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VERTIGE
2009
RÉALISATION: Abel Ferry
SCÉNARIO: Johanne Bernard, Louis-Paul Desanges
AVEC: Fanny Valette, Johan Libéreau, Justin Blanckaert, Maud Wyler, Nicolas Giraud
Le film d’horreur français est une denrée assez rationnée, et quand l’un d’entre eux parvient au Québec, une meute, que dis-je, une horde de gens se lancent dessus avec avidité. Cela vient régulièrement provoquer des climats de haute tension entre plusieurs chroniqueurs intéressés ! Outre la bonne réputation des productions horrifiques françaises en Amérique, une fraternité linguistique qui est probablement à considérer. Et ainsi, les possibilités de critiques nous filent souvent entre les doigts. Ne voulant pas jouer les martyrs et supplier pour en recevoir un, c’est donc par chance que j’ai aujourd’hui l’opportunité de décortiquer sous vos yeux le Vertige d’Abel Ferry. Repousse t-il les frontières instaurées par nos amis d’outre-mer ? Vous le saurez bien assez vite. Ici votre reporter Marc-Antoine Labonté, à l’intérieur du genre français.
Deux couples d’amis décident de partir ensemble faire de la randonnée en hauteur. Au dernier instant, un ex petit-ami peu désiré viendra se glisser parmi eux, pour prendre part à l’expédition. Les cinq individus se lancent donc à l’aventure, empruntant une voie escarpée, la Via Ferrata. Si quelques troubles se présenteront devant eux, tant sur le plan émotif qu’en termes d’alpinisme, ce n’est rien comparativement au cauchemar monstrueux qui les attendra bientôt, sur cette voie fermée où personne d’autre ne viendra…
Vertige est divisible en deux parties assez distinctes. La première vous évoquera sans doute fortement un The Descent qui se déroulerait dans les hauteurs. On troque claustrophobie pour vertige, on coince nos personnages dans cette nature hostile, et c’est reparti pour un tour ! Les prémisses tentent d’offrir une définition des rapports entre les cinq personnages, ainsi que leurs mentalités. Le tout sera développé tout au long du récit, de manière plus ou moins adroite. Et non, tout n’est pas rose, un peu comme dans l’univers de la troupe de demoiselles de Neil Marshall. C’est avec quelques conflits intestins que nos protagonistes entament leur escalade. On assiste alors au meilleur moment de la pellicule. Ferry manie la caméra de façon parfaite. D’ailleurs, sa première partie n’utilise aucun trucage. Tout a réellement été tourné en hauteurs. Ce qui est très bien ressenti !
Visuellement, Vertige est à couper le souffle. Ses paysages sont tout simplement sublimes. En termes de réalisation, Abel Ferry est un excellent élément de cette nouvelle vague de genre français. Ses conditions de tournage exigeantes se ressentent à l’écran, et feront probablement blanchir ceux d’entre vous qui détestent les hauteurs ! En effet, plusieurs scènes de la première partie misent là-dessus. Entre un pont suspendu bien peu sécuritaire et la perte de pied depuis une paroi très abrupte, il y a de quoi ! Encore là, on ne peut éviter de faire le lien avec The Descent ! On pourrait considérer ces références au film de Neil Marshall comme plus flatteuses qu’autre chose, mais ce sera sans compter certains éléments interpersonnels présents dans la conclusion qui, à mon humble opinion, puent le calquage à plein nez. À cette déconvenue se rajoute une finale plus qu’ordinaire, qui viendra conforter l’idée de déception que l’on se fomente depuis un temps déjà.
Car, après les horribles (dans le bon sens du terme !) séquences en montagne, l’apparition d’un tueur pas assez menaçant. Le changement de ton est drastique. C’est comme si, arrivé dans le vif du sujet, l’excellent film qu’est The Descent avait soudain décidé de nous balancer en pleine face les cannibales de Wrong Turn, et la forêt qui vient avec ! Je trouve que c’est moyennement à propos, en plus de jouer dans une thématique qui a été explorée maintes et maintes fois au cours des dernières années. L’innovation n’aurait pas été de refus ! Les pièges à ours, les flèches, la visite dans l’antre du tueur, son côté humain qui sera exploité à la toute fin… Que du réchauffé ! Tout de même, plusieurs subterfuges visuels agrémentent cette partie, ce qui lui permet de délivrer une certaine tension. Si tout est très typé, c’est du moins plutôt bien présenté par le réalisateur. Ferry prouve définitivement qu’il est à la hauteur !
Alors que la seule présence des acteurs de Vertige sur le plateau semble déjà très exigeante pour eux, il faut aussi leur offrir qu’ils livrent des prestations efficaces, qui ne tombent pas dans l’outrancier sans toutefois transcender l’écran non plus. Les français semblent obsédés par les décolletés de Fanny Valette, qui livre une bonne prestation, même outre ce détail scénaristique. Le montage du film, effectué par Soline Guyonneau, aura généralement tendance à donner au film un tempo endiablé. Cela est appuyé par une sympathique trame sonore, signée Jean-Pierre Taieb.
À l’inverse de ses protagonistes, le plus grand défaut de Vertige est d’être demeuré sur les sentiers battus. Quand vient le temps pour le film de proposer un complément solide à son époustouflant segment d’alpinisme, il s’évase quelque peu. C’est ce manque d’originalité dans sa seconde demie qui le fera demeurer dans les rangs des thrillers sympathiques mais oubliables. Encore une fois, il s’agit d’un film français au scénario trop peu inspiré ou surprenant pour se mériter toutes les éloges. Néanmoins, Vertige demeure un film à découvrir (particulièrement pour ceux qui souffrent de l’affliction mentionnée dans le titre), à la réalisation excellente, mais dont le manque d’inventivité lui aura coûté la postérité.



• High Lane (Titre Anglophone/USA)


• The Descent (2005)
• Wrong Turn (2003)
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