WE ARE WHAT WE ARE
2010
RÉALISATION: Jorge Michel Grau
SCÉNARIO: Jorge Michel Grau
AVEC: Adrián Aguirre, Miriam Balderas, Francisco Barreiro, Carmen Beato et Alan Chávez
Le mot cannibale suffit généralement à piquer ma curiosité. Si on me le vend avec une cinématographie alléchante et sa juste part de violence graphique en bonus, j’irai probablement vers la salle de cinéma les yeux bandés. We Are What We Are promettait beaucoup (comme toutes les descriptions de films présentés à Fantasia) et contrairement à mes acolytes, il ne m’a pas du tout déçu.
L’histoire est celle d’une famille mexicaine dysfonctionnelle qui suite au décès du paternel, se voit dans l’obligation de désigner un nouveau leader afin de pourvoir à ses besoins. Alfredo est l’aîné mais aussi le plus posé et intelligent des trois enfants, ce qui lui mérite la pénible tâche de prendre les décisions au sein du clan. Au-delà des dysfonctions courantes d’une famille déchirée (mère colérique, frère violent et jeune sœur aguicheuse), celle-ci souffre d’un handicap majeur et moins fréquent: Elle se nourrit de chair humaine. Lors de mystérieux rituels apparemment instaurés par le défunt père, la famille doit méthodiquement sacrifier un être humain pour ensuite s’en nourrir. Mais pour rapporter le menu, il faut le chasser.
We Are What We Are prend place dans un Mexico qui enlève l’envie d’y faire du tourisme. La famille composée d’Alfredo, Juliàn, Sabina et leur mère sont des tueurs cannibales sans scrupule présentés comme d’honnêtes citoyens, devant faire leur possible pour survivre dans cette jungle polluée qu’est la grande ville. Les personnages sont attachants et très bien travaillés, donnant d’avantage envie de les encourager plutôt que de les châtier, ce qui en soit, représente déjà une petite réussite.
Doté d’une cinématographie oppressante composée d’images sombres, de déplacements de caméra lents et de décors crasses, le film reste teinté d’un humour noir, atteignant son paroxysme avec les rôles de deux enquêteurs lourdauds rarement à l’affût de leur propre enquête. On a droit à bon nombre de gags bien placés qui heureusement, ne franchissent jamais les limites de l’absurde ou du mauvais goût.
Bien qu’elle ne soit pas le thème principal du film, la violence représente le point fort du récit. Progressivement plus graphique de meurtre en meurtre, on ne voit pas venir les coups, tous aussi spontanés les uns que les autres. Ce n’est pas sans sourire que j’ai accueillis le dénouement graphique auquel je ne m’attendais pas (du beau travail).
Maintenant, après mûres discussions avec certains déçus, le point le plus blâmé serait celui de la constance et des réponses offertes dans le scénario. Tout n’est pas complètement clair dans We Are What We Are, en effet. Le thème du rituel par exemple n’est pas du tout expliqué. Est-ce par satanisme? Par tradition? Par respect pour leur nourriture? On ne le saura jamais. De plus, certaines actions s’étirent sans trop donner de justifications, ce qui a pour incidence d’écarter l’attention de certains spectateurs. En ce qui me concerne, je me suis laissé bercer sans difficulté par l’ambiance que le cinéaste a voulu instaurer et j’en suis sorti souriant.
Somme toute une prise inventive sur le cinéma de cannibales, We Are What We Are ne marquera probablement pas l’esprit des festivaliers mais reste un très beau film, sympathique et divertissant à souhait.



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