VILE

2011

RÉALISATION: Taylor Sheridan
SCÉNARIO: Eric Jay Beck et Rob Kowsaluk
AVEC: April Matson, Eric E. Beck, Akeem Smith, Greg Cipes et Elisha Skorman

Dans l’univers du cinéma, la majorité des gens possède la capacité de séparer les films en six ou sept catégories (drame, comédie, suspense, horreur, science-fiction, documentaire, action et pornographie). Pour les vrais adeptes du cinéma, la ségrégation ne s’arrête pas là. La comédie peut être noire, le suspense psychologique, le drame policier, etc. Pour nous, les inconditionnels de l’horreur, les branches se multiplient presque sans fin. C’est ainsi que certaines oeuvres peuvent chevaucher plusieurs sous-catégories tandis que d’autres brandissent bien haut le flambeau de leur domaine. C’est le cas de Vile qui nous installe en quelques minutes dans le climat rude et difficile à supporter des films de torture. Un sous-genre ayant pris sous son aile une quantité notable d’amateurs depuis que son roi, Eli Roth, les a exposés à son fracassant Hostel en 2006.

Plusieurs ont tenté d’imiter la noblesse plus ou moins victorieusement tandis que d’autres développèrent de nouvelles possibilités. En construisant Vile, Taylor Sheridan essayait d’apporter de l’originalité dans cette branche de l’horreur très rodée depuis ces dernières années. Petit rappel, en passant : Roth n’a pas inventé le film de torture, il l’a ramené savamment au gout du jour. Il suffit de visionner Boy Meets Girl (Ray Brady) conçu en 1994 pour s’en apercevoir. Dans sa tentative d’innovation, Taylor Sheridan emploie plusieurs subterfuges en jouant avec l’image, la psychologie et la conception de scènes tétanisantes. J’applaudis toujours bien fort ce type d’effort même si au final, l’oeuvre reste moyenne. L’intention reste louable !

Néanmoins, en vous résumant l’histoire de Vile, rien ne vous semblera miraculeusement nouveau. Deux couples d’amis de longue date entreprennent un « road trip ». Tayler souhaite profiter de cette intimité pour annoncer à son amoureux sa grossesse. Avant même d’y parvenir, la bande rencontre une mystérieuse inconnue qui utilisera sur eux un fumigène soporifique. Ils se réveilleront prisonniers d’une demeure barricadée en présence de quatre autres personnes dans la même situation. Une vidéo en boucle leur apprendra qu’ils doivent se torturer entre eux afin de provoquer une vive douleur produisant dans le corps humain un cocktail d’hormones qui sera recueilli dans une fiole installée derrière leur cou. Cette solution organique est désormais en vogue sur le marché noir auprès des drogués et des savants fous. Elle se vend un prix exorbitant. Le groupe victime est évidemment contraint à une limite temporelle les obligeant à agir rapidement. Les avis seront partagés, mais un vote commun établira que chacun sera torturé pendant un certain laps de temps. Bien entendu, il y aura de la bisbille entre les mauviettes et les dures à cuirs, des problèmes avec le cas de la femme enceinte et des anicroches à tendance paranoïaques

Dans ce type de film où la torture physique se trouve au coeur de l’histoire, on nous donne souvent le bourreau sur un plateau d’argent. On aime mettre un visage sur le générateur de la haine que l’on ressent. Lorsque ce besoin n’est pas satisfait, on crée chez le spectateur une tension supplémentaire qui doit être orientée vers d’autres personnages antipathiques si nous visons une réussite filmique. Vile contient justement dans ses pensionnaires involontaires une entité féminine extrémiste et son complément masculin au passé douteux. Je pense aussi à un film comme Saw II (Darren Lynn Bousman, 2005) où des gens étaient prisonniers d’une maison piégée. Nous savions à ce moment que Jigsaw ne pouvait agir seul ce qui nous laissait sans tortionnaire immédiat connu. « Mais qui est le coupable!? » est un bon moteur de propulsion pour la curiosité morbide.

Pour que ce stratagème fonctionne adéquatement, il faut aussi des protagonistes envers lesquels nous éprouvons de l’empathie et un attachement personnel sincère. Pour plusieurs, ce sera ce couple en voie de devenir parents. Cette aura de bonheur qui devrait les envelopper, mais qui ne peut être célébré due à leur triste situation, nous incline à partager leur sort malheureux. La bande de Hostel avec qui nous partagions secrètement (ou non) des objectifs hédonistes nous permettant de voyager et triper dans le confort de notre salon créait une liaison similaire lors de leurs infortunes. Sans ces personnages clés, aucun film n’aboutirait à un triomphe.

Il est important dans le sous-genre qu’est le film de torture de nous donner une raison valable pour le méchant d’exécuter le mal d’une façon aussi horrible. L’appât du gain qu’est la conception de cette drogue populaire fut une bonne idée lors de l’écriture du scénario. Un peu tiré par les cheveux, mais du moins originale. Si l’élément déclencheur n’est que le plaisir à torturer des victimes (commun), il est important d’étoffer en grand la personnalité de notre sadique, peu importe la manière d’y arriver. Que ce soit en effectuant des retours dans le passé ou en nous démontrant visuellement l’univers psychologique (par exemple le plaisir sexuel) du cinglé comme dans le court-métrage Fantasme (2009) d’Izabel Grondin. Imaginez un film sans lumière sur les motifs du psychopathe et vous serez vite déçu.

Le gros gros bémol de Vile se retrouve dans la crédibilité médicale. Travaillant dans ce domaine, je trouve excessivement fâcheux lorsqu’on essaie de m’en passer une petite vite... Ou pire, plusieurs. Ce n’est évidemment pas un cas isolé. Beaucoup de films à budget bien gras nous servent ce même problème. Ce n’est donc pas par manque de moyens, mais souvent par manque d’intérêt ou de temps. Je ne sais pas exactement dans quel camp se situe Vile, mais il possède plusieurs lacunes quant à la crédibilité des blessures infligées aux personnages. Les lésions n’ont pas l’aspect qu’il devrait, je pense entre autres aux brûlures, et ce n’est pas dû à de mauvais effets spéciaux (ils sont excellents). Le blasphème total c’est que malgré leurs fractures multiples les blessés déambulent pratiquement sans peine. Un mec dit clairement que lorsqu’il était enfant, il s’était brisé une clavicule, la pire douleur de sa vie. Cette condition (question de produire beaucoup de drogue d’un coup) ne l’empêche pas de transporter sa copine dans ses bras. Il ne devrait même pas être capable de bouger son bras, bon sang! Ça m’irrite au maximum. Si vous perdez des spectateurs parce que vous n’avez pas poussé vos connaissances médicales, surtout dans un film de torture (dah!!), ne venez pas brailler sur mon épaule, je suis intransigeante sur ce sujet.

Les avenues de l’originalité par rapport aux manières de torturer autrui sont multiples. Des douleurs physiques à celles psychologiques (voir Birthright de Naoki Hashimoto, 2010), les possibilités s’étalent pratiquement sans fin. Il suffit de repousser la limite de ce qui est moralement acceptable et concevable pour déboucher dans un bassin inépuisable d’idées terrifiantes. Il est primordial pour les scénaristes de sortir des créneaux communs et d’ouvrir leur esprit détraqué. Avec, entre autres, leur ajout de sel dans une plaie thoracique, Eric Jay Beck et Rob Kowsaluk ont réussi à innover dans ce sous-genre passé sous la mire de bien d’autres écrivains au mental déviant.

  • MaryBel Gervais

  • Martyrs (2008)
    Wolf Creek (2005)

     

     
     


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