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VAMPIRES
1998
RÉALISATION: John Carpenter
SCÉNARIO: Don Jakoby
AVEC: James Woods, Daniel Baldwin, Sheryl Lee, Tim Guinee et Thomas Ian Griffith
Le mythe du vampire est éternel. Présent depuis les premiers balbutiements du film d’horreur, la grande majorité des cinéastes les plus reconnus de notre genre favori l’ont ainsi un jour ou l’autre approché. Que ce soit Mario Bava avec Black Sunday ou encore Rabid de David Cronenberg, Fright Night par Tom Holland, Salem’s Lot adapté chez Tobe Hooper, Martin de Romero, Dracula 3D en cours de tournage à l’écurie de Dario Argento et même l’horrible comédie de Wes Craven (A Vampire in Brooklyn), tous ont désiré apporter leur contribution à la pérennité du sous-genre le plus ancien et volumineux de l’histoire du cinéma d’épouvante. John Carpenter ne fait pas exception à la règle. Vampires, son avant-dernier long métrage avant une disparation qui durera bien dix ans, revisite à la sauce du réalisateur une autre histoire de suceurs de sang démoniaques.
Jack Crow est un homme viril comme il ne s’en fait plus aujourd’hui, à la tête d’une troupe de chasseurs de vampires affiliés au Vatican. Leur métier consiste à débusquer les nids où se terrent les vampires pendant la journée, dans lesquels se trouve toujours un Maître qu’il faut éliminer à tout prix étant donné qu’il a ascendance sur les autres. Ils font prendre un peu de Soleil à tout ce beau monde et passent ensuite au prochain numéro. Bien rodés, les hommes de l’équipe seront pourtant piégés lors d’une mission de routine. À l’occasion de cette dernière, ils mettront à sac un repaire à suceurs de sang du Nouveau-Mexique sans pour autant dénicher le Maître. C’est que celui-ci n’a rien d’ordinaire et serait en fait le tout premier vampire, Valek.
Que fait-il là? C’est qu’il semble bien que notre groupe de choc ait été trahi par un quelconque agent double. Valek tuera ainsi tout le monde à l’exception de Jack et de son plus vieux collègue, Anthony Montoya. Jack est du genre à prendre personnel un bain de sang impliquant tous ses coéquipiers et il décide ainsi de traquer le vampire originel par ses propres moyens. Pour se faire, il aura droit à l’aide d’un jeune padre idéaliste et d’une prostituée mordue par Valek qui lui servira de lien télépathique avec son ennemi, qui lui-même semble t-il est en quête d’une relique mythique lui permettant de vivre à la lumière du Jour…
Je possède un lien d’affection particulier avec Vampires. À l’époque de sa sortie sur VHS, j’avais 6 ans. Lorsque je me rendais mensuellement au club vidéo en compagnie de mes parents, je déambulais innocemment dans les rayons et toujours retombais sur cette sacrée pochette. Elle scotchait le regard. Pour moi, Vampires serait assurément le film d’horreur ultime (avec From Dusk Till Dawn et Fright Night, mais ce sont d’autres histoires). Personne ne devait survivre à la vision d’un tel truc! Bien entendu, mes perceptions ont eu l’occasion de se modifier durant les années qui suivirent, mais je ressentais toujours le poids de mes craintes enfantines la première fois que j’ai visionné le DVD de ce film.
Plus d’une fois, j’ai entendu Vampires être présenté comme l’un des grands échecs de John Carpenter. Pourtant, je le vois très différemment! D’abord, j’adore cette façon qu’a le réalisateur de revisiter divers classiques de sa jeunesse, mais dans un enrobage contemporain qui tient le public scotché à l’écran. Paru 6 mois avant Blade, avec lequel il partage d’étranges similitudes, Vampires compte avec ce dernier et From Dusk Till Dawn comme l’un des premiers films à employer les monstres éponymes dans des visées qui tiennent beaucoup du film d’action. Et Dieu seul sait qu’ils ne seront pas les derniers à le faire!
Si plusieurs films de Carpenter ont une espèce de dynamique qui ne va pas rappeler certains vieux westerns américains, Vampires est assurément celui pour lequel c’est le plus vrai. D’abord par cette ambiance désertique, peuplée d’une multitude de lieux crasses et vides, inspirée du propre aveu du réalisateur par Sergio Leone, Howard Hanks et Sam Peckinpah et appuyée par une trame sonore qui semble réellement de circonstance. Ensuite par le personnage de Jack Crow, qui tient littéralement d’un antihéros. Violent et vulgaire (la version française est pleine d’une foule de répliques mémorables), il ne semble à sa place dans ce monde que lorsqu’il affronte des monstres. Il est incarné par James Woods, qui une fois la surprise passée prouve sa maîtrise totale de cet individu à la limite antipathique au spectateur. Le scénario de Don Jakoby tente de rattraper le tir avec quelques personnages secondaires plus sympathiques et nuancés, par exemple Daniel Baldwin (frère du fameux Alec) et Tim Guinee qui dans son rôle de jeune prêtre qui apparaît très éloigné du reste des personnages rencontrés. Le portrait de la religion dans ce film, d’ailleurs, est aussi sombre que tout le reste et présente cette dernière comme une institution viciée.
Avec une alternance constante entre le jour et la nuit, l’histoire permet une progression à la fois intéressante et tendue. La mythologie de Vampires est assez travaillée mais avant tout l’histoire semble faire focus sur le personnage principal et ses péripéties. Bien que complètement largué par les récents évènements, notre Jack Crow semble trépignant, impassible et impatient d’en découdre. En cela et en bien d’autres choses, Vampires a parfois un arrière-goût de From Dusk Till Dawn. Tarantino et Rodriguez ont-ils inspiré le Maître de l’Horreur? Il faudrait lui demander! Si ses vampires ressemblent presque à des morts-vivants par leur allure bestiale et leur tendance à vivre en communautés dans des lieux insalubres, le réalisateur prend pourtant le temps de peindre son Valek (très bien personnifié par Thomas Ian Griffith) comme un mélange entre Martin et Nosferatu : Grand, à l’allure sombre et distinguée… Il jure nettement avec ses comparses. Au niveau des effets spéciaux, Gregory Nicotero et Gary Kurtzman sont de retour. Ces derniers sont très reconnus à ce niveau et sont crédités sur de nombreuses productions d’horreur dont plusieurs de Carpenter lui-même (In the Mouth of Madness, par exemple). Sans que Vampires soit la plus marquante de leurs réussites, c’est un travail très honnête parsemé de monstres en flammes, de décapitations et même d’un sublime moment où un type est tranché en deux sur le sens de la hauteur! De toute façon, le film s’apprécie beaucoup plus pour ses scènes d’action qui, comme toujours, sont habilement mises en boîte par Big John.
Le problème de Vampires est peut-être de ne pas se démarquer suffisamment de certains films de vampires définitivement cultes parus à la même époque. Néanmoins, c’est un très bon divertissement qui se revoit de nouveau avec plaisir! J’adore l’univers et l’ambiance développés par Carpenter dans ce film ainsi que son personnage principal. Pour moi, Vampires sera toujours recommandé.
Cherchez le caméo de Frank Darabont si le cœur vous en dit!



• Vampires: Los Muertos (2002)
• Vampires: The Turning (2005)


• From Dusk Till Dawn (1996)
• The Thing (1982)
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