WATCH ME WHEN I KILL

1977

RÉALISATION: Antonio Bido
SCÉNARIO: Antonio Bido, Roberto Natale, Vittorio Schiraldi, Aldo Serio
AVEC: Richard Stewart, Sylvia Kramer, Franco Citti, Fernando Cerulli, Giuseppe Addobbati et Gianfranco Bullo

Alors qu'en Italie la production du giallo s'estompe au profit du poliziotto, Antonio Bido signe Watch Me When I Kill, un giallo fidèle à la tradition. Aussi connu sous le titre The Cat's Victims, ce film est également la première réalisation de Bido(The Bloodstained Shadow) .

Mara s'apprête à entrer dans une pharmacie. Au moment où elle tente d'ouvrir la porte, elle est arrêtée par une voix lui ordonnant de rebrousser chemin. Quelques instants plus tard, une employée ouvre la porte en criant qu’un homme vient d'être assassiné à l'intérieur. Mara aurait donc entendu la voix du tueur. Craignant que le meurtrier ne la pourchasse à son tour, le mari de cette dernière, Lukas, décide d'entreprendre sa propre enquête. Au fur et à mesure que les corps s'accumulent, Lukas constate un fait important. Il semblerait qu'à une certaine époque, les victimes du meurtrier aient toutes été membres d'un même jury.

Le titre américain choisi (Watch Me When I Kill) pour ce film est quelque peu paradoxal. Bien qu'il synthétise en quelques mots l'essence du sous-genre italien, sa connotation racoleuse demeure trompeuse. En effet, Watch Me When I Kill se veut un giallo plutôt sobre dans lequel l'assassin n'a rien d'un maniaque sexuel, d'un fétichiste ou d'un sadique. Un spectateur qui anticiperait un Strip Nude For Your Killer ou un Torso sera nécessairement déçu devant le film de Bido. Mais il serait tout de même faux de croire que Watch Me When I Kill s'écarte des conventions du sous-genre lorsque sa violence survient. Meurtre dans la baignoire avec musique en arrière-plan, meurtre par brûlures au visage, poursuite entre le meurtrier et sa victime dans un atelier de mode : Watch Me When I Kill emprunte largement aux films phares du giallo. Pour plusieurs raisons, le métrage semble prendre pour modèle Deep Red de Dario Argento. Cela se remarque dans le choix de certains décors, dans sa musique et dans son récit. Le film s'approche-t-il de Deep Red en terme d'efficacité ? Définitivement pas.

En dehors de ses sympathiques hommages, Watch Me When I Kill a peu à offrir, surtout lorsqu'on s'attarde à son esthétique. D'une part, la direction photo de Mario Vulpiani se veut inégale et fade par rapport à la norme chez les gialli. D'autre part, la réalisation de Bido échoue à rendre le film vraiment attrayant. Il démontre une certaine maîtrise dans la mise en scène des meurtres, mais c'est beaucoup moins réussi ailleurs. Les scènes d'investigations et de poursuites manquent cruellement de saveur et occasionnent des longueurs. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il semble que le film aurait gagné à présenter des personnages plus stéréotypés. Ces derniers ne dégagent tellement aucune particularité qu'on doit s'efforcer pour les distinguer les uns des autres. Autrement, on a bien du mal à ressentir de la conviction dans la quête de Lukas. Cela a pour résultat qu'on s'identifie très peu à lui, ce qui par le fait même enlève une source importante de suspense au film.

Heureusement, Watch Me When I Kill reprend des forces en fin de parcours grâce à un dernier droit haletant. Le moment de suspense précédant le dévoilement du meurtrier est habilement construit et la scène finale est une vraie réussite. Le discours classique où nous sont révélés les motifs du tueur est simplement percutant. Sans en révéler le contenu, soulignons qu'il repose sur des fondements sociohistoriques pertinents, lui procurant ainsi un impact incontestable. Le film s'achève enfin sur une note abrupte laissant le spectateur stupéfait. Un final digne des meilleurs gialli.

Il est dommage que Watch Me When I Kill ne soit pas plus abouti esthétiquement et que son intrigue ne prenne jamais un véritable envol. Car il est assez rare de trouver un assassin avec des raisons autant valables pour tuer. Face aux aveux de ce dernier, on ne peut qu'éprouver une certaine empathie. C'est ici que le titre américain prend tout son sens... On conclura donc en disant que Watch Me When I Kill est un giallo fort imparfait, mais qu'il présente toutefois une facette notable et parfois négligée du sous-genre : au coeur de ses intrigues en apparence accessoires, le giallo dissimule souvent les questions qui préoccupaient la société italienne de l'époque. Du même coup, il témoigne également des opinions et croyances que celle-ci soutenait.

Watch Me When I Kill est disponible en DVD gracieuseté de VCI Entertainment. Le disque contient des bandes-annonces et une biographie du réalisateur.

  • Maxime Duguay

  • Gatto dagli occhi di giada, Il (titre original/Italie)

  • The Cat's Victims (titre alternatif/USA)

  • The Cat with the Jade Eyes(titre alternatif/USA)

  • The Case of the Bloody Iris (1972)
  • Spasmo (1974)

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