imaginez-vous un croisement entre l’éminent REC de Jaume Balaguerò et le Creep de Christopher Smith. Alléchant, n’est-ce pas? C’est partiellement l’expérience que propose The Tunnel. Nouveau candidat dans le lucratif rayon du cinéma vérité, ce premier long métrage du réalisateur Carlos Ledesma a été produit avec très peu de moyens et, malgré tout, le résultat final est très intéressant. La majorité des interactions du film reviennent aux quatre acteurs principaux, soit les courageux qui s’aventurent dans les tunnels sous la ville de Sydney. Ceux-ci sont presque tous en début de carrière et ne comptaient jusqu’ici que des apparitions dans certaines émissions de télé et quelques courts métrages. Malgré cela, leurs interprétations sont crédibles et aident à s’immerger dans cette aventure glauque à souhait.
Car pour ce qui est du côté glauque de The Tunnel, Ledesma fait de petites merveilles. Misant sur la suggestion, le cinéaste propose des apparitions furtives de sa créature, un monstre qui donne la chair de poule par sa simple présence. Le spectateur ne saura jamais clairement ce qu’il est, suivant seulement la fuite éperdue des personnages dans une multitude d’environnements à donner froid dans le dos. Entre le grand lac souterrain et les dédales de couloirs désaffectés, Ledesma dispose de décors naturels qui à eux seuls donnent un sacré charme à son film. Rarement de simples pièces m’auront procuré un tel effet anxiogène! De plus, certains éléments techniques auxquels le réalisateur a pensé lors de l’écriture de son scénario sont carrément des premières dans le monde du « found footage ». Je pense notamment à la scène de la cloche, excessivement originale et bien conçue en plus de glacer le sang!
Le grand problème de The Tunnel, pour être honnête, est l’approche de faux documentaire priorisée. Un peu à la manière d’un autre film australien que je n’hésite personnellement pas à recommander, Lake Mungo, la technique narrative employée est celle d’un documentaire superposant aux extraits d’archives filmés par nos personnages les récits de ceux qui ont survécu. Pour ceux qui ne comprendraient pas de quoi je parle, imaginez-vous visionner une des fameuses reconstitutions criminelles de Canal D. Les survivants commentent donc l’action et nous font part des émotions ressenties à plusieurs moments de leur aventure dans les tunnels.
Le problème est qu’ici, contrairement à Lake Mungo, le projet aurait clairement gagné à ne pas se distancer de son propos de cette manière et, comme le fait si bien REC, à assumer son statut de « roller-coaster » horrifique. Car bien que les frissons se fassent ressentir à plusieurs moments du film, ce qui est toujours appréciable, l’implication n’est jamais aussi forte qu’on aurait voulu qu’elle le soit. Je crois que dans un film de la sorte, qui se résume beaucoup en une chasse à l’homme entre quatre journalistes et une goule décharnée de 9 pieds de haut, une immersion plus dense aurait été la bienvenue et n’aurait que pu rendre le film encore plus efficace qu’il ne l’est dans son état actuel. Car en plus d’hachurer la grande toile d’angoisse soigneusement tissée qu’est The Tunnel, ces interventions des protagonistes donnent dès le départ l’identité des survivants et des victimes, ce qui ruine là aussi une part des éléments de tension de ce survival.
De plus, une certaine amertume est perceptible avec le dernier droit du projet. Un peu brouillon, celui-ci lance une idée très intéressante qui sera à mon avis sous-exploitée : le monstre craint la lumière. À ce moment du film, les personnages restants ne disposent que d’une seule source d’éclairage entre les mains. L'écume aux lèvres, je croyais avoir droit à certaines utilisations de cet élément crucial pour pousser la tension à de nouveaux extrêmes, un peu comme chez le récent Vanishing on 7th Street de Brad Anderson. Malheureusement, le film choisit plutôt de se terminer abruptement. Il serait définitivement intéressant de voir ce que Carlos Ledesma aurait été capable de réaliser avec le budget d’un Insidious ou d’un Paranormal Activity 2, souvent jugés comme très minimaux par les gens mais encore dix fois supérieurs à ce que l’australien avait entre les mains pour sa propre production.
Malgré tout, The Tunnel est définitivement un bon premier film. Au-delà de certains défauts clairement identifiés dans ce texte et qui en doivent probablement à des moyens de production anémiques, il s’agit d’un film d’horreur crédible qui réussit à prendre aux tripes à plusieurs moments. Je me suis surpris à frissonner plus d’une fois et à me sentir très tendu. Ce n’est pas The Tunnel qui réconciliera les détracteurs du « found footage » avec ce sous-genre, mais je le recommande à ceux qui apprécient généralement ce type de films. Ça vaut le détour, surtout que c’est offert gratuitement à qui le veut bien!



• The Tunnel Movie (Titre alternatif)


• Creep (2004)
• Lake Mungo (2008)
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