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VAMPIRE
2011
RÉALISATION: Shunji Iwai
SCÉNARIO: Shunji Iwai
AVEC: Kevin Zegers, Adelaide Clemens, Rachael Leigh Cook, Amanda Plummer et Katharine Isabelle
Dans le cadre de son volet « Visions du vampirisme », qui en plus de revisiter le classique Daughters of Darkness présentait en première canadienne Midnight Son (un film qui semble bien reprendre à son compte le Martin de Romero) ainsi que le road movie Stake Land, le festival FanTasia a aussi proposé au public de l’île de Montréal le récent Vampire du cinéaste japonais Shunji Iwai. Tourné en Colombie-Britannique, ce film remplit sa promesse et correspond en effet à une tournure très distincte du classique mythe de la goule suceuse de sang.
Simon est un professeur de biologie plutôt solitaire hors des heures de travail. Il habite dans un appartement avec sa mère, sur qui il doit constamment garder un œil. En fait, Simon pourrait bien être le prototype parfait du gars sans histoires. Mais depuis un temps indéterminé, notre protagoniste éprouve cependant une petite faiblesse : il ressent le besoin de se nourrir de sang humain avec régularité. Simon n’est pas d’un naturel violent, si bien qu’il a trouvé un moyen pacifique de subvenir à son besoin d’hémoglobine : il rencontre de jeunes femmes suicidaires sur internet et leur propose un pacte. Lorsqu’il va à leur rencontre, il leur offre une mort douce par l’extraction de la totalité de leur sang. La finalité est la même et de plus, le départ est beaucoup plus doux qu’avec une corde ou une arme à feu. La tactique de notre « vampire » semble jusqu’ici plutôt bien se dérouler pour lui… Mais voilà, même lorsque l’on ne désire plus que ça, l’existence humaine n’est pas toujours la même routine platonique et un tas d’événements impromptus se glisseront dans le mode de vie parfait de notre Simon…
Je ne sais pas exactement ce que j’attendais de Vampire. À en lire le synopsis sur internet, j’avais la curieuse impression que ce film allait ressembler à une version alternative du Grimm Love de Martin Weisz. Comment bâtir une intrigue de deux heures autour d’une telle prémisse? Pourrait-on réellement garder le spectateur en vie aussi longtemps? Encore une fois, j’ai pourtant eu tort de douter. Shunji Iwai crée un film à l’univers sombre, déprimant et d'une solitude implacable, qui toutefois passionne rapidement l’auditoire et ne se répète jamais au courant de son développement. Chacune des rencontres que fait Simon se déroule différemment, selon la personnalité des autres. Si marginale puisse-t-elle être, son existence deviendra ainsi pour nous une curieuse et fascinante odyssée. Cela est notamment à imputer au script, qui parvient à donner vie à ses personnages, à leur insuffler une véritable essence individuelle.
Et des gens différents, ça il y en a! Notre « vampire » croisera sur sa route tout un panel d’individus, de la suicidaire suspicieuse (incarnée par Katharine Isabelle de Ginger Snaps) au violeur en série qui l’admire, en passant par une prétendante absolument obsédée par lui et dont il n’arrive pas à débarrasser! Au fil de ses expériences, la personnalité de Simon ne restera pas statique. Il évolue constamment, réfléchit sur ses actions et c’est ce qui fait du film un drame vibrant dont la finale n’en est que plus cruelle. Notre protagoniste est représenté au mieux par Kevin Zegers (Wrong Turn, Dawn of the Dead ’04), un acteur qui m’avait bien impressionné dans le Frozen d’Adam Green l’an dernier (son sort n’y était d’ailleurs pas très enviable) mais qui va ici beaucoup plus loin avec une prestation très exigeante dont il maîtrise les subtilités grâce à une adresse hors du commun. Simon apparaît comme fragile, cet éternel marginal du cinéma d’horreur qui n’a au fond rien de très dangereux. Sa conception du vampirisme est probablement la plus douce et romantique qu’il m’ait été donné de rencontrer jusqu’ici.
En revanche, Vampire ne pourra pas réellement prétendre à l’amour unanime du public. Amateurs de récits fantastiques, vous feriez mieux de vous diriger vers les autres propositions vampiriques du festival Fantasia. Ce film n’a absolument rien de tel. C’est assurément le plus terre à terre de tous les longs métrages de l’histoire de son sous-genre. Les effets spéciaux sont d’ailleurs en infériorité dans ce récit où la mort est souvent présentée comme banale, expédiée et grotesque (on comprend à ce moment les influences apportées par un auteur japonais, notamment lors de la scène du suicide collectif). La réalisation de Shunji Iwai est cependant excellente, tantôt dense, tantôt aérienne mais toujours à propos. Vampire est un film qui prend assurément son temps, nous immergeant de plus en plus profondément dans son univers sans concessions où toute forme d’espoir naissant est mécaniquement occultée.
Je suis un inconditionnel du film de vampires. Ce que j’aime par-dessus tout dans ce sous-genre, c’est lorsque celui-ci parvient à se réinventer brillamment. Sans vouloir discréditer notre bon vieux Christopher Lee, il ne fait pas le poids face à un drame aussi dense et sombre que Vampire. Un film différent, qui ne plaira certainement pas à tous. Fans de Smallville, vous aimerez revoir Kristin Kreuk dans un final qui fend littéralement le coeur. Un film qui m’aura donné envie d’explorer Shunji Iwai.



• Martin (1977)
• Grimm Love (2006)
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