RÉALISATION: Fernando Méndez
SCÉNARIO: Ramón Obón
AVEC: Abel Salazar, Ariadna Welter, Germán Robles, Carmen Montejo et José Luis Jiménez
En découvrant, petit à petit, la filmographie horrifique de Fernando
Méndez, une certaine frustration monte en moi! Pourquoi ce grand cinéaste
est-il mort seulement quelques années après avoir réorienté sa carrière
vers l'horreur??? Après avoir passé la majeure partie de sa vie à réaliser
des comédies dramatiques, Méndez biffurque vers l'horreur en 1957
avec Ladrón De Cadáveres. Jusqu'à sa mort en 1966, le cinéaste mexicain a réalisé quelques joyaux, tels que The Black Pit Of Dr. M, The Living Coffin et The
Vampire. Malgré qu'il ait réalisé peu de films d'horreur, son style
gothique rehaussé a inspiré certains des plus grands réalisateurs, Mario
Bava en particulier.
Marta se rend visiter sa tante malade à l'autre bout du pays. Arrivée sur place, elle apprend le décès de celle-ci. La bonne nouvelle est que Marta hérite de la demeure de sa tante. La mauvaise est que la maison a été construite sur la tombe du Conte Duval, un redoutable vampire ayant causé la terreur 100 ans auparavant. Aujourd'hui, le frère de Duval, le Conte Lavud, rôde dans les environs. Ce vampire est prêt à tout pour prendre possession de la demeure de Marta pour ainsi ressuciter son frère. À l'aide d'une autre tante de Marta devenue vampire, Le Conte tentera d'éliminer la nouvelle propriétaire de la demeure.
Précédent d'une année la résurrection de Dracula par le studio Hammer avec
Horror Of Dracula, The Vampire est une oeuvre gothique qui
n'a rien à envier aux classiques du genre. D'ailleurs, The Vampire est le premier film à mettre en vedette des vampires avec des crocs! Bien que les similitudes avec le
personnage créé par Bram Stocker soient frappantes, cela n'empêche pas
The Vampire de voler de ses propres ailes ... littéralement!! Le film
de Méndez représente le mythe du vampire à l'état pur. Chauves-souris,
crucifix, tombeaux, pieux et manques de reflet dans les miroirs sont au
rendez-vous. Le film étant classique dans tous les sens du terme, les
connaisseurs du folklore vampirique ne trouveront rien de nouveau à se
mettre sous la dent! Par contre, le matériel est traité avec un tel brio
que la perspective de revoir une histoire maintes fois racontée est loin
d'être désagréable!
Méndez est sans contredit un des meilleurs réalisateurs quand vient le
temps de créer une ambiance gothique. The Vampire est donc un festin
visuel. Tourné en partie dans un manoir désafecté, The Vampire
utilise toutes les facettes de son somptueux décor. Puisque la femme de la
maison est décédée, le ménage n'a pas été une grande priorité des autres
habitants. L'endroit est affablé d'un nombre incalculabe de toiles
d'araignées qui se bercent sous les coups de vents que les fenêtre brisées
laissent entrer! Les planchers sont presque tous détruits et les pièces
secrètes jouent un grand rôle dans le film. Méndez profite des opportunités
que lui offre la magnifique photographie en noir et blanc pour incorporer
des jeux d'ombrages menaçants et des éclairages subtils. Vers la fin,
Méndez abandonne son style gothique pour laisser place à des scènes
d'action qui sont toutes aussi réussies que le reste du film. La musique
joue aussi un grand rôle dans le film. Laissant toute subtilité de côté,
le compositeur Gustavo César Carrión (Brainiac) offre une musique des plus jouissives. Carrión n'a pas peur de
hausser la note et son thème récurrent du vampire est hantant!.
Outre le côté technique, le scénario participe aussi à la réussite
du film. Bien qu'à la base, The vampire n'ait rien de
révolutionnaire, le scénariste a construit une histoire riche en
revirements. Le conte Lavud n'est pas le seul centre d'intérêt du film. La
relation entre Marta et sa tante vampire est au coeur de l'action, tandis
que les recherche du Dr. Enrique pour découvrir la vérité sur le mythe du
vampire sont fascinantes. Il y a aussi une autre tante de Marta qui s'est
fait passer pour morte dans le but d'échapper à une mort certaine. Elle
hante, en quelque sorte, le manoir pour venir en aide à sa nièce!
Les effets spéciaux, qui consistent à transformer le vampire en chauve-souris et vice-versa, sont plutôt brusques et ont quelques peu vieilli. Si
plusieurs considèrent ce genre de particularité comme un défaut, je dirais
plutôt que ça fait partie du charme du film. Le seul véritable défaut se trouve du côté du scénario. Ramón Obón a inclus une histoire d'amour
forcée entre Marta et le Dr. Enrique. Les deux acteurs n'ont aucune chimie
amoureuse et semblent finir ensemble seulement parce que c'est écrit dans
le scénario. Les scènes servant à bâtir cet amour freinent le film et sont
plutôt maladroites.
Casa Negra récidive une fois de
plus avec un excellent film d'horreur mexicain. The Vampire est
offert dans un DVD double intitulé "The Vampire Collection". Cette édition
comprend aussi la suite The Vampire's Coffin (lire critique), ainsi que plusieurs bonus.
The Vampire est plus qu'un simple dérivé de Dracula. C'est un film d'horreur à l'ancienne méticuleusement bien maîtrisé par un cinéaste en plein contrôle de son art.