THE WIZARD OF GORE

2007

RÉALISATION: Jeremy Kasten
SCÉNARIO: Zach Chassler
AVEC: Crispin Glover, Kip Pardue, Bijou Phillips, Jeffrey Combs et Brad Dourif

Les années 2000 ont vu renaître un certain intérêt envers Hershell Gordon Lewis, un réalisateur qui doit sa popularité aux amateurs de cinéma subversif qui le voient comme l'inventeur du gore. En 2002, le cinéaste que plusieurs croyaient mort, est sorti de sa retraite pour réaliser Blood Feast 2, la suite de son classique de 1963. En 2006, Eli Roth a produit 2001 Maniacs, remake du culte Two Thousand Maniacs!. Avant la sortie éventuelle d'un 2002 Maniacs, c'est au tour de Jeremy Kasten (All Soul's Day, The Thirst) de se frotter à la filmographie de Lewis en adaptant The Wizard Of Gore, une des oeuvres les plus obscures du cinéaste.

Edmund Bigelow est un journaliste qui se spécialise dans l'étrange et l'absurde. Un jour, il se rend avec sa copine Maggie à un spectacle de magie inusité. Dans celui-ci, Montag le Magnifique charcute littéralement de jolies jeunes femmes sur scène, allant même jusqu'à les vider de leurs entrailles! Une fois le public devenu hystérique, les lumières se rallument pour dévoiler les soi-disant victimes en pleine santé. Lorsque ces mêmes femmes sont retrouvées mortes dans des circonstances étranges, Edmund se met à douter des techniques de magie de Montag. En tentant de démystifier les spectacles du "magicien-gore", Edmund en deviendra totalement accro, au point de ne plus être capable de différencier la réalité et ses rêves et la magie du réel!

À un moment précis dans The Wizard Of Gore, il est révélé que le magicien alterne la perspective des spectateurs en les droguant au début du spectacle, lorsqu'il les accueille en leur serrant la main. Eh bien, j'ai du serrer la main de Jeremy Kasten sans le savoir en entrant dans la salle de cinéma, puisque le visionnement de ce film s'apparente joliment à une hallucination visuelle!! Ce qui est clair au vu de ce remake, c'est que le réalisateur Jeremy Kasten n'a gardé que la trame narrative du film de Lewis. Kasten laisse de côté le style amateur et évite de glorifier le gore du film. En effet, tant visuellement que thématiquement, ce remake s'apparente en rien au style de son créateur. Dehors le visuel fade et les décors de fond de sous-sol, au revoir les acteurs amateurs... voici The Wizard Of Gore comme vous ne l'avez jamais vu!!

Jeremy Kasten prend possession sans gêne du film de Lewis pour en faire le sien. Sa version est hyper léchée, sophistiquée et juste assez malsaine pour plaire aux puristes. Contrairement à ce qu'on pourrait s'attendre d'une réédition d'un film de Lewis, le gore n'est pas le centre d'intérêt du film. Par contre, il va sans dire qu'avec une telle prémisse, The Wizard Of Gore en contient pleinement. Visuellement, Kasten prend beaucoup de risques, dont certains qui ne paient pas nécessairement, mais son approche va de paire avec la complexité d'un scénario en apparence simplet. Ce dernier, écrit par Zach Chassler est comparable à un labyrinthe narratif dont il est difficile de sortir. Lorsque le journaliste aborde Montag avant le début d'un spectacle, celui-ci lui répond: "Qui a dit que le tour de magie n'avait pas déjà débuté?". Cette phrase représente parfaitement l'état d'esprit du script, qui construit subtilement ses pièges et son mystère, bien avant que l'intrigue principale ne débute.

Un des attraits les plus intéressant du film est le contraste établi entre l'univers du journaliste et celui du magicien. Ce dernier, toujours vêtu de blanc, est entouré d'un public punk et gothique. De par son contenu, mais aussi ses décors, son spectacle prend des allures de "freakshow" malsain. Pour ce qui est du héros, vêtu de noir, il semble vivre dans les années 50. De son appartement décoré avec des antiquités, sa voiture ancienne, son chapeau et sa façon de publier son journal, Edmund semble tout droit sorti du passé. L'alternance entre le visuel gothique et celui de l'Amérique moyenne des années 50 apporte non seulement un contraste intéressant entre les personnages, mais finit par faire douter les spectateurs sur le temps réel du récit. La musique carnavalesque composée par Steve Porcaro apporte aussi une touche particulière au métrage.

Puisque Lewis était méprisé tant par la critique que par la communauté artistique, il est surprenant de voir les acteurs que Kasten a su attirer pour ce remake. Bien que les jeunes Kip Pardue (The Rules Of Attraction) et Bijou Phillips (Hostel Part 2, Venom) offrent les meilleures performances de leur jeune carrière, ce sont surtout les vétérans qui se font remarquer. Crispin Glover (Willard, Friday The 13th: The Final Chapter) est tout simplement dément dans le rôle de Montag le Magnifique. L'acteur reconnu pour son excentricité démontre une folie subtilement enfouie dans ses expressions faciales. Pour ce qui est de Jeffrey Combs (Re-Animator) et Brad Dourif (Child's Play), ils se sont vu attribués des rôles à l'opposé de ce dans quoi on est habitué de les voir.

Si The Wizard Of Gore est un des remakes les plus réussis de la nouvelle vague, cela n'empêche pas le film d'être cahoteux, la finale venue. Le but premier de Kasten était de faire de son film un véritable casse-tête pour le spectateur. Le cinéaste a trop bien accompli sa mission, de sorte que les derniers instants apparaissent quasiment incompréhensibles. Les nombreux revirements empiètent les uns sur les autres et laissent le spectateur dans une confusion désagraéble. The Wizard Of Gore est définitivement un film qui se doit d'être visionner à plus d'une reprise pour en saisir toute les subtilités, mais cette approche n'est pas entièrement bien maîtrisée par Kasten et son scénariste.

N'empêche que malgré un essoufflement en fin de parcours, The Wizard Of Gore est un remake audacieux qui ose sortir des sentiers battus. Au cours d'une filmographie mineure, Jeremy Kasten a su imposer un style qui lui est propre et The Wizard Of Gore vient culminer ses efforts.

  • Dany Champagne

  • The Wizard Of Gore (1970)

  • 2001 Maniacs (2006)
  • The Thirst (2007)

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