VANISHING ON 7th STREET

2010

RÉALISATION: Brad Anderson
SCÉNARIO: Anthony Jawinski
AVEC: Hayden Christensen, John Leguizamo, Thandie Newton, Jacob Latimore et Taylor Groothuis

   

Le nom de Brad Anderson circule chez les amateurs du genre depuis quelque temps déjà. Avec Session 9 (2001), film d’horreur psychologique pourtant assez négligé à sa sortie, faute d’une petite distribution directement en vidéo, le réalisateur est parvenu à provoquer un impact d’une durée étonnante. Partant d’une prémisse simple, il faisait doucement sombrer ses personnages et le spectateur dans la paranoïa façon The Shining. The Machinist (2004), son film d’angoisse à la Roman Polanski, connut ensuite un succès considérable, ceci, entre autres grâce à l’apport de l’acteur Christian Bale qui s’était gravement transformé physiquement en vue de son rôle. Après avoir livré un épisode de la série Masters of Horror (Sounds Like) et de la série Fear Itself (Spooked), le cinéaste nous propose maintenant Vanishing on 7th Street, un film d’horreur postapocalyptique.

Suite à une panne de courant, la ville de Détroit se trouve plongée dans l’obscurité la plus totale. Un groupe d’individus se retrouve isolé alors que le reste de la population semble s’être volatilisé, laissant derrière elle des amas de vêtements, des voitures abandonnées… et d’inquiétantes ombres qui disparaissent au lever du jour. Regroupés dans une taverne déserte, les survivants réalisent qu’ils sont les proies de l’obscurité et que seules les sources lumineuses peuvent les sauver… mais elles se font de plus en plus rares.

Vanishing on 7th Street s’annonce d’abord comme un ajout logique à la filmographie de Brad Anderson. En effet, celui-ci a toujours misé essentiellement sur la suggestion, se préoccupant de bâtir un sourd climat d’angoisse en nous laissant assister à la lente déchéance psychologique de ses personnages. Cette approche apparaissait particulièrement appropriée dans le contexte d’un film comme Vanishing on 7th Street où la menace se veut abstraite. Par ailleurs, Session 9 présentait déjà une scène mémorable dans laquelle un personnage tentait littéralement de s’enfuir de la noirceur. Autrement dit, tout permettait de présager le mieux pour le dernier long métrage d’Anderson et sa bande-annonce ne faisait que maintenir notre degré de curiosité. Mais dès les premières critiques publiées, un net désenchantement se pointait à l’horizon. Il restait donc à vérifier par nous-mêmes l’étendue des dégâts si tel était le cas.

Tôt durant le visionnement de Vanishing on 7th Street on se doute que quelque chose sonne faux. Certes, à première vue, tout semble impeccable. L’esthétique est soignée, l’atmosphère est assez pesante, les acteurs ont de la gueule, l’intrigue se met rapidement en place. Bref, nous sommes pleinement disposés à vivre l’expérience qui nous attend. Mais alors, pourquoi a-t-on la ferme impression de ne pas se sentir concerné par l’histoire racontée? Tout au long du film, on cherchera les causes précises de cette distance ressentie pour finalement arriver au triste constat que Vanishing on 7th Street ne réussit pas à atteindre son plein potentiel.

Le problème provient surtout du scénario d’Anthony Jawinski. Le récit débute avec une introduction des plus classiques – alors qu’une menace plane à l’extérieur, des inconnus se réunissent peu à peu dans un lieu où ils ont pu trouver refuge. Cette situation provoque normalement à plusieurs conflits entre les protagonistes, ceux-ci devant mettre de côté leurs différends s’ils souhaitent survivre. Des films de zombies de George A. Romero jusqu’à 28 Days Later ou The Mist, plusieurs films d’horreur ont usé de ce ressort dramatique d’habile manière. Or, dans Vanishing on 7th Street, l’intrigue stagne pratiquement une fois rendue à ce stade. Un personnage entre dans la taverne, s’ensuit une querelle et une petite discussion; puis survient un autre conflit, et encore un autre... Évidemment, cette structure narrative pousse les personnages à nous révéler leur part d’humanité, mais leurs dialogues restent trop souvent superficiels pour qu’on veuille s’attacher à eux davantage. Les raisons derrière la panne d’électricité et les disparitions étant volontairement laissées mystérieuses, le spectateur demeure aussi incrédule que les personnages face aux événements. On subit donc plus le film qu’on y prend part.

L’idée de construire un film autour de « rien » était louable, mais comportait un grand risque que Brad Anderson a mal évalué. Ce dernier a décidé d’opter pour un film postapocalyptique tempéré qui présente peu de scènes tapageuses. Par l’entremise d’un montage lent et d’une mise en scène calculée, le cinéaste tente d’établir un climat nostalgique au détriment d’un climat d’incertitude. On comprend qu’Anderson pensait créer un film d’horreur existentiel et inviter le spectateur à réfléchir à sa propre finitude. Par contre, le scénario ne fournit pas assez de substance pour servir ses ambitions. Ainsi, les dialogues paraissent surtout être là pour meubler le temps et les scènes durant lesquelles une légère tension se fait sentir n’aboutissent à rien. Le film ne prend jamais son envol et l’ennui s’installe. Il faut aussi rajouter que les effets numériques utilisés pour la conception des ombres mouvantes convainquent difficilement. Bien sûr, il aurait été coûteux et laborieux de produire l’ensemble de ces effets naturellement. Mais on aurait au moins espéré que le film abandonne le CGI dans les lieux plus restreints. Cela aurait renforcé considérablement l’efficacité de cet élément central. Par ailleurs, la logique sous laquelle agissent ces ombres n’est jamais rendue explicite. Au fil des scènes, on ne sait plus trop à quel instant on doit commencer à craindre pour la vie des personnages. Il en résulte qu’on perd progressivement l’intérêt de l’intrigue et qu’on contemple uniquement le film pour ses indéniables qualités esthétiques.

Vanishing on 7th Street n’est donc ni un bon film philosophique, ni un bon film d’horreur. Il est dommage que Brad Anderson soit tombé dans les pièges que lui réservait un tel scénario. Le concept est fondamentalement intéressant et on admire l’effort du cinéaste, mais on ne peut faire autrement que constater que Vanishing on 7th Street s’avère un coup manqué.

 

  • Maxime Duguay
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    • Disparitions Sur La 7ème Rue (version française/Québec)

     

    The Fog (1980)
    Right at Your Door (2006)

     

     
     


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