VALHALLA RISING
2009
RÉALISATION: Nicolas Winding Refn
SCÉNARIO: Nicolas Winding Refn
AVEC: Mads Mikkelsen, Maarten Stevenson, Gordon Brown, Andrew Flanagan et Gary Lewis
- The boy said he was from hell. Maybe that’s where we’re going.
Rares sont les films qui divisent aussi férocement les cinéphiles. L’une des raisons attribuables à cette situation pourrait bien être que nous sommes en présence d’une œuvre d’art assez singulière pour enflammer les opinions. Que vous soyez habitué ou non au cinéma de Lars Von Trier, Werner Herzog, Andreï Tarkovski, David Lynch ou comme dans le cas présent, Nicolas Winding Refn, ne devrait pas altérer la façon dont Valhalla Rising vous sortira de votre zone de confort cinématographique.
Valhalla Rising est un compte des plus sombre qui se déroule en six parties. À l’ère Viking, une petite troupe de guerriers exploitent un ténébreux prisonnier en le faisant combattre tel un chien de combat. One Eye le guerrier silencieux, de son pseudonyme (Mads Mikkelsen, Pusher 2, Casino Royal), est trimballé en terrains montagneux dans une cage de bois, attendant patiemment l’opportunité de s’évader. Quand il réussit, aucun de ses exploitants ne survit.
Accompagné d’un jeune garçon (qui deviendra éventuellement sa voix), One Eye poursuit son périple vers l’inconnu. Quand ils croisent une troupe de guerriers catholiques s’auto proclamant comme « les enfants indésirés de Dieu », One Eye et le garçon décident de les suivre dans leur conquête des terres sacrées de Jérusalem. Le périple ne les mènera pas aux terres escomptées mais soulèvera un vent de peur et de paranoïa au sein du groupe. Progressivement, nous découvrons que One Eye n’est pas le démon que les autres prétendent, mais une sorte de leader silencieux aux pouvoirs mystiques.
Si vous avez vu la trilogie Pusher et Bronson, vous aurez deviné que nous sommes à des années lumière de Conan the Barbarian. On ne parle pas pour rien dire dans Valhalla Rising, ce qui a pour effet dans importuner plusieurs. Les dialogues sont rares, mais chaque ligne est d’une importance capitale. Il n’y a pas de musique techno et de jeunes femmes en bikini non plus, pas plus que de mitraillette ou d’explosion, ce qui en rebute plusieurs autres. C’est l’atmosphère inquiétante et oppressante qui joue le rôle principal du récit.
Tout au long, le cinéaste jongle avec la véritable identité de One Eye, un Mads Mikkelsen muet mais d’une rare intensité. Comme c’est aussi le cas dans Bronson, la violence combinée à une cinématographie hautement stylisée appose en quelque sorte l’un des sceaux du réalisateur. Sans jamais servir quoi que ce soit de réchauffé à son public - qui à ce point doit s’attendre à une surprise chaque fois qu’il lui fait confiance - Winding Refn connaît ses forces et les mets une fois de plus à profit.
Pour son deuxième long-métrage tourné en anglais, le cinéaste Danois a créé un véritable labeur d’amour pour le 7e art. La production de 4£ millions (environ 6.4$ millions, ce qui est bien inférieur à Bronson) n’est aucunement destinée aux grands cinéplexes de ce monde (comme tous ses films d’ailleurs). Il nous offre ici un compte de Vikings expérimental et extrasensoriel qui s’adresse aux cinéphiles (très) ouverts d’esprit. Vous allez littéralement détester ou adorer, sans demi-mesure. Pour ma part j’ai adoré. Là où les contrariés se sont ennuyés, j’étais fasciné.
Du grand cinéma, profond et artistique qui, je ne le répèterai jamais assez, ne s’adresse pas à tous. Si vous savez d’avance que vous avez de la difficulté à vous abandonner à un film, que vous ne jurer que par les zombies ou le cinéma de Neil Marshall, de grâce, restez loin de Valhalla Rising. Si dans le cas contraire vous vous considérer ouvert d’esprit, avez un penchant pour le cinéma expérimental et avez apprécié des films tels Antichrist, Stalker et Bronson, Valhalla Rising pourrait bien être une révélation pour vous aussi.



• Le Guerrier Silencieux (titre français/France)


• Aguirre, der Zorn Gottes (1972)
• Stalker (1979)
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