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WAIT UNTIL DARK
1967
RÉALISATION: Terence Young
SCÉNARIO: Robert Carrington et Jane-Howard Carrington
AVEC: Audrey Hepburn, Alan Arkin, Richard Crenna, Jack Westion et Julie Herrod
Être le jeune critique fraîchement débarqué sur Horreur-Web.com offre son lot d’insomnie. L’angoisse de livrer un texte intéressant, fluide, pertinent… Bref, d’être à la hauteur. Il faut faire ses preuves et, à mon avis, c’est aussi ce que vit Audrey Hepburn dans Wait Until Dark, film de 1967 qui s’est rapidement taillé une réputation de classique. Bien que la génération d’aujourd’hui semble l’avoir passé outre, Hepburn y offre une belle leçon de persévérance et de dépassement de soi. Ce thriller prenant a aussi beaucoup capitalisé sur une finale aujourd’hui culte lorsqu’il a eu à se vendre. On le présentait alors comme un film à teneur horrifique. Mais peut-il toujours se targuer de cela aujourd’hui ?
Dans un vol reliant Montréal et New York, une séduisante jeune femme est amenée à camoufler la poupée pleine d’héroïne qu’elle transporte dans les affaires d’un photographe. Ne se doutant de rien, le pauvre bougre regagne son studio, quelque part dans la ville. Il y vit d’ailleurs avec Susy, sa fort jolie épouse, qui est dénuée du sens de la vue. C’est quand il la laissera de nouveau seule pour un week-end que passeront à l’action un trio de criminels, bien décidés à retrouver la poupée. Si deux d’entre eux, arnaqueurs professionnels, monteront une histoire rocambolesque pour décider la pauvre aveugle à leur remettre le jouet, c’est plutôt l’électron libre de la bande qu’il faut craindre. Mr. Roath est mystérieusement apparu en début de parcours, révélant une nature plutôt inquiétante. C’est finalement avec lui que Susy aura à en découdre, si elle veut s’en sortir en vie…
Résumer Wait Until Dark s’est avéré d’une complexité surprenante, surtout considérant le fait qu’il s’agit essentiellement d’un huis-clôt. En effet, la majorité du métrage se déroule dans le même appartement, dont les allures de prison ne feront que se raffermir au fur et à mesure de son développement. Le scénario de Robert et Jane-Howard Carrington n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’un des grands chefs-d’œuvre d’Hitchcock, Rear Window. Le personnage d’Audrey Hepburn, d’abord infirmé par sa condition, se retrouve rapidement enserré dans un étau vicieux dont elle ne peut s’échapper. À mon avis, c’est l’actrice qui donnera au film son cachet si incroyable. Sa performance invoque un grand talent, on croit sans aucune retenue à cette femme angoissée, qui ne peut voir ce qui l’entoure.
Il faut admettre que cet élément est aussi extrêmement bien exploité par les scénaristes dans quelques séquences clés. Par exemple dans l’introduction, lorsque trois malfrats se cachent dans les coins de sa demeure et qu’elle s’y promène, certaine d’avoir entendu un bruit. C’est le silence de mort, et bien que son intuition lui crie le contraire, Susy ne peut percevoir les brigands. On insiste alors sur sa déficience visuelle, qui la laisse vulnérable aux assauts, aux évidences. Hepburn joue un jeu très physique, réussissant à faire de ses deux globes oculaires viables des entités qui nous semblent mortes et éteintes. Le travail énorme qu’elle a fait en préparation de ce rôle est très apparent sur pellicule. La jolie demoiselle a d’ailleurs été nommée pour la cinquième et dernière fois dans la catégorie Meilleure Actrice des prestigieux Oscars pour cette performance. La distinction est franchement méritée.
Pour retourner vers le scénario, celui-ci évolue assez lentement, proposant avant tout au spectateur de constater le jeu machiavélique des criminels, qui coincent tranquillement Hepburn. Les deux acteurs chevronnés que sont Richard Crenna et Jack Weston donnent au change, tissant une toile brillante. C’est aussi la réalisation de Terence Young (From Russia with Love) qui vient prendre le spectateur à la gorge. Elle est subtile, gardant toujours les mêmes points de vue dans une optique très théâtrale. Cela rajoute aussi à l’effet d’enfermement. Il est à mentionner que le film est l’adaptation d’une pièce de Frederick Knott, et que Young tente d’y demeurer très fidèle. Il faut aussi mentionner quelques savantes utilisations d’une trame dissonante, risquant de vous procurer quelques frissons délectables.
Ce qui peut rendre Wait Until Dark complexe à critiquer, c’est peut-être la pléiade de genres auxquels il appartient, dont l’horreur n’est qu’un représentant tierce. Cependant, il faut dire qu’il y a 43 ans, le film a été commercialisé pour ses vingt dernières minutes, présentées comme un diamant du genre horrifique. C’est à ce moment que Young pousse le plus loin, faisant même vivre au spectateur une expérience maison d’aveuglement ! Alors que Roath, psychopathe notoire brillamment incarné par Alan Arkin, décide qu’il prendra la poupée par la force, Susy lui montre qu’elle a plus d’un tour dans son sac. Roath la rejoint dans son monde de noirceur, et le spectateur aussi ! Pour miser sur cet élément à l’époque de la présentation en salles, on éteignait toutes les sources de lumière possibles, en plus d’inviter les spectateurs à fumer leurs cigarettes avant et après cet exercice de style hors du commun! La rencontre nous semble alors interminable, duel dont chacun prend tour à tour l’avantage, avant de le reperdre. L’élément de torture psychologique y est aussi utilisé. D’un point de vue personnel, je trouve cette finale aussi bien menée techniquement qu’un certain Psycho. 40 ans plus tard, je n’ai jamais rien revu de similaire.
Demandez-moi maintenant si je doute de mon choix quant à avoir critiqué ce film sur le site, et je répondrai par la négative. Wait Until Dark est un film d’horreur social d’une force insoupçonnée, misant sur les angoisses refoulées ainsi que dans un dernier droit extrêmement maîtrisé. Un huis-clôt au scénario étoffé, qui entraîne une brochette de brillants acteurs vers un final parfait, qui vaut à lui seul le visionnement ! Wait Until Dark est très loin de mériter de tomber dans le demi-oubli qui semble le caractériser aujourd’hui, et j’espère donner l’envie à une nouvelle génération de bondir sur ce thriller digne des plus grands projets d’Alfred Hitchcock !



• Seule dans la Nuit (Version française)


• Wait Until Dark (1982)


• Rear Window (1954)
• Vertigo (1958)
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