THE WOMAN
2011
RÉALISATION: Lucky Mckee
SCÉNARIO: Lucky Mckee et Jack Ketchum
AVEC: Sean Bridgers, Pollyanna McIntosh, Lauren Ashley Carter, Shyla Molhusen et Angela Bettis
Contrairement à certains amateurs de la première heure qui ne sont pas parvenus à le suivre après son chamboulant May, je n’ai jamais trouvé que le réalisateur Lucky McKee avait perdu de son momentum. Au contraire! Déjà, il fallait le voir doubler par la bande la plupart des cinéastes de l’horreur les plus renommés en réalisant l’un des meilleurs épisodes de la première saison de la fameuse série Masters of Horror! En livrant par la suite avec The Woods un excellent hommage à Dario Argento ainsi qu’un film studio qui avait le rare et indéniable avantage de tenir son bout du bâton, puis un intense alter ego à May avec Roman, Lucky McKee peut d'ores et déjà affirmer qu'il a fait ses preuves. S’il a certes été plutôt silencieux dans les dernières années, le revoici avec un ambitieux projet qui prouve qu’on a bien fait de l’attendre. En effet, dès ses premières représentations à guichets fermés dans les festivals, The Woman suscitait de grasses polémiques. Bon signe ou feu de paille?
The Woman fait suite à Offspring, un film de 2009 réalisé par Andrew van den Houten et lynché publiquement sur Horreur-Web via la critique de mon collège Dominic Paulhus. Le film de Lucky McKee reprend donc là où nous avait laissés son prédécesseur, alors que survit en solitaire une Femme sauvage dont tout le clan de tueurs cannibales a violemment périt. Déambulant dans la nature, elle sera bientôt capturée par Christopher Cleek, un avocat et père de trois enfants qui chassait dans les boisés près de chez lui. L’homme décide de ramener la Femme sur sa propriété pour la dresser et l’introduire à la civilisation. Mais bien que Christopher apparaisse pour le moins comme un individu très autoritaire (et encore, c’est un euphémisme), est-il préparé à affronter le chaos que provoquera la Femme dans sa cellule familiale?
Lorsqu’il a tenté d’adapter Red de Jack Ketchum en 2008, un projet qui lui tenait grandement à cœur, Lucky McKee a connu son premier véritable échec cinématographique. Il prouve pourtant aujourd’hui qu’il n’est pas du genre à lâcher facilement le morceau puisque son film suivant est aussi tiré des écrits de Ketchum! Quelque part entre les thématiques de l’éprouvant The Girl Next Door du même auteur, le cynisme du Red State de Kevin Smith et ce qui faisait la réussite du May de McKee, The Woman est probablement le film le plus abouti du réalisateur depuis ce premier succès il y a 10 ans déjà.
The Woman porte bien son nom puisque finalement, ce film qui contourne habilement les règles du genre propose essentiellement une guerre des sexes intrinsèque entre ses personnages. À-travers des métaphores peu ou pas subtiles, Lucky McKee développe l’émancipation de plusieurs femmes dans une bulle où un père absolument sadique et son fils prennent toute la place. Car si la Femme pouvait à prime abord vous apparaître l’antagoniste de cette histoire, elle ne l’est aucunement. Le vrai vilain est Christopher Cleeks, incarné par un excellent Sean Bridgers. À donner froid dans le dos, son personnage de patriarche misogyne cumule les infamies jusqu’à un stade de non-retour où on ne plus que l’haïr intensément. Le scénario s’applique à fouiller dans les extrêmes du rapport de domination qu’il a sur « son clan ». Dans son interprétation de la Femme, Pollyanna McIntosh est excellente. Elle rend brillamment la sauvagerie de son personnage, qui tient autant de la bête que de l’être humain. The Woman propose aussi de charismatiques jeunes actrices en les personnes de Shyla Molhusen et Lauren Ashley Carter ainsi que le retour de l’éternelle Angela Bettis afin d’incarner une mère de famille muette devant les actes de son époux. Une distribution de qualité, en somme.
Certains auraient scandé que The Woman est un film à la misogynie insoutenable. Nous n’avons probablement pas visionné la même chose! Bien au contraire, Lucky McKee verse pratiquement dans le féminisme avec cette violente métaphore d’émancipation face aux préceptes machistes. Il est sûr qu’à un certain point du scénario, The Woman se transforme en l’espace de cinq minutes d’un film extrêmement malaisant à un véritable cauchemar éveillé. À-travers ses excès de violence graphique mais surtout psychologique, le film retrouve les thématiques les plus chères à Jack Ketchum, qui semble apprécier tracer le portrait de la sauvagerie du genre humain.
D’un autre côté, si l’aspect malsain du film est fortement développé avec plusieurs thématiques qui ne laissent pas de marbre, McKee verse aussi avec son scénario dans un humour noir assez percutant qui m’a souvent remémoré le récent Red State (en beaucoup plus abouti). Il est difficile de ne pas sentir dans la façon de faire du réalisateur le poids d’une espèce d’ironie latente. La rencontre entre la Femme et Christopher en est l’exemplification parfaite! Plusieurs des scènes sont des espèces de montages étudiant les réactions de chacun des personnages à un événement quelconque sur une trame sonore qui rassemble d’excellents morceaux de rock old school. Ce procédé est assez constant sur toute la durée du film. McKee revient aussi ici vers une esthétique souvent assez approximative, ce qui rappelle la façon de faire qu’il avait du temps de May.
S’il n’a jamais atteint la perfection, Lucky McKee signe ce qui est peut-être bien son meilleur film en carrière. Décidément, 2012 démarre en grand. En très grand.
Et pour ceux qui auront le courage d’aller débusquer ce film assez difficile à trouver, jetez un œil après le générique!



• Offspring (2009)


• Red State (2011)
• The Girl Next Door (2007)
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