WHITE OF THE EYE

1987

RÉALISATION: Donald Cammell
SCÉNARIO: Donald Cammell et China Cammell
AVEC: David Keith, Cathy Moriarty, Art J. Evans, Alan Rosenberg, Alberta Watson

White Of The Eye fut le dernier apport au genre de l'horreur par l'énigmatique réalisateur Donald Cammell, qui nous avait déjà donné Demon Seed dix ans plus tôt. Après avoir connu un pauvre succès au box-office à Londres, le film est tombé dans l'oubli avec des sorties VHS de piètre qualité. Cette année, au festival Fantasia, j'ai eu l'immense chance de visionner sur grand écran une des rares copies 35mm du film.

En Arizona, la police est à la recherche d'un meurtrier. Récemment, plusieurs femmes ont été retrouvées mortes et certains indices indiquent que ces meurtres sont reliés. Paul White travaille en tant qu'installateur de systèmes de son et se déplace au domicile de ses clients pour le faire. Le jour où l'on retrouve ses traces de pneus sur les scènes des meurtres, il devient un suspect à surveiller de très près. Mais est-il vraiment possible que Paul soit l'auteur de ces meurtres atroces, lui qui a une femme, un enfant et un travail respectable ?

White Of The Eye s'est d'abord présenté à moi comme un giallo conventionnel. Cependant, à partir d'un certain moment, il était évident que le film allait prendre une tournure inattendue. Donald Cammell nous offre ici un film difficile à saisir lors d'un premier visionnement. Plusieurs parallèles peuvent être tracés entre ce film et la vie du réalisateur, qui s'est enlevé la vie. C'est le genre de film déconcertant qui surprend, surtout grâce à son dernier droit. Un film étrange sans contredit!

Une des forces évidentes du film est sa réalisation. Ceux qui aiment les plans de caméras subjectifs, caractéristique des giallos, seront servis. Les scènes de meurtres ne déçoivent pas et surprenent par leur originalité. Elles ne sont pas sans rappeler celles auxquelles nous a habitué Dario Argento. Lors de la première scène de meurtre, j'ai dû ouvrir mes yeux comme rarement auparavant devant un visuel et un montage à couper le souffle. Donald Cammell était peintre avant d'être réalisateur. L'aspect artistique de ce film est donc remarquable. Une brillante idée de sa part est d'avoir intégré des airs d'opéra à certaines scènes. Le résultat est grandiose lors du dénouement final. Le film regorge de scènes d'une beauté inexplicable. Pour ajouter à cela, la majeure partie de la musique est composée par Nick Mason (batteur de Pink Floyd). Elle participe à donner un ton tout à fait singulier au film.

White Of The Eye est encore intéressant sur d'autres aspects. Lorsqu'on découvre le meurtrier, le film prend une tangente insoupçonnée et c'est tant mieux. La mentalité du meurtrier et ses explications par rapport au ''pourquoi'' des meurtres m'ont donné froid dans le dos. J'ai rarement assisté à une folie de ce type. Je tiens d'ailleurs à décerner au tueur le titre du ''tueur qui a réussi à me faire le plus peur grâce à sa voix'' (vous comprendrez). L'acteur qui le personnifie excelle vraiment dans son rôle. La dernière partie du film est effrayante et j'ai même dû relâcher quelques rires nerveux pour évacuer ma frousse! Le film est parsemé de moments intenses et le dénouement final est troublant à souhait.

Malgré tous ces points positifs, j'ai quand même certains reproches à adresser au film. Il m'a été facile de trouver l'identité du tueur, ce qui a considérablement réduit l'effet de suspense. La partie centrale du film m'a donc paru quelque peu longue étant donné que mes doutes étaient déjà écartés. De ce fait, j'aurais préféré un giallo dans lequel on doit se casser la tête à imaginer diverses hypothèses. Même après le visionnement, certaines pistes et éléments de l'intrigue demeurent douteux. Néanmoins, j'avouerai que ce sont ces anomalies qui contribuent à rendre le film encore plus étrange et unique.

Je recommande donc fortement ce film à quiconque serait amateur de giallo ou un fervent de Dario Argento. Ceux qui affectionnent les films difficiles à comprendre du premier coup y trouveront aussi leur compte. Qui sait ce que ça aurait donné si Donald Cammell était encore parmi nous...

  • GRmax

  • L'Oeil Du Tueur (version française/France)

  • Tenebre (1982)
  • Don't Look Now (1973)

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