THE WOODS

2006

RÉALISATION: Lucky McKee
SCÉNARIO: David Ross
AVEC: Agnes Bruckner, Patricia Clarkson, Lauren Birkell, Marcia Bennett et Bruce Campbell

Après la sortie de May en 2003, Lucky McKee est rapidement devenu la coqueluche des amateurs de films d'horreur. Le succès critique de May a mené le jeune cinéaste à réaliser un épisode de Masters Of Horror. Il serait facile de croire que le tapis rouge lui serait déroulé pour son prochain film, mais ce n'est pas le cas. Le tournage de The Woods a débuté en 2003, mais le film n'est toujours pas sorti, trois ans plus tard. Après avoir vu The Woods au Festival Fantasia, il m'apparaît clair que le problème ne provient pas du film!!

La jeune Heather est placée contre son gré dans une prestigieuse école privée pour filles. Dès son arrivée, elle est attirée par l'étrange forêt qui entoure l'école. Le soir venu, elle entend des voix qui semblent venir des bois, ce qui confirme qu'il y a quelque chose d'anormal avec sa nouvelle école. Entre deux sessions de moqueries de la part des étudiantes, Heather apprend la légende selon laquelle la forêt serait hantée par les esprits de trois sorcières. Lorsque Heather se met à faire des cauchemars, certaines étudiantes disparaissent en ne laissant qu'un paquet de feuilles mortes dans leur lit. Lorsqu'elle se découvre un certain potentiel de sorcellerie, Heather se met à croire qu'elle sera la prochaine proie de la forêt maléfique!

The Woods est un film d'horreur à l'ancienne qui prend bien son temps à développer une histoire et des personnages plutôt que de se fier à des effets chocs sans aucune valeur artistique. Bien que la trame narrative emprunte beaucoup à celle de Suspiria, McKee a quand même su donner une identité propre au film avec un visuel recherché. Avec sa réalisation soutenue, McKee construit une atmosphère onirique, qui divague constamment entre le réel et l'imaginaire. Les angles choisis par McKee sont souvent inusités, mais ajoute énormément à l'ambiance de rêve du film. Le montage est aussi particulier, puisque ces nombreuses fondues en noir représentent en quelque sorte la psyché d'Heather. Le scénario de David Ross prend son inspiration dans les histoires d'horreur classiques et comporte plusieurs moments effrayants. Malgré que McKee ne soit pas crédité en tant que co-scénariste, The Woods contient plusieurs éléments qui définissent jusqu'à maintenant la courte filmographie du cinéaste. Le point le plus évident est la perspective féminine de l'histoire et la force de caractère du personnage principal. La musique est aussi encore une fois prédominante à l'histoire. Dans The Woods, les chansons de Leslie Gore guident la relation particulière entre Heather et Marcie, sa seule amie.

The Woods peut aussi miser sur une excellente distribution qui est à 95% féminine. Agnes Bruckner (Venom) personnifie avec brio une héroïne de film d'horreur qui fait abstraction des clichés. Sa performance alterne très bien la force de caractère de son personnage avec sa fragilité émotive. Pour sa part, Patricia Clarkson (Wendigo) est mystérieuse et subtilement maléfique dans le rôle de la directrice d'école. C'est dommage que son rôle soit sous-développé car elle aurait pu devenir une méchante de films d'horreur mémorable. Quant à elle, Marcia Bennett (Sick Girl) réussit pratiquement à voler la vedette avec son personnage de professeur souffrant de tics nerveux. Finalement... le plat de résistance: Bruce Campbell (The Evil Dead ...ai-je vraiment besoin de le mentionner?)! Habitué à des rôles physiques et extravagants, Campbell s'est vu offrir le rôle sérieux et modéré du père d'Heather. Sa présence est courte, mais apporte beaucoup à la finale, lorsque McKee fait une référence savoureuse à The Evil Dead.

Malgré qu'il soit un film réussi, The Woods n'est pas entièrement à la hauteur de May, ni même de Sick Girl, l'épisode de Masters Of Horror de McKee. Le défaut du film est qu'il comporte trop d'exposition pour une finale beaucoup trop brève. Le scénario bâtit son intrigue pendant environs 85 minutes, puis résout chaque questionnement et élimine les nombreux méchants du film en l'espace d'un gros quatre minutes. Avec ses effets spéciaux délirants et son excès de gore (comparé à la sobriété du reste du film), la finale est un des éléments les plus enlevants du film. Il aurait donc été intéressant que McKee y consacre plus de temps. Le décès de la directrice de l'école, qui est en sorte le vilain principal du film, est particulièrement décevant. Après avoir construit un personnage intriguant et nuancé, McKee l'élimine sans aucun artifice.

The Woods n'est peut-être pas parfait, mais le sort que lui a réservé son distributeur est injuste. Lucky McKee est un jeune cinéaste honnête, qui, avec The Woods, offre un deuxième long métrage original et effrayant. Son film est bien plus intelligent que la moyenne des blockbusters horrifiques prédigérés, et malheureusement, c'est sûrement pour cette raison qu'Hollywood tarde tant à le montrer!

  • Mr. Horreur-Web

  • Suspiria (1977)
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