THE WICKER MAN

2006

RÉALISATION: Neil Labute
SCÉNARIO: Neil Labute
AVEC: Nicolas Cage, Ellen Burstyn, Kate Beahan, Frances Conroy et Leelee Sobieski

Depuis le milieu des années 90, Neil Labute s'est affirmé comme étant un cinéaste indispensable en matière de comédies de moeurs. Le regard qu'il pose sur les relations hommes-femmes font de In The Company Of Man et The Shape Of Things des oeuvres essentiels. Par contre, le talent de Labute a ses limites et celui-ci s'est "buté" à un mur en tentant de moderniser le classique de l'horreur britannique The Wicker Man.

Le policier Eward Maulis reçoit une lettre d'une ancienne flamme l'implorant de venir la rejoindre à Summersisle pour enquêter sur la disparition de sa fille. Arrivé sur l'île, Maulis se rend compte qu'elle abrite une communauté de femmes vivant selon d'anciennes croyances. Après s'être fait dire que la disparue n'existait pas, était morte ou tout simplement qu'elle n'avait jamais habité l'île, Maulis devient persuadé que la jeune fille sera la victime d'un sacrifice païen. Lorsqu'il apprend qu'il s'agit de sa propre fille, le policier fait tout en son pouvoir pour la sauver.

Dans ma critique de la version originale de The Wicker Man, j'ai qualifié le long-métrage de "suspense musical aux accents pornographiques". La nouvelle mouture américanisée abandonne toute forme de nudité (un peu de pudeur quand même!), n'ose pas entonner aucune chanson (un film d'horreur avec des chansons ... c'est ben trop weird!) et oublie complètement de bâtir le moindre suspense. Il ne reste plus qu'un remake banal, produit par une bande de trouillards trop conformistes pour être capable de rendre justice à l'oeuvre éclectique qu'est The Wicker Man. Bien que le terme "remake d'un classique de l'horreur" résonne à mes oreilles tel une sonnerie de cadran un lundi matin, l'idée d'adapter le classique de Robin Hardy alimentait énormément ma curiosité. De plus, la présence de Neil Labute était un gros plus.

Encore aujourd'hui, The Wicker Man est une des oeuvres les plus bizarres jamais réalisées. Hardy avait utilisé une trame narrative typique du film d'horreur, mais l'avait agrémentée d'une atmosphère particulière dûe aux croyances sexuelles des habitants de l'île, aux chansons, à une danse sensuelle et à un revirement final totalement inattendu. Pour sa version, Labute a gardé la base de l'histoire, le revirement final et s'est débarrassé de tout le reste... pour le remplacer par absolument rien! Toutes les bonnes scènes du film original ont disparu ou ont été épurées. Il ne reste plus que du remplissage à n'en plus finir. Ce qui était à l'époque un oeuvre bizarrement hypnotisant est devenu un film mortellement ennuyant!

Les changements apportés à l'histoire ne font qu'ajouter des clichés à un récit qui n'en avait pas au départ. Les motivations du personnage de Nicolas Cage nous sont montrées et remontrées à l'aide de flashbacks. Au début du film, le policier a échoué à sauver une fillette de la mort. Pour être certain que le public comprenne que Cage est sur l'île pour se racheter et sauver une autre fillette, le flashback de la scène où la première fille meurt nous est balancé un bon cinq fois. L'idée de faire de la disparue la fille du personnage de Nicolas Cage témoigne encore une fois de la mauvaise opinion qu'ont les producteurs du public. Est-ce vraiment nécessaire que Cage ait un lien de sang avec la jeune fille pour que sa quête soit valable ? De plus, la façon dont son personnage réagit lorsqu'il apprend son lien avec la disparue n'est pas crédible. Un autre changement vient du fait que l'île soit habitée par une colonie de femme. Vu les tendances narratives du réalisateur, le changement s'avérait intéressant, mais Labute n'aboutit à rien, si ce n'est que plusieurs illogismes.

Dans le rôle principal, Nicolas Cage est digne de sa réputation, c'est-à-dire qu'il semble indifférent à ce qui se passe autour de lui. Sa prestation n'est ni bonne ni mauvaise, mais ce n'est certainement pas lui qui va faire augmenter mon opinion du film. Encore plus décevant est l'utilisation d'Ellen Burstyn (The Exorcist) dans le rôle de la chef de communauté. Burstyn est loin d'être mauvaise, mais son rôle est tellement effacé que son impact en tant que vilaine du film est nul. Il faut dire qu'elle succède à Christopher Lee, qui était brillant dans le film original.

Au moins, Labute a eu la décence de garder le revirement final original. Si celui-ci a encore un bon impact aujourd'hui, le réalisateur ne parvient toujours pas à l'exécuter correctement. Son scénario se perd en explications sur le pourquoi de la chose (qui n'est pourtant pas difficile à figurer) et Labute s'est senti obligé de nous servir un épilogue digne d'un thriller pour ados sortit directement sur vidéo! Navrant!

Pour le prix de deux billets de cinéma, vous pouvez vous acheter le film original en DVD. À vous de faire passer le message!

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